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16 octobre 2009

Jean Sarkozy ou le dilemme de l'EPAD

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Jean Sarkozy, jeune fils du Président de la République, conseiller général des Hauts- de- Seine pour le Canton de Neuilly-sur-Seine sud, est candidat à la présidence de l'Etablissement public d'Aménagement de la Défense (EPAD).

Cette candidature interpelle légitimement sur l'impartialité du pouvoir en place mais « Jean » est le « bouc émissaire » d'une nouvelle campagne contre le Népotisme français, permanent, enraciné dans des siècles de Monarchie et entretenu par des courtisans républicains.

Le lynchage médiatique, procédé barbare, n'apporterait qu'une réponse éphémère à cette exception héréditaire.

Les promesses politiques de tous bords d'une « autre civilisation », d'une « société humaniste » supposeraient plutôt l'organisation d'un « GRENELLE » REFONDATEUR DES VALEURS DE LIBERTE, D' EGALITE ET DE FRATERNITE.

Comment une revendication pour l'égalité, sans restreindre la liberté, pourrait-elle rester fraternelle et aboutir ?

A court terme, l'instauration d'une DIRECTION COLLEGIALE pour l'EPAD, induisant un travail d'équipe pour gérer la complexité, serait une modernisation de sa gouvernance et un apaisement entre les générations.

L'AGE

Jean Sarkozy a 23 ans. Il fut élu conseiller général à 21 ans et président de son groupe UMP-Nouveau Centre a 22 ans. Il devrait obtenir sa licence en droit, fin 2010.

Les responsables politiques actuels ne forment pas un ensemble homogène par l'âge, ni par l'expérience, ni par le diplôme. Tous ne sont pas diplômés.

Le plus jeune conseiller général du Calvados, non élu, est une femme de 21 ans, fille de maire*. Bonaparte fut Général d'armée à 23 ans et 1er Consul à 30 ans.

La plupart des grands Généraux de l'armée de Napoléon avaient moins de 30 ans, nul n'étant trop jeune pour mourir au champ d'honneur.

Violaine de Montclos rappelle que le duc de Coislin, petit neveu de Richelieu, entra à l'Académie Française à 16 ans. Il en était le doyen 50 ans plus tard !

Le réseau des Ministères français et néerlandais des Affaires étrangères organise depuis 2005 des rencontres de Jeunes Talents issus du monde politique, économique, scientifique, culturel, associatif...


Bill Gates, à 13 ans, fonda sa 1ère société de programmes informatiques avec son ami Paul Allen âgé de 15 ans. A 18 ans Bill Gates entra à Harvard et abandonna rapidement ses études : à 20 ans, il fonda MICROSOFT !

Driss Abbadi, Historien, chercheur au CNRS, écrit dans le journal Le Monde du 15/10/2009 : « Chacun se rend bien compte que le domaine politique n'est pas déconnecté des normes et des codes qui régissent la vie économique. L'exercice d'une activité élective est un débouché  économique équivalent à tous les autres secteurs qu'offre le marché de l'emploi. Jean Sarkozy a choisi de faire carrière dans la politique comme d'autres choisissent de faire carrière dans l'enseignement ou dans la vente par correspondance...Il est remarquable de noter que les reproches faits à Jean Sarkozy sont de même nature que ceux auxquels se heurtent beaucoup de jeunes de son âge à la recherche d'un emploi ailleurs qu'en politique...

Le cas de Jean Sarkozy est le symbole le plus abouti de l'alignement de la politique sur le modèle entrepreneurial.

Mais l'imaginaire collectif semble refuser d'admettre la dimension économique de l'activité politique. Quel sens donne-t-on à l'acte électoral lorsqu'on se rend compte que, finalement, le vote citoyen n'est autre qu'un choix à des candidats à une carrière économique de type politique fut-elle décrochée au nom de valeurs immatérielles aussi lourdes de sens que l'appartenance au territoire, la promotion de l'identité collective ou même la défense des valeurs démocratiques ».

L'indemnité des conseillers généraux est de 1501 € à 2626 €. Le regard des français sur l'âge, des  jeunes et des déjà vieux de 50 ans, est archaïque.

