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22 juin 2010

Le métier de professeur

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« Un professeur transmet des connaissances. L'école publique dans laquelle il exerce, en 2010, est en difficulté ».

Dans le passé, le Ministère de l'Education Nationale, n'a jamais accepté de reconnaître la complexité du métier de professeur au- delà de sa fonction unique, originelle, de transmission d'une matière, par des cours magistraux, de préférence.

Le recrutement des professeurs se fait à partir d'examens et de concours qui évaluent des connaissances. Les aptitudes à parler, communiquer, intéresser,  gérer des groupes,  maintenir l'ordre,  travailler en équipe, se former en permanence,  prévenir la violence,  innover en instruction et en éducation sont des qualités professionnelles indispensables, dont l'apprentissage, paradoxalement, n'est pas ou peu proposé par l'Institution.

Les cadres de l'Education Nationale, majoritairement, ont une idéologie conservatrice, éloignée de la « pédagogie », mot- valise rejeté, déraisonnablement. Ils sont les principaux responsables de l'état actuel, injuste, du Système.

Sébastien Clerc, jeune professeur de Français et d'Histoire vient de publier  « Au secours ! Sauvons notre école », aux éditions OH. Après une analyse approfondie des difficultés graves et variées de l'acte d'enseigner, il propose des solutions pour sauver l'école. C'est une rare description du métier de professeur dans sa réalité actuelle qui interpelle, avec sincérité, cette Institution plutôt muette et ses usagers !

La réalité pédagogique décrite est celle d'un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis : ce n'est pas la réalité de l'Education Nationale. L'égalité des chances n'est pas harmonieusement répartie, en effet, sur le territoire de la République. »


Les transgressions et les violences au quotidien.

Des comportements hors normes scolaires d'élèves, permanents, découragent et usent les professeurs. Sébastien Clerc, en six ans, les a tous vécus : bavardages permanents, disputes, injures, jets d'objets à travers la classe, retraits de chaises, port de casquettes ou usage de MP3, devoirs non faits, manuels perdus, boules puantes, entrées bruyantes en classe d'éléments extérieurs, retards, absences, conversations collectives sur la sexualité, manifestations « crues » d'irrespect, consommation ou trafic de drogues...

Le professeur doit gérer une véritable guerre civile, dans laquelle il ne parvient pas à protéger les premières victimes « les bouffons » (c'est le nom donné aux élèves sérieux par les perturbateurs).

A l'extérieur des cours, les dégradations s'ajoutent aux désordres : tags nombreux, extincteurs vidés, vols divers, particulièrement des matériels informatiques, coups et blessures, fausses alarmes...En 2005, un bâtiment préfabriqué fut incendié.

Le quotidien est stupidement « coûteux » en cours perdus et réparations matérielles.

Les causes du désordre.

Sébastien Clerc pointe successivement la responsabilité des élèves, des  parents, des professeurs, des acteurs de la « vie scolaire », des chefs d'établissement, du Ministère, de la Société et appelle à un décloisonnement de la réflexion sur l'état du système éducatif.

Il réfute la seule excuse de la pauvreté pour justifier certains comportements scolairement déviants. Tel élève ne peut acheter un classeur parce que le bourse n'a pas été versée mais « abuse » de l'usage d'un portable...Le patrimoine éducatif est cependant misérable : l'enfant  roi, le manque de patience ou d'affection, les violences parentales, les familles décomposées, les parents absents physiquement ou moralement, le chômage, le racisme, les bavures policières, ne sont pas des conditions structurantes. Le laxisme de professeurs, de parents, d'administrateurs, de surveillants pèse sur le lycée. Les limites ne sont pas rigoureusement posées et les écarts ne sont pas traités.

Le système des sanctions est inadapté.

Après plusieurs mises en garde, l'élève reçoit un avertissement transmis à la famille. Un second avertissement peut suivre ainsi qu'un troisième, tous avertissements annulés après un an. Entre l'avertissement et l'exclusion éventuelle pour faute très grave, il y a le blâme, tellement anachronique qu'il fait rire. Le service de la vie scolaire, débordé, ne transmet pas tous les signalements, les surveillants nullement formés ne s'impliquent qu'inégalement dans leur tâche. L'usage des simples lettres d'excuses n'est pas une réponse adaptée aux situations. Les élèves peuvent donc s'exercer impunément à la guerre d'usure...

Certains professeurs pensent encore que maintenir l'ordre n'est pas leur métier, ils délèguent ainsi leurs problèmes à une administration qui répond par des propos philosophiques superbes mais inopérants. Ces professeurs attendent leur mutation et le renouvellement annuel du corps professoral ne permet pas une action collective suivie. Les titulaires, parfois incompétents, sont privilégiés par rapport aux non- titulaires, même talentueux et aucun correctif n'est apporté à cette situation.

Les syndicats déclenchent des grèves...pour exister !

L'enseignement professionnel n'est pas valorisé.

L'école reçoit l'influence de la société extérieure du zapping opposé à l'effort personnel...

Des solutions

Sébastien Clerc « conceptualise » certaines situations de classe, avant de proposer ses remèdes : Ainsi chaque classe se décompose en trois groupes :

- une infime minorité qui souhaite progresser, surnommée par ses  pairs « les bouffons »,

- la minorité des leaders du chahut (un élève sur dix du lycée, mais dont le comportement est ravageur),

- la majorité de la classe, « le ventre mou », qui bascule du bon ou du mauvais côté.

L'enseignant doit apprendre à intervenir, par des mesures de fermeté, à l'instant décisif, pour empêcher tout basculement négatif. Réussir ce défi est un très grand bonheur professionnel et une conquête d'efficacité.

