Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28 avril 2010

L'Agenda 21

EAU TERRE.jpg

L'agenda 21, adopté par 173 Chefs d'Etat au sommet de la terre de Rio de Janeiro, en 1992, repose sur un précepte : penser globalement et agir localement. Ce programme d'actions de développement durable, pour le 21ème siècle, défini dans 40 chapitres et 27 principes, est encadré, en France, par des textes fondateurs. Le développement durable devra satisfaire les besoins des générations actuelles et futures...

La méthodologie de l'agenda 21, accessible, par exemple, sur le site www.agenda21france.org et sur le site www2.ademe.fr, pour l'agenda local , induit « que le développement durable sonne le glas d'une culture technocratique et d'un pouvoir hiérarchisé et repose sur un partage des savoirs, des pouvoirs et des responsabilités : il introduit un nouveau mode d'évaluation, de décision et d'action politiques, un changement de posture du monde ».

La réalité de l'agenda 21 confirme-t-elle cet idéal de démocratie participative?

L'agenda 21 de Puteaux a été voté lors du conseil municipal du 27/04/ 2009, après diverses concertations.  Les 27 et 28 Mars 2010, le Maire de Puteaux a organisé les journées du développement durable pour faire le point sur l'avancement des 97 actions planifiées et maintenir la mobilisation citoyenne. Trois ateliers, d'une heure chacun, se sont tenus dans la salle du tribunal sur la biodiversité, la qualité de la vie et l'activité économique (dont la mobilité). Moins de dix participants, (les trois- quarts restant silencieux), dans une ville de 44 278 habitants, ont suivi ces ateliers! La chargée de mission de l'agenda 21 n'est pas responsable de cette situation : ses exposés furent agréables et construits...

Certes, il y avait des visiteurs à l'exposition, sur la place, mais on peut faire l'hypothèse d'une fréquentation voisine de 1% de la population. Ce n'est pas seulement le cas de Puteaux. Par contre, à Laval, au Québec, 10 % de la population participe aux actions concrètes de développement durable. La région Rhône-Alpes dispose d'un panel de 10 000 personnes qui participent aux débats. La Suisse procède, elle, à des «  votations »...Maintenir la démocratie en éveil n'est pas impossible mais suppose des conditions à réunir, volontairement. La ville de Porto Alegre, au Brésil, est bonne conseillère.

Aucune enquête locale n'est accessible sur les attentes des habitants de Puteaux mais de nombreuses données nationales clarifient le contexte des agendas 21, peu propices à l'investissement citoyen.


Le pouvoir de décision excessif des Maires.

Les lois de décentralisation et la modification de la constitution ont accru considérablement le pouvoir des maires, déjà surdimensionné par le système des élections municipales. Les possibilités d'agir sont concentrées dans les mains de quelques adjoints et hauts fonctionnaires, soutenus par la  majorité muette des élus. C'est une situation de mimétisme par rapport aux conseils des ministres : le philosophe feutré et ex-ministre, Luc Ferry, s'étonne toujours de « la servilité » de nombreux représentants du peuple.

Il n'y a pas un réel contre-pouvoir communal qui pourrait relativiser la manière autoritaire dont les responsabilités sont dévolues aux conseillers municipaux : l'opposition municipale est dans la quasi- impossibilité de se faire entendre et d'autant plus virulente qu'elle est inefficace. La décentralisation a engendré un centralisme local et les citoyens, dans ce carcan, se savent, malgré les apparences, d'une grande impuissance, paradoxale, puisqu'elle touche à des sujets qui les concernent directement.

La pesanteur hiérarchique nationale sur le pouvoir local.

L'état pèse par ses lois, décrets et normes dont les normes comptables. De plus, en général, le Maire est tenu par la discipline de son Parti politique. Une mesure hiérarchique telle que la suppression de la taxe foncière, par l'incertitude qu'elle entraîne sur les finances locales re- oriente, autoritairement, les politiques prévues. La suppression, sans concertation, de la taxe carbone, signe, en particulier, l'inanité de l'engagement de citoyens et, pire encore, des associations de défense de l'environnement, en général plus écoutées. Elle dévoile l'engagement provisoire et électoraliste de l'Etat, au lieu d'un engagement urgent, responsable.

L'interrogation sur la pertinence de l'espace local, strictement délimité, pour engager un développement durable.

La démocratie locale est plus dans une logique de concurrence, voire de rupture avec les territoires voisins que dans une logique de coopération seule apte aujourd'hui à traiter les problèmes à grande échelle. [Le mur étanche entre Neuilly et Puteaux, sur l'île en copropriété, est symboliquement anachronique quant aux préoccupations  écologiques]. Quelle est l'étendue réelle du pouvoir des institutions locales face aux puissances démesurées qui les traversent ? Les objectifs de la préservation du climat, de l'eau, de la biodiversité, de la défense des équilibres écologiques nécessaires à la vie et à la vie humaine, peuvent-ils être pris en charge au niveau local ?

Saint Brieuc, par exemple, dans les côtes d'Armor, peut consulter les citoyens sur le ramassage des algues vertes, putrides, de ses plages, mais ne peut résoudre, localement, la question des nitrates. La concertation se fait au niveau du territoire hydrographique des bassins versants afin d'assurer une gestion cohérente des eaux. Entre le débat public, pourtant, et le document réputé en être issu, les « comités de l'eau », rédacteurs des conclusions, insèrent des « filtres administratifs notables ». De la libre décision des usagers ne peut naître une réglementation.