LE DROIT

Jean Sarkozy est un conseiller général qui fut démocratiquement élu par les habitants de son canton, au premier tour, avec près de 52 % des voix. Il répondait au seul impératif de l'âge mentionné dans les textes officiels : avoir 21 ans pour se présenter à ce scrutin, et être inscrit sur les listes électorales du canton concerné.

Par un vote, interne au Conseil Général des Hauts-de-Seine, de ses 44 pairs âgés de 30 à 80 ans, il a pu ou aurait pu, déjà, être désigné pour appartenir aux Conseils d'Administration de divers Etablissements publics, parfois très importants, avec des budgets très élevés.

L'accès à la présidence de l'EPAD de Jean Sarkozy se ferait également à partir d'un vote de ses pairs. Actuellement, aucun texte ne prévoit de restreindre l'accès à ces fonctions en raison de l'âge, ni du nom. (Lors des élections municipales seuls 2 élus de la même famille peuvent siéger dans un même conseil municipal. Par exemple, en 2008, M Ceccaldi- Raynaud, ancien maire de Puteaux, dut-il laisser sa place à sa fille et à son petit-fils).

Une restriction supplémentaire serait difficile à instaurer à partir des textes fondateurs de notre République.

 

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LE TRAVAIL D'UN PRESIDENT DE L'EPAD

Quel serait donc le travail de Jean Sarkozy ?

L'EPAD, établissement public à caractère industriel et commercial s'étend sur 160 hectares, (s'y ajouteront les 320 hectares de l'établissement public d'aménagement Seine-Arche, l'EPASA après sa fusion avec l'EPAD, prévue en 2010).

Il comprend 3 300 000 m2 de bureaux et 150 000 personnes y travaillent. La recette de la taxe professionnelle y rapporte 40 millions d'euros par an... L'EPAD est un aménageur qui effectue des études d'urbanisme, réalise les infrastructures nécessaires pour accompagner l'expansion et vend à des investisseurs un droit de construire composant une ressource financière.

« Il s'agit pour l'avenir de faire rayonner le projet aux 4 coins du Monde, de convaincre les investisseurs étrangers qu'il faut investir à Paris plutôt qu'à Pékin...Il s'agit de relever le défi de la mondialisation »*...

* Maitre Eolas

Les présidents du passé, de cet organisme, plus âgés que Jean Sarkozy, furent de Hauts Fonctionnaires, par définition diplômés et expérimentés, jusqu'en 2005, puis, à partir de 2005, ce fut un élu du Conseil Général des Hauts-de-Seine.

Ces « âgés » de la fonction publique ou de la Politique n'ont pu éviter les crises de La Défense de 1974 à 1977, de 1993 à 1997 et depuis 2008. Patrick Devedjian, président actuel et Ministre de la Relance, tente, nous dit-il, une remise en ordre de l'établissement.

En se fondant sur les contrôles de la Cour des Comptes, on apprend que  l'EPAD, de 1958 à 2008, pendant un demi-siècle, fut un Etablissement EN DEHORS du DROIT REPUBLICAIN.

L'EPAD, aménageur, a assuré pendant de nombreuses années un rôle d'exploitant EN DEHORS DE TOUT CADRE JURIDIQUE. C'est seulement depuis 2007 que la loi du 27/02/2007 a dissocié les deux missions : celle d'aménageur et celle d'exploitant.

LES INTERVENTIONS EN MATIERE DE VOIRIE NATIONALE SE SONT FAITES DANS UN CADRE JURIDIQUE IRREGULIER.

LA PRESENTATION DES COMPTES N'EST PAS CONFORME AUX LOIS, REGLEMENTS ET INSTRUCTIONS EN VIGUEUR et les critiques réitérées de la Cour des Comptes n'ont pas été suivies d'effet. LES IRREGULARITES SONT NOMBREUSES ET GRAVES (voir sur www. ccomptes.fr).

Un nouveau cadre comptable aurait été instauré en 2008. De plus, l'EPAD fut en conflit permanent avec les représentants des collectivités territoriales. Les « âgés- diplômés- expérimentés » furent-ils compétents et civiques ?