Cette méthode pédagogique pour restaurer l'autorité est développée en particulier, sur le site www.enligne.fr

Tous les acteurs du système sont appelés à entreprendre une démarche de qualité, proche du Kaizen des entreprises japonaises. Le Kaizen consiste à  se montrer attentif à tout ce qui n'est pas parfait dans une structure et à réfléchir systématiquement à des solutions. Le perfectionnement permanent transforme peu à peu l'Institution.

Une école des parents devrait être reliée à l'établissement scolaire.

Les professeurs, formés, à la fois, sévères, humains et justes, sont invités à user de l'humour, renforcer les cours d'éducation civique et introduire des cours de politesse. Par une parole claire et percutante, ils posent des règles  et ne transigent pas sur leur application.

Les cours préparés, intéressants, structurés à partir d'objectifs utiles et précis, commencent très rapidement pour mettre la pression vers l'effort, et se fondent sur l'obsession d'être compris. Il convient, pour le professeur, de ne jamais perdre son public de vue plus d'une seconde...

Dans un proche avenir, les proviseurs les plus efficaces dirigeraient les lycées difficiles, les professeurs resteraient cinq ans dans un même établissement, afin de stabiliser les projets. Les conseillers d'orientation auraient l'obligation d'être en relation avec les employeurs de la région.

La création d'un bac « chef d'entreprise » introduirait une filière d'excellence dans les lycées professionnels ; La réduction globale des heures de cours par le passage à des séances de 45 minutes et la réorganisation complète des emplois du temps ne devraient plus être différées.

Observations sur ce livre

« Sébastien Clerc enseigne dans un lycée très traditionnel. Les modifications dues aux projets d'établissement successifs ne sont pas apparentes. Il n'a pas été aidé par l'Institution mais a tenté de travailler avec bon sens, énergie et passion, semble- t-il.

Il propose  d'autres transformations qui existent ou ont existé ailleurs, mais ne le sait pas : les réseaux interne et externe par exemple. Ces réseaux cependant reposent sur des initiatives locales ou individuelles rarement reconnues par le Ministère.

Ainsi, des professeurs ont déjà travaillé en équipe :

dans les collèges expérimentaux, il y a longtemps, sous la responsabilité de l'Inspecteur Legrand,

de 1966 à 1976 au collège expérimental audiovisuel Louis Lumière, à Marly le Roi,

de 1993 à 2002 au collège de Chambourcy...

Des réunions disciplinaires et interdisciplinaires hebdomadaires, payées, conduisaient à la mutualisation des ressources pédagogiques. Les classes fermées (explosives) avaient été remplacées par des groupes mobiles aux effectifs variables. Un élève perturbateur pouvait être invité à changer de groupe : coupé de ses amis, avec un autre professeur de la même matière, il se calmait et ne perdait pas de cours. Sébastien Clerc ne renonce   pas à recourir aux exclusions de cours, voire aux exclusions définitives parce que, dit-il, il ne faut pas vouloir sauver tout le monde à tout prix. C'est là une faiblesse, un archaïsme de ses propositions : l'école est obligatoire et « l'inclusion » supplémentaire d'un élève correspond davantage à la mission éducative. Il faut cesser d'exclure.

Des inclusions possibles :

au Centre de Documentation et d'Information du lycée, avec un travail,

dans un autre lycée, à partir de conventions d'échanges,

dans un service communal ou départemental, pour des stages brefs,

les professeurs et les administrateurs des lycées devraient apprendre l'organisation et l'usage occasionnels de la souplesse de leurs emplois du temps respectifs : une révolution des mentalités.

Un chef d'établissement peut encadrer une retenue avec des élèves atypiques un mercredi après-midi : ainsi les connaîtra- t- il, les mettra- t- il au travail, avec des conseils personnalisés. Il peut aussi sortir de son bureau et se rendre au domicile, sans y entrer, d'un élève trop fréquemment absent, pour y rencontrer la famille sur le pas de la porte. (Cela lui évitera de comptabiliser 100 jours d'absence et d'initier un retrait des allocations familiales !)  Un professeur, peut exclure deux élèves de son cours et les envoyer en permanence, à la condition de convoquer ces mêmes élèves, après les cours, un autre jour, pour une mise à niveau, parce que le professeur tient au temps et aux contenus de son enseignement : deux élèves, seuls avec le professeur, dans un lycée presque vide est une situation fortement dissuasive de récidives...et l'information fait, positivement, tache d'huile.

Des Proviseurs et Principaux ont instauré, le jour de la pré- rentrée, en accord avec les professeurs, une politique d'ordre collectif, avec des principes et une organisation :

- secteur précis de responsabilité pour chaque surveillant,

- médiateurs élèves et adultes pour la gestion des conflits,

- slogan de comportement partagé,

- programme annuel de civisme par des intervenants extérieurs (définitions des excès de la liberté d'expression et sanctions, par un avocat père d'élève- assistance des élèves d'un niveau à un procès ...)

Tous les proviseurs ne sont pas, confortablement, disciples non éclairés de Rousseau.

Sébastien Clerc, très jeune, reste attaché à la notation. Il propose même une note sur  20, discutable,  de comportement. Pourquoi ne préfère-t- il pas les contrôles réguliers individuels ou collectifs des compétences acquises, pour reprendre ensuite, tout simplement, l'enseignement des compétences qui ne le sont pas ? Exact et faux remplaceraient l'échelle de 1 à 20.

Motivé sincèrement par la recherche d'améliorations, ce professeur tente de perpétuer,  paradoxalement, sans le vouloir,  l'école concurrentielle, celle de la compétition qui humilie inutilement les élèves en difficulté et  prépare à cette société capitaliste particulièrement controversée aujourd'hui.

Au secours ! C'est, en effet, par une démarche de qualité de tous les acteurs que l'école sera sauvée ».

Annie Keszey pour Atelier des idées

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