Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05 octobre 2009

Pourquoi l'Académie de Créteil ridiculise l'Enseignement Professionnel ?

academie_creteil_puteaux.jpg

Pourquoi l'Académie de Créteil ridiculise l'Enseignement Professionnel ?

Un vent de modernité souffle sur notre pays ces dernières semaines. Confrontée aux ravages de la crise financière, la France ne s'en laisse pas compter en développement son sens du génie et de l'innovation. Une idée originale nous arrive cette semaine de l'Académie de Créteil qui se lance dans l'Enseignement Professionnel qui « paye » ses élèves pour assister à leurs cours !

Le chantier national de l'Education Nationale visant à lutter contre l'absentéisme à l'école a trouvé, pour l'enseignement professionnel, un porte-parole de choc en la personne du Recteur de l'Académie de Créteil qui justifie cette nouvelle mesure pour palier la désaffection de ses élèves dans trois Lycées Professionnels de son secteur.

Dès le lundi 5 octobre, les élèves concernés signeront un engagement de présence et d'assiduité aux cours qui sera récompensé en retour d'une cagnotte versée à l'ensemble de la classe pour le financement d'un voyage de fin d'année ou des cours de Code de la route. Cette cagnotte pourra s'élever jusqu'à 10.000 €. Cette mesure pourra être étendue à la rentrée prochaine à une trentaine d'autres établissements.

Cette idée n'est en rien novatrice. Elle porte gravement atteinte au travail mis en œuvre par les professeurs de ces établissements qui subissent déjà une ségrégation vis-à-vis de certains de leurs collègues du général. Elle assène un coup violent à l'image de la filière professionnelle où, ses élèves ne seraient qu'un ramassis de cancres qui passent en courant devant la porte de leur Lycée. Elle déresponsabilise un peu plus les parents et les élèves qui pourraient considérer que l'Ecole est devenu un ticket de loterie où si tu grattes au bon endroit tu gagne une récompense !


Pour les professeurs

La question que beaucoup d'enseignants de Lycées Professionnels se pose demeure : comment intéresser mes élèves au contenu de mes cours ? Si cela est moins vrai pour les enseignements « techniques », cette vérité s'impose à bon nombre de professeurs de Lettres, d'Histoire ou de Sciences. Pour remédier à cet état de fait, certains misent sur des projets collectifs qui s'étalent parfois sur une année pleine, d'autres préfèrent contourner les obstacles de leur matière en transposant le sujet à traiter par des situations vécues ou appréciées par les élèves qu'ils ont en face d'eux. Ce n'est jamais évident, mais ces enseignants apprennent avec les moyens qui leurs sont alloués à tisser une relation de proximité. Cet enseignement personnalisé leur fait souvent jouer le rôle d'assistante sociale, car ils connaissent mieux que personne la vie de leurs élèves.

Pour la filière professionnelle

L'Enseignement Professionnel a longtemps été considéré avec un œil réprobateur. C'était une forme de réceptacle pour les cancres notoires et autres fainéants sans avenir. Ces vieilles idées reçues se sont quelque peu estompées lorsqu'il y a quelques années la société s'est rendue compte que les élèves issus de l'enseignement professionnel comptaient souvent parmi les meilleures intégrations (et rapides) dans la vie active. Apprendre et se former à un métier étaient devenu des gages de réussite sociale. Réservé jadis aux enfants de familles modestes, les mieux aisés se sont progressivement tournés vers une filière qui facilite l'insertion professionnelle. Les campagnes gouvernementales en faveur de l'alternance et de l'apprentissage avaient envahies nos écrans de télévision et nos magazines.

Pour les familles et les élèves

Dans les familles modestes, le fantasme d'une école gratuite et accessible à tous s'est souvent soldé par l'impossibilité de voir leurs enfants poursuivre au-delà du secondaire. La filière professionnelle a donc permis à bon nombre d'enfants de progresser dans leurs études malgré le manque de moyens financiers de leurs familles. Il y a eu des échecs, bien sûr, mais beaucoup d'entres-eux ont fini par trouver leur place dans la vie active en faisant diverses fortunes.

Les élèves, eux, se sont répartis en plusieurs « classes ». Ceux qui échouent par manque de volonté ou d'intérêt. En dehors des autodidactes affirmés, beaucoup vivront des situations difficiles. Ceux qui sortent avec un diplôme en poche, du CAP au Bac Pro, trouveront bon an mal an un emploi avec l'espoir d'une évolution pour les plus courageux. Ceux enfin, qui auront la force ou l'envie d'aller encore plus loin en intégrant le supérieur et en augmentant ainsi, leurs chances d'accéder à des postes à plus forte responsabilité ou mieux rémunérés.

Cette idée est une fausse bonne idée. L'Enseignement ne se négocie en aucun cas. Il se doit d'évoluer en fonction des réalités sociales et des besoins locaux. Cette vérité concerne encore plus la filière professionnelle qui est liée directement aux entreprises de leur région qui reçoivent les élèves en stage et parfois, les embauche à l'issue de leur cursus.

Ce genre d'initiative est dans l'air du temps. Ni fait, ni à faire. Que reste t-il du principe d'émancipation des hommes ? Que reste t-il du refus de la paupérisation des plus modestes valorisant l'ascension sociale ? Que reste t-il d'une République qui juge ses enfants comme de simples consommateurs restant à convaincre ?

Innover et se moderniser, c'est rechercher les solutions visant à s'approcher de l'égalité de tous profitable pour tous.

Régis Sada

Les commentaires sont fermés.