LE NEPOTISME

C'est une forme de favoritisme qui régnait au Vatican. Les papes attribuaient diverses dotations et fonctions aux membres de leur famille (dont les neveux).

Par extension, le mot désigne la pratique, pour un responsable politique, qui consiste  à distribuer des honneurs, des avantages ou des emplois à un membre de sa famille ou à un ami très proche, sans tenir compte du droit (ce n'est pas le cas), des compétences ou de l'égalité des chances républicaines.

Le Népotisme français est une pratique massive en politique et en économie, les deux secteurs étant entrelacés. Des siècles de Monarchie nous ont légué ce dévoiement de l'égalité entre tous. Le Népotisme a pour conséquence, en particulier, la création de  dynasties pour des « monarchies électives ».

Quelques exemples :

  • Aux Etats-Unis : Les dynasties Bush (2 présidents, 1 sénateur, 2 gouverneurs), Clinton (ces deux noms  ont eu le pouvoir pendant 24 ans), Roosevelt, Harrison, Adam...
  • En France : Les dynasties Arago, Carnot, Ferry (Jules mais aussi Charles et Abel), Jeanneney, Joxe, Debré, Giscard d'Estaing, Lefebvre, Mitterrand, Aubry...

Jean-Louis Debré a d' ailleurs écrit « Les Dynasties républicaines » aux Editions Fayard.

En économie les dynasties financières sont des « maîtres du monde », fortement liées aux Politiques : au Forum de Davos, les futurs bâtisseurs d'un monde nouveau portaient surtout les noms de maîtres anciens : Jonathan Soros (fils du milliardaire Georges), Aditga Mittal (fils du maître de l'acier indien), Aeren Lauder, Nathaniel Rothschild, James Murdoch...

Le souci de la descendance est certes universel mais en France il est excessif et les moqueries de l'étranger abondent contre cette France imparfaite, donneuse de leçons.

QUE FAIRE ?

Au sein du lynchage médiatique ou des contestations diverses, les protestations sont de natures opposées :

  • Les citoyens ordinaires dont les parents, étudiants, travailleurs précaires, jeunes diplômés en attente d'emplois, stagiaires, jeunes chômeurs... éprouvent une révolte légitime contre le privilège de la naissance.
  • Les interventions des politiques sont rarement désintéressées. Une pétition, partie du blog d'un conseiller municipal du MoDem de Puteaux, contre Jean Sarkozy, est un rebond cloné de l'anti-Sarkozysme de François Bayrou contre Nicolas Sarkozy. Ce blogueur sera sans doute récompensé par son « père politique », pour ce «super coup » médiatique, indépendamment de toute référence à ses talents. Sera- t- il inscrit en pole position sur une prochaine liste électorale ?

Des députés UMP sont mal à l'aise ! Ils craignent l'incidence de ces remous sur l'élection concernant David Douillet...

Nicolas Sarkozy, présentant sa réforme des lycées rappelle la création du lycée en 1802 qui signait le fin des privilèges de la naissance : « cela voulait dire désormais que ce qui compte en France, ce n'est plus d'être bien né, c'est d'avoir travaillé dur et d'avoir fait la preuve par ses études et sa valeur »... Notre Président est pris en flagrant délit d'un dédoublement de personnalité.

Jean-Christophe Fromantin, Maire de Neuilly-sur-Seine, libéré localement de Jean, ce sérieux concurrent, lui souhaite de réussir. Il est le seul à proposer une solution autre que la guérilla habituelle :

«...Monsieur le (futur) président, pourquoi, à l'instar d'un conseil  de surveillance dans une grande entreprise, vous ne créez pas une instance informelle et prospective pour avancer avec vous sur l'avenir de la Défense. Les membres de ce collège choisis pour leur expérience et leur expertise dans les domaines économique et international, pourraient s'engager à vos côtés, travailler de façon collective sur les grandes lignes du projet...Ouvrez le débat, ne restez pas seul et donnez à la Défense la meilleure équipe du monde ».

Allons plus loin : La meilleure réponse à la situation n'est-elle pas la création d'une DIRECTION COLLEGIALE pour l'EPAD-EPASA ?

Annie Keszey

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