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28 novembre 2009

Accueil des enfants de 2 ans en maternelle : la position d’Alain Bentolila

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Alain Bentolila est professeur de linguistique à l'Université Paris-V- Sorbonne, conseiller scientifique de l'observatoire national de la lecture et de l'agence nationale de lutte contre l'illettrisme.

« L'apprentissage de la langue conditionne le destin scolaire et social de chacun de nos enfants...

C'est en leur transmettant avec autant de bienveillance que d'exigence les vertus pacifiques du Verbe que l'on peut espérer qu'ils en viennent aux mots plutôt qu'aux mains. »...

Une mère et un père devraient pouvoir conjuguer leur travail et l'éducation de leurs enfants.

« ... Avant d'exprimer ma façon de penser sur l'accueil des enfants de 2 ans à l'école, je voudrais dire combien il m'apparaît injuste et scandaleux qu'une femme ne puisse pas conjuguer avec sérénité son travail et son rôle de mère. Au lieu d'avoir octroyé à tous les français des loisirs supplémentaires à travers la loi sur les trente-cinq heures, j'aurais aimé que l'on fit un effort significatif pour permettre aux mères (ou aux pères d'ailleurs) de jeunes enfants de partager leur temps entre leur profession et l'éducation de leurs petits et ce, avec l'assurance totale que ce partage ne nuirait en rien à l'avancement dans leur carrière. On ne peut pas condamner un enfant de 2 ans à ne voir sa mère qu'une heure à peine par jour pendant la semaine: on ne peut condamner une mère à laisser toute la journée son enfant à des gens qui n'auront que peu de temps à lui consacrer...


L'Ecole maternelle n'est pas adaptée pour accueillir des enfants de 2 ans.

« Lorsque l'école a décidé de laisser venir à elle les petits enfants de 2 ans, elle n'avait ni les lieux, ni surtout les femmes et les hommes capables d'accompagner les tout- petits dans leur développement linguistique, psychologique et affectif. Mais il faut reconnaître, elle a répondu légitimement à une demande sociale, urgente et forte, qu'aucun organisme ne prenait en charge. Encore eût-il fallu que les responsables de l'Education Nationale comprennent qu'ils endossaient là une responsabilité majeure et qu'il était extrêmement grave de prétendre faire « avec les moyens du bord ». Ils n'ont pas pris conscience- ou n'ont pas voulu prendre conscience- que la mission nouvelle que l'on assignait à l'école maternelle exigeait que l'on transformât en profondeur les lieux et les modalités d'accueil des tout- petits...

... L'Ecole ne peut- être qu'exceptionnellement un lieu d'asile...

Pour avancer sur le chemin de la maîtrise du langage, un enfant a absolument besoin qu'un adulte lui fasse progressivement découvrir ce que parler veut dire et comment s'approprier les outils du langage. Bienveillant et exigeant, le médiateur adulte analysera les échecs et les impasses, et les transformera en conquêtes nouvelles. Il fournira peu à peu les moyens linguistiques nécessaires (vocabulaire, syntaxe...) pour que le jeune enfant puisse élargir le cercle des gens et le cercle des choses à dire. Or- et c'est là le danger de l'école à 2 ans- ces jeunes enfants groupés à trente avec un adulte qui pare au plus pressé de leurs besoins élémentaires sont condamnés à apprendre à parler avec leurs pairs. Leur apprentissage s'effectue principalement (six à huit heures par jour) avec d'autres enfants de leur âge. On ne s'étonnera pas de l'insécurité linguistique de certains enfants » !...

Rien ne justifie la création hâtive de ces espaces éducatifs de mauvaise qualité.

Les nécessaires transformations de l'Ecole Maternelle.

« ...Puisque l'école est aujourd'hui la seule porte ouverte aux mères ou pères en mal de garde d'enfants exigeons au moins que l'on traite convenablement ces jeunes enfants : des lieux spécifiquement construits pour les tout-petits ; un effectif qui ne doit en aucun cas dépasser huit enfants par adulte ; une formation appropriée (y compris en linguistique) donnée aux enseignants... Parallèlement, créons des crèches en nombre suffisant, proposons des vraies mesures sociales pour permettre aux pères et aux mères de mieux accompagner les premières années de la vie de leurs enfants... Et, surtout, surtout, que l'on ne nous parle pas du coût «insensé» de telles mesures : toute allusion de cet ordre serait indigne quand le destin linguistique, culturel et social de nos enfants est en jeu »...

Extraits des pages 70 à 74 : « Le Verbe contre la barbarie » Edition Odile Jacob.

Image : www.cafepedagogique.net

Publié dans Ecole, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, école, éducation, maternelle, alainbentolila | | |  Facebook

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