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07 mai 2009

Prisons de France : l’échec du pays des Droits de l’Homme

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"Nous ne pouvons plus persister dans cette acceptation séculaire de prisons indignes, alors qu'il ne faut que du courage politique pour en finir avec cette honte nationale"

3 novembre 2005 - Robert Badinter – Le Nouvel Observateur

Les prisons françaises ont récemment fait la une de l’actualité. Cette fois-ci ce n’est pas pour relater un nouveau suicide de détenu (52 à ce jour en 2009 pour 115 recensés en 2008), mais pour mettre l’accent sur une mutinerie… celle des « matons ».

Ils ont massivement exprimé leur ras le bol sur leurs conditions de travail tout en dénonçant l’immobilisme de l’Etat et les insuffisances caractérisées du projet de loi pénitentiaire initié par la Garde des Sceaux Rachida Dati.

Si certains commentateurs ont estimé que le mouvement d’humeur du personnel pénitentiaire, pourtant tenu au devoir de réserve donc privé du droit de grève, n’était qu’une simple expression d’intérêts catégoriels, il se révèle pourtant en lien direct avec le constat dressé depuis plusieurs décennies : la France, terre des Droits de l’Homme, abrite pourtant les prisons parmi les plus indignes du monde.

Novembre 2008 : le Commissaire Européen aux Droits de l’Homme Thomas Hammarberg rend son rapport et sanctionne une énième fois la France sur les conditions de vie qu’elle réserve à ses détenus.

La vétusté de nombreux établissements pénitentiaires, les défaillances d’une justice des mineurs et des étrangers en situation irrégulière, ou une énième loi pénitentiaire tout juste rédigée alors que les précédentes peines à être appliquées, n’ont contribué qu’à amplifier une surpopulation carcérale devenue endémique.


Pour s’en convaincre, il suffit de visionner ci-dessous la situation de la prison de Fleury-Mérogis filmée clandestinement et publiée par le journal Le Monde daté du 18/12/2008 :

 

 

Le cas de Fleury-Mérogis n’est pas isolé et concerne une bonne soixantaine d’établissements de notre pays (sur la centaine existante).

Le contrôleur général des lieux privatifs de liberté, Jean-Marie Delarue, a rendu un rapport au Gouvernement début janvier 2009. Ce rapport qualifié d’objectif, amer et inquiétant, a souligné les dysfonctionnements sur la quinzaine d’établissements visités, en précisant que même les plus récentes –Villefranche sur Saône-  n’étaient pas exemptes de cette situation.

Pour visiter les prisons, Jean-Marie Delarue a encouragé ses contrôleurs à « se comporter comme des ethnologues, à être descriptifs et froids » de manière à rendre des conclusions impartiales et donc « dénuées d’affect ».

Il affirme que la sécurité prime au détriment de la dignité des détenus où : promiscuité, conditions d’accès aux soins, réinsertion et hygiène sont des facteurs aggravants qui alourdissent le climat des établissements pénitentiaires en compliquant la tâche des surveillants en sous-nombre et où comme chez les détenus,  les suicides sont devenus des échappatoires quasi-systématiques.

Sa réflexion appuie la nécessité d’humanisation des prisons incluse dans le rapport sur le suicide commandé au Dr Louis Albrand par Rachida Dati. Pomme de discorde récente puisque le Dr Louis Albrand a refusé de se déplacer à la Chancellerie en personne le mois dernier, estimant que son rapport a été vidé de sa substance par la Ministre elle-même relançant de par là même la polémique sur le déni de nos politiques.

Contrôler l’état des prisons. C’est très probablement le facteur majeur responsable de la situation actuelle de nos prisons. Ce droit au contrôle permanent est notamment réservé à nos quelques 897 députés et sénateurs qui se sont majoritairement abstenus de se coller à cette réalité invisible pour l’opinion. Notons que si en 2008 quelques 150 parlementaires en ont usé, ils n’étaient qu’une petite trentaine sous les précédentes législatures.

En réponse à cette évidence l’avis de Me Thierry Lévy, avocat parisien et ancien Président de l’Observatoire International des Prisons : « Nos dirigeants actuels aggravent même la situation, avec une politique pénale qui augmente encore le nombre de détenus. Ils savent bien que les prisons poubelles, en France, ne font pas perdre les élections. Cela s'explique notamment pas la grande ambigüité de l'opinion publique sur le sujet: même si elle s'émeut ponctuellement, elle juge normal, au fond, que les détenus souffrent. Ils ont fauté, ils paient. La prison est faite pour cela.»

Cette observation explique-t-elle à elle seule la raison de l’immobilisme de nos gouvernements successifs ? Les hommes politiques français auraient t-ils manqué de moralité et de courage politique ? Est-il donc si difficile de dire la vérité aux français ?

OUI, pour priver de liberté nos détenus tout en assurant leur dignité : il faut que notre pays consacre beaucoup de moyens financiers, matériels et humains dans ses prisons. La prison est un lieu de punition mais elle ne doit pas être celui d’une aliénation mentale qui empêche toute réinsertion lorsque celle-ci est possible.

NON, les français ne sont pas assez immatures pour juger cette situation acceptable alors qu’ils savent que plus que jamais la prison n’est plus réservée aux seuls criminels ou autres malfrats. Des délits même mineurs sont aujourd’hui lourdement sanctionnés.

Les penseurs hermétiques brandiront le seul droit des victimes, incontestablement légitime, en guise de réponse. Pourtant l’effort national à consentir n’engage pas seulement les conditions des détenus dans notre pays. Il engage sa parole et son honneur aux yeux du monde.

Que vaut la parole d’une France face à l’Iran où l’on pend en place publique sans motif ? Que vaut la parole d’une France face à la Chine et sa justice « expéditive » grimée par une Ségolène Royal ? Que vaut la parole d’une France face aux Etats-Unis et à ses prisons poubelles de Guantanamo ou d’Abou Ghraib ?

La France, patrie des Droits de l’Homme, pour continuer de donner d’incessantes leçons au monde en la matière, se doit à plus d’un titre d’être exemplaire et de gommer à jamais cette « honte nationale ».

Régis Sada

 

Site du Ministère de la Justice

Site de l'Observatoire International des Prisons

Site de Ban Public (défense des droits des détenus)

Publié dans France, Justice, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, france, prison, droits, liberté, justice | | |  Facebook

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