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21 janvier 2011

Les primaires socialistes : un non-sujet ! par Gérald Bogard

 

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Edito « Idées » paru le 6 janvier 2011 dans le Journal Le Monde

A l’instar de beaucoup de Français, je suis atterré par la situation dans laquelle se trouve notre pays et désespéré par la réponse politique qui y est apportée. Il ne s’agit pas seulement d’économie ! Sur tous les domaines, nos craintes n’en finissent pas de s’aggraver : l’éducation, la santé, la justice, les libertés, la défense, la protection sociale, la fiscalité, la culture, le dialogue social, le développement économique, l’égalité, le pouvoir d’achat, l’environnement, le lien social, l’entrée dans la vie active, la conduite de la vie professionnelle, l’articulation des territoires, la citoyenneté, la construction européenne … 

Quel domaine n’est pas à explorer ?

Partout, les orientations prises sont présentées comme les solutions inéluctables à une crise qui ne pourrait être gérée que sur le mode de la réforme libérale. Des débats tronqués ou laissés sans suite, des citoyens prétendument « entendus », une obsession présidentialiste omniprésente, tout cela ne laisse rien augurer de positif pour les mois qui viennent. Là encore, reportons-nous à la presse quotidienne qui n’est ici que bruissements sur les rumeurs d’entente, les marges de manœuvre, les possibles pistes de récupération, les petites phrases et les fausses stratégies.

La crise de civilisation est une évidence dont chacun est convaincu et dont il tire cette autre évidence qu’il nous faut y apporter de vraies et sans doute nouvelles réponses. Chacun est conscient qu’il nous faut collectivement redéfinir les principes qui fondent nos sociétés, les modalités souhaitables de leur gouvernance et construire les réponses les plus adaptées, à défaut de pouvoir en choisir immédiatement les plus idéales.


Cela nous impose de prendre la mesure des défis, sans pour autant se crisper derrière l’obsession de la réforme qui n’est que copie de certains modèles idéologiques dépassés, de nous laisser inspirer par les expérimentations menées avec succès ici ou là et de construire ensemble une société où la liberté, l’égalité, la solidarité ne seraient pas que des slogans.

C’est à cela qu’il serait souhaitable de nous attacher en la période actuelle. Au regard de cela, deux des candidats déjà déclarés, sont dès maintenant disqualifiés. Ce ne serait pas le plus inquiétant si une quelconque alternative se dessinait.

Malheureusement, il n’en est rien. Nous assistons là à ce que certains ont appelé, non sans Raison, un « concours de beauté » qui, pour le dire franchement, ne saurait intéresser que les personnes qui s’y inscrivent. Peut-être serait-il sage de passer à des choses plus sérieuses. Il n'est pas interdit aux responsables politiques de faire preuve de lucidité. Que penser de la réelle capacité politique (entre autres capacités, à gouverner notre pays) de nos candidats qui n’ont d’emblée pour avenir que de figurer sur les marches les plus basses du podium? Ils ont quelques idées, tant mieux ; ils seront peut-être ministres, tant mieux pour eux ; mais nous n’en n’avons rien à faire pour l’instant.

Certes, nous sommes au pays de La Fontaine, mais cela ne suffit pas à rendre désirable le Marquis de Carabas, puisqu’il a choisi, en connaissance de cause, de s’arrêter momentanément, dans une auberge accueillante. Ne doutons pas d’ailleurs que se dégagent bientôt d’autres postes tout aussi prestigieux. A titre d’exemple, mentionnons ici le renouvellement à venir de la Présidence du Conseil européen. Parce que beaucoup a été cassé, il ne suffira pas de remettre en place ce qui préexistait.

Répétons-le la liste des sujets est longue. En fait beaucoup trop pour tenter de dresser un inventaire et l’inscrire dans un programme. Sans compter que, d’une part, l’histoire sait réserver des accidents qui viennent contrecarrer la réalisation de ces projets imaginés et que, d’autre part, nous connaissons suffisamment bien l’inspiration marketing de l’élaboration des propositions pour ne pas accorder à celles-ci autre chose que notre méfiance. Enfin, pouvons-nous penser un seul instant que l’ampleur des sujets puisse faire l’objet d’un réel approfondissement dans un aussi court délai ?

Cela ne signifie pas pour autant que nous n’attendons rien. Faute de programme et compte tenu de l’ampleur des problèmes à résoudre, ne serait-il pas plus raisonnable de nous proposer une méthode de gouvernement ? La gauche, en son temps, a été rendue responsable de négliger les catégories de la société civile et leurs organisations qui constituaient pourtant la base de son électorat. La droite, et notamment dans la période la plus récente, est allée encore plus loin, en faisant fi de la volonté populaire et des questions qui l’agitent. Au vu de cela ne serait-il pas plus judicieux et, osons le mot, plus honnête, de nous dire : comment faire vivre la démocratie que nous attendons ? De nous indiquer certes une direction, mais de nous associer à l’élaboration de dispositifs et de solutions durables, sur un temps long et sous des formes plus adaptées que la multiplication de ce nouveau gadget que constituent les « Grenelle » ?

En résumé, et presque en désespoir de cause, l’alternative indispensable ne réside pas dans des « primaires » qui ne sont qu’un gadget, mais dans un véritable courage politique ; celui qui serait véritablement à la hauteur des enjeux ; celui qui ne se contenterait pas de franchir la ligne en vainqueur, mais nous proposerait réellement de gouverner la France dans la mondialisation qui se construit, en refondant notre modèle social sans pour cela sacrifier les principes fondateurs de notre démocratie.

Un échec ici aurait sans nul doute des conséquences bien plus dévastatrices que la sanction des urnes.

Gérald Bogard

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