Des habitants des Côte d'Armor estiment maintenant plus pertinent de déposer plainte contre le Préfet, pour pollution et mise en danger des populations, plutôt que de se couler dans les régimes de décisions existants aux mains des élus et d'associations dépendantes des fonds de collectivités territoriales.

A Puteaux, une action volontariste devrait ramener les papillons sur une pelouse de l'Ile : c'est poétique et esthétique. Mais quel est l'impact sur la protection des « corridors » de la biodiversité ? Les indicateurs pour mesurer les situations de la biodiversité sont encore en construction : ils pourraient être universels pour contourner les « lobbies ».

Actuellement, la multiplication des structures et l'enchevêtrement des compétences nuit à la clarté des mesures, inégales et éclectiques.

La compétence en question des responsables.

L'écologie est une science très difficile, transdisciplinaire, qui suppose l'intervention de nombreux savants, complémentaires. Or, ces savants ne sont pas en nombre suffisant et  les communes disposant d'une cellule de compétences transversales, pour penser le développement durable, sont rares. La population française d'aujourd'hui n'a pas une culture écologique, l'école publique ayant négligé l'enseignement des Sciences de la Vie et de la Terre. Dans ce contexte, les confusions sont nombreuses. La bonne volonté ou la mode médiatique n'est pas la pertinence.

Des résultats scientifiques controversés.

Le débat entre le Groupe des Experts Intergouvernementaux sur l'évolution du climat (GIEC) et les climato-sceptiques que sont Claude Allègre et Vincent Courtillot, en particulier, n'est pas tranché. Une tentative de clarification est prévue entre experts. Les inconvénients des éoliennes se multiplient. L'opposition à l'énergie nucléaire ne progresse pas faute de proposer des alternatives de même importance productrice. Le procédé de calcul des émissions de CO2 est en cours de révision afin d'intégrer et de situer géographiquement les importations et les exportations...

Des informations pour juger rarement complètes.

Quelle est la situation de départ du développement à parfaire? Il existe déjà un certain nombre de mesures  (nombre de pauvres, cartes du bruit, analyses de l'eau, poids des déchets...) mais très techniques  pas toujours accessibles et ne recouvrant pas le seul territoire de concertation. Quel est le but de l'action entreprise ? Comment mesurera- t- on les résultats ? Quelle sera la démarche ?

La ville de Puteaux vient de réaliser le bilan carbone des bâtiments et des services municipaux pour 2008, de suggérer une démarche et d'annoncer un but chiffré : une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20%, en 2020. Toutes les actions proposées devraient s'inscrire dans des cadres évaluables localement puis nationalement or, très peu le sont. La ville de Chalon- sur- Saône, engagée en 2002 dans l'agenda 21 a déjà diminué en 3 ans ses émissions de GES de 5, 2 %...C'est précis.

Malgré ces imperfections générales, il ne faut pas renoncer à sa parole citoyenne, pour interroger la politique:

- N'y a- t- il pas beaucoup trop d'actions, de plus aux évaluations non posées, engagées sur Puteaux ? Les pages 4 et 5 de Puteaux- infos d'Avril 2010 présentent le catalogue des promesses électorales dont certaines sont dites « faites » et d'autres à venir. En aucun cas le recours au catalogue ne permet de comprendre pour juger la politique écologique.

- Toutes relèvent- elles du développement durable?

- Pourquoi ne sont- elles pas ordonnées en fonction du poids des investissements qu'elles supposent, de leur efficacité attendue et de leur urgence?

- Une articulation raisonnable entre les structures publiques et les structures privées défaillantes est- elle impossible ? Est-il  « humaniste » d'investir l'argent des contribuables dans le centre de La Falaise, dans les Yvelines, pour améliorer la fête annuelle des guinguettes, certes conviviale, en sachant que des familles avec enfants vivent dans des taudis de Puteaux ?

- Les écoliers d'une classe de l'école Jacotot sont initiés au lombriposteur afin de développer de nouveaux gestes éco- citoyens. C'est une initiative  charmante et sans doute utile mais les écoliers de Puteaux ont-ils tous un ordinateur scolaire ? La Ville et l' Education Nationale, ensemble, ont- elles éradiqué l'échec scolaire et les exclusions des élèves de Puteaux?...

jardin camelias.jpgToutes les mesures pourraient être soumises à la question... Des mots clés d'actualité sont  totalement absents des communications : immigré, chômeur...

Ces malentendus majeurs sur la finalité, la portée et l'efficacité des pratiques de concertation locales ne permettent pas de clarifier la démocratie participative : est-ce une légitimation des décisions prises ou une mobilisation pour des actions éco-citoyennes ? Est- ce une motivation électoraliste éphémère ou un simulacre pour métamorphoser la contrainte réglementaire en adhésion volontaire ?

Toute politique est perfectible. La publication de résultats locaux, situés dans divers ensembles plus vastes, récompenserait le travail fait par l'équipe du développement durable  de Puteaux et impliquerait peut-être davantage la population.

Sources : cahiers philosophiques - M Fœssel- M Kœbel- M Maesschalk- L Blésin- A Bertrand. ADEME.

Images : www.developpementdurable.com Le jardin aux camélias.Puteaux.

Annie Keszey pour Atelier des Idées

 

Les commentaires sont fermés.