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27 octobre 2010

Altruisme et concurrence

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La politique de Bruxelles est stupide.

« …Une question se pose à nous : peut-on aller, par la concurrence, peu à peu, vers l’efficacité? C’est toute la politique de Bruxelles qui est en cause, toute la politique économique des nations du Nord (et du Sud d’ailleurs, avec l’intervention des pompiers pyromanes du Fonds Monétaire International). Une autre façon de poser la question serait : faut- il, par exemple, décentraliser au nom de l’efficacité ? Bien sûr que non.

Non, car il n’existe pas de théorie économique qui permette de dire qu’en libéralisant petit à petit, on va, pas à pas, vers plus d’efficacité.

Imaginons qu’un marché parfait existe et qu’on veuille aller vers lui. On peut, petit à petit, souhaiter libéraliser les marchés, celui du travail, des capitaux, puis privatiser, flexibiliser, supprimer les monopoles, mettre des péages là où il n’y en avait pas, bref, on peut souhaiter faire un peu comme l’Europe mais il y a toujours des îlots de non-concurrence, par exemple des monopoles publics. Je ne suis pas tout à fait en concurrence par conséquent mon économie n’est pas tout à fait efficace. Que faire? En tant que commissaire européen à la concurrence, je constate que les monopoles des postes, des transports aériens, du tabac, des alcools, l’exclusivité du service public de l’enseignement, de la santé, représentent autant d’entraves à la concurrence. Alors, démantelons. Que se passe- t- il ?

…On ne peut aller pas à pas vers la concurrence, car la concurrence est un tout. C’est un résultat destructeur. Privatiser, par exemple, n’a aucune justification économique…


La libéralisation progressive est une utopie, une pure volonté idéologique, un rêve de bureaucrate ou de fanatique, un calcul économique de puissant, le calcul du renard libre dans le poulailler libre et n’a par là même aucun intérêt pour l’efficacité économique. Mais alors, la politique de Bruxelles ? Elle est stupide, car supprimer un à un les monopoles publics conduit à des situations globalement pires. Vous avez « rationalisé » la poste ? Plus de bureau dans les petits villages, parce que trop coûteux ? Bienvenue à l’émigration vers les villes, à la perte d’efficacité. Vous avez supprimé les petits trains de banlieue, déficitaires, pour ne conserver que les TGV, rentables, concurrence avec le transport aérien oblige ? Bienvenue à la ruine des économies locales, à l’émigration, à l’entassement, à l’utilisation excessive de la voiture, à la pollution et ainsi de suite. Tout se tient, et si vous coupez un fil social, tout risque  d’être pire, voire de tomber.

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Et pourtant, il y a de l’équilibre. Et pourtant, il existe de l’harmonie sociale. Pourquoi ? Parce que subsistent d’autres liens non économiques, évidemment, car les liens économiques livrés à eux- mêmes sont purement destructeurs. On trouve ainsi du lien social, de l’affection, de l’amitié, du lien féodal, de la soumission, de l’altruisme, de la coopération, du don, de la confiance, de la gratuité, de la convention, de la coutume, de la loi…Mais surtout, il y a énormément de gratuité dans les actions humaines…

L’homme n’est ni cupide, ni généreux, il est les deux. L’économie a réussi à accaparer de nombreux mythes : la liberté (le marché libre), l’égalité (l’égalité des consommateurs, des actionnaires), le bien-être, sans doute, le bonheur.

Et pourtant, il doit paraître clair que la gratuité et la solidarité font la croissance, l’invention, la richesse malgré la concurrence essentiellement inefficace…

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Le capitalisme n’a pu fonctionner que parce qu’il a hérité de types anthropologiques qu’il n’a pas créés : des juges incorruptibles, des fonctionnaires intègres, des éducateurs qui se consacrent à leur vocation, des ouvriers qui ont une conscience professionnelle…Ces types ne surgissent pas et ne peuvent surgir d’eux-mêmes, ils ont été créés dans des périodes antérieures, par référence à des valeurs consacrées et incontestables : l’honnêteté, le service de l’état, la transmission du savoir… Or, nous vivons dans des sociétés où ces valeurs sont, de notoriété publique, devenues dérisoires, où seuls comptent la quantité d’argent que vous avez empochée, peu importe comment et le nombre de fois où vous êtes apparus à la télévision. Le système marchand ne survit que parce qu’il phagocyte tout ce qui relève de la gratuité et de la solidarité…

Il nous faut démasquer inlassablement les rapports de pouvoir derrière les fausses évidences de l’économie marchande et refuser impitoyablement toutes les fausses lois.

Mais faisons un rêve : lorsque l’économie et les économistes auront disparu, ou du moins auront rejoint l’arrière-plan, auront aussi disparu le travail sans fin, la servitude volontaire et l’exploitation des humains. Règneront alors l’art, le temps choisi, la liberté. Qui rêvait ainsi ? Keynes, le plus grand des économistes. »

Source : Le théorème de Lipsey-Lancaster, exposé par Bernard Maris, dans  son   « Antimanuel  d’Economie », Editions Bréal. Tome 1 : les fourmis.

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