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28 janvier 2011

Haïti : solidaires ici, ailleurs et toujours. Oui, mais comment ?

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Cette formule sur la solidarité partout et toujours, remarquablement humaniste, ne se réalise que très imparfaitement puisqu’elle est sous contrainte: les actions de solidarité publiques relèvent de choix raisonnés, planifiés, coordonnés et surtout hiérarchisés, tant les besoins sont immenses, d’importances inégales et de coûts variables.

La solidarité exclusivement émotionnelle, majoritairement privée, est libre dans ses choix. Souvent éphémère et médiatique, parfois efficace pour les situations d’urgence, elle n’est pas la plus adaptée aux aides de longues durées.

Il y a 8 millions de pauvres en France dont 1.8 millions avec moins de 602 €/ mois et 90 000 sans-logis. Il y manquerait 800 000  logements.

421 millions d’individus, dans le monde, vivent dans une extrême pauvreté.

776 millions d’adultes sont analphabètes.

9 millions d’enfants de moins de 5 ans meurent chaque année de maladies que l’on sait guérir…

Le Maire de Puteaux vient de charger Nadine Jeanne, conseillère municipale d’opposition d’une mission d’observation, à HAITI, afin d’étudier la faisabilité d’une action concrète de solidarité, dans le cadre de la coopération décentralisée.


La coopération décentralisée est développée sur des sites tels que www.cités-unies-france.org ou www.cncd.diplomatie.gouv.fr

C’est la première fois, depuis les élections de 2008, que le Maire, par cette nomination, pratique une ouverture politique et accorde publiquement sa confiance à une militante du PS, sérieuse et compétente : lueur encourageante dans l’enfermement idéologique du Parti UMP. L’acceptation, par le PS, de coopérer avec un maire UMP, est un progrès complémentaire.

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La solidarité avec HAITI, pays dévasté mais lointain, suppose des conditions.

1. La Cour des comptes publie sur son site www.ccompte.fr les deux tomes de son rapport 2011 sur l’usage des dons financiers reçus par les organisations humanitaires lors du tsunami du 24/12/2004. Ces rapports font suite aux précédents de 2006 et 2008. Les avertissements, les conseils et l’inventaire des bonnes pratiques (chapitre 2) sont des informations à connaître absolument avant toute nouvelle initiative dans la situation comparable d’un tremblement de terre.

La Cour des comptes met en garde contre l’excès d’intervenants, l’inexpérience de certains, les conséquences fâcheuses du manque de coordination (constructions  neuves paradoxalement inutilisées), la dérive générale des prix, le haut niveau de corruption… La comptabilité de grandes organisations humanitaires telles que la Croix Rouge ou Action Contre la Faim, par exemple, portant sur l’affectation des dons, reste imparfaite, 7 ans après le cataclysme !

2 L’Organisation des Nations Unies vient de publier un rapport (www.reliefweb.int)

sur la situation de la reconstruction à HAITI. En 2010, un financement de 400 millions de dollars a manqué pour des opérations nécessaires de gestion et de coordination. Actuellement manque un financement pour la lutte contre le choléra et sa prévention dans les écoles : 3000 morts, 150 000 contaminés et 400 000 contaminations attendues…3 milliards de dollars de projets viennent d’être adoptés par l’ONU pour 2011.

3. Les organisations spécialisées dans l’aide humanitaire n’exposent pas leur personnel à des risques inutiles. La place d’une conseillère municipale, que l’on souhaite garder, est-elle à HAITI ?

De très nombreuses régions sont déconseillées par le gouvernement français, dont CAP-HAITIEN, sauf pour raisons professionnelles impératives. De plus, dit encore le gouvernement, la période électorale actuelle est très incertaine, il faut faire preuve d’une très grande prudence, se tenir à l’écart des fréquentes manifestations, éviter les jets de pierre. En cas de manifestations politiques il faut faire des stocks d’eau, de nourriture et de médicaments et rester confiné chez soi. Les incivilités, les délits, les homicides, les enlèvements dont les enlèvements d’étrangers s’ajoutent aux risques de nouvelles catastrophes naturelles, aux redoutables piqûres d’insectes et à l’extension d’une épidémie violente de choléra. De nombreuses assurances refusent les prises en charge pour HAITI.

Ce n’est pas tout : les conseils aux voyageurs, complets, ont été actualisés le 12/01/2011, sur le site www.diplomatie.gouv.fr

4 La Mairie envisagerait, par exemple, la construction d’une école à KATI, au Mali. C’est un investissement lourd. La jeune et talentueuse première titulaire de la chaire « Savoir contre pauvreté » du Collège de France, Esther Duflo,  définit les conditions d’une scolarisation réussie dans les pays pauvres : construction scolaire, mais ensuite, entretien des bâtiments, organisation des inscriptions et des recrutements, surveillance des qualifications, des salaires, des motivations et de l’assiduité des enseignants et des élèves (la moitié des enfants inscrits à l’école, en Inde, ne sait pas lire), implication continue des familles y compris par des aides ou des pénalités financières, selon le cas.

Les programmes de telles écoles demandent aussi des adaptations. Cette nouvelle pratique, efficace, de la solidarité, est exposée par Esther Duflo dans « Lutter contre la pauvreté ». La république des idées aux éditions du Seuil et sur le site www.college-de-france.fr

Construire une école est une politique de solidarité, sur un temps long, afin de sortir du gaspillage actuel des fonds publics investis dans les politiques de développement. Cette politique doit être chiffrée.

5. La mairie de Puteaux peut-elle utiliser les fonds des contribuables pour des actions de solidarité extérieure? En théorie, les transferts de fonds sont possibles puisque la ville est riche, trop riche. La responsabilité de cette situation enviable, n’est pas locale, elle repose sur un étrange système de répartition, inégalitaire, entre les communes françaises et sur l’interdiction de placer des fonds pour prévoir des lendemains qui déchanteraient.

Il faut donc TOUT dépenser, chaque année. Les choix d’investissements sont très critiquables,  surtout la construction d’immenses et nombreux palais dont l’usage ne fait l’objet d’aucun audit, pour en vérifier la pertinence (taux d’occupation des surfaces, par heure et pour quelle activité…) Les conseillers de la majorité et parfois même d’une certaine opposition approuvent ces choix déraisonnables. Ce gaspillage local d’argent public, dans un état en « faillite », (mot de François Fillon) dénature la solidarité en la situant dans un cadre absurde de choix.

La ville devrait appliquer une gestion modèle, à exporter, à partir d’objectifs précis à atteindre pour couvrir, en priorité, les besoins de base de tous les habitants : les besoins « ici ». C’est le premier devoir du maire, avant HAITI, KATI ou en même temps.

En ce mois de janvier, tous les élèves des cours préparatoires de Puteaux ont-ils acquis les bases de l’apprentissage de la lecture? Non. Or, c’est l’entrée garantie dans l’échec scolaire et l’échec scolaire c’est une forte probabilité