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20 novembre 2009

Les grands discours politiques du vingtième siècle

L'éloquence est un art, une compétence, que se partagent les très grands prédicateurs et responsables politiques.

« Le narcissisme ne permet pas d'accéder à l'éloquence. L'usage trop fréquent du « je » ou du « moi », réduit le monde aux dimensions de celui ou de celle qui parle et décrédibilise le discours. Cette mise en scène du « je » engendre une parole incapable de véhiculer quelque chose de l'ordre du politique, qui soit général, s'applique à tout le monde et en quoi chacun puisse se reconnaître.

Ce manque de générosité, ajouté au désir de séduire en peu de mots, affaiblit l'art de parler et donc de convaincre.

L'art du discours ne se réduit pas aux formules pérennisées : « Yes, we can » de Barack Obama, « I have a dream » de Martin Luther King ou « Je vous ai compris de Charles de Gaulle »... Il repose sur la composition tripartite équilibrée d'arguments rationnels fondés sur la raison, de transcendance et d'émotion » (François Sureau, avocat et écrivain).

Ces deux exemples de discours radiodiffusés sont extraits de l'anthologie de Christophe Boutin :

 

 

puteaux-parisdegaulleleclerc1944.jpg

PARIS LIBERE

Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l'émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes qui sommes ici, chez nous, dans Paris debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains ?

Non ! Nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies.

Paris ! Paris outragé! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de France, avec l'appui et le concours de la France toute entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle.

Eh bien, puisque l'ennemi qui tenait Paris a capitulé dans nos mains, la France rentre à Paris chez elle. Elle y rentre sanglante mais bien résolue. Elle y rentre, éclairée par l'immense leçon, mais plus certaine que jamais de ses devoirs et de ses droits.

Je dis d'abord de ses devoirs, et je les résumerai tous en disant que, pour le moment, il s'agit de devoirs de guerre. L'ennemi chancelle mais il n'est pas encore battu. Il reste sur notre sol. Il ne suffira même pas que nous l'ayons, avec nos chers et admirables alliés, chassé de chez nous pour que nous nous tenions pour satisfaits après ce qui s'est passé.

Nous voulons entrer sur son territoire comme il se doit en vainqueur. C'est pour cela que l'avant-garde française est entrée à Paris à coups de canon. C'est pour cela que la Grande Armée Française d'Italie a débarqué dans le midi  et remonte rapidement la vallée du Rhône.

C'est pour cela que nos braves et chères forces de l'intérieur vont s'armer d'armes modernes. C'est pour cette revanche, cette vengeance et cette justice, que nous continuerons de nous battre jusqu'au dernier jour, jusqu'au jour de la victoire totale et complète.

Ce devoir de guerre, tous les hommes qui sont ici et tous ceux qui nous entendent en France savent qu'il exige l'unité nationale. Nous autres, qui aurons vécu les plus grandes heures de notre histoire, nous n'avons pas à vouloir autre chose que de nous montrer, jusqu'à la fin, dignes de la France.

Vive la France !


puteaux-liberationde paris-champs elysees.jpgDans ce discours, le « nous » l'emporte malgré la position prédominante reconnue de l'orateur. Le discours, improvisé, est remarquable de concision, puisqu'en une page à peine, le passé est synthétisé et l'avenir défini, à partir de la complexité du moment. La France éternelle est celle qui se bat, Paris a été libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France. Ainsi Charles de Gaulle, en visionnaire politique, combat- il l'éventualité d'une domination alliée sur la France et d'une division entre français.

Ce discours trouve sa légitimité à partir des actions concrètes de Charles de Gaulle au service du peuple et de la Patrie

[Une pâle identification récente à Charles de Gaulle, à Puteaux, ne fut bien entendu qu'un pastiche mystificateur].

Images : www.herodote.net et www.3.bp.blogspot.com

 

abbe pierre paradis_puteaux.jpgAPPEL DE L'ABBE PIERRE LE 1er FEVRIER 1954

Mes amis, au secours...Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier, par lequel, avant- hier, on l'avait expulsée...Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d'un presque nu.

Devant l'horreur, les cités d'urgence, ce n'est même plus assez urgent !

Ecoutez-moi : en trois heures deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l'un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne- Sainte Geneviève ; l'autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s'accrochent sous une lumière dans la nuit à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe et où l'on lise sous ce titre « Centre fraternel de dépannage », ces simples mots : « Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime ».

La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l'hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l'âme commune de la France. Merci! Chacun de nous peut venir en aide aux « sans-abri ». Il nous faut, pour ce soir, et au plus tard pour demain : cinq mille couvertures, trois cents grandes tentes américaines, deux cents poêles catalytiques.

Déposez- les vite à l'hôtel Rochester, 92 Rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir, à 23 heures, devant la tente de la Montagne Sainte Geneviève.

Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l'asphalte ou sur les quais de Paris.

Merci.

Cet appel fut d'une exceptionnelle efficacité .Il a rapporté cinq cents millions de francs et l'afflux de dons a obligé à ouvrir des dépôts de stockage. Emmaüs est né peu après.

Image : www.osee.unblog.fr

Le sixième tome des « Livres qui ont changé le monde » publie d'autres discours prophétiques ou programmatiques, échos des débats et des combats du vingtième siècle : Jean Jaurès, Aimé Césaire, Simone Veil, Nelson Mandela, Robert Badinter...

Annie Keszey

Publié dans France, Société, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, france, discours, degaulle, abbepierre | | |  Facebook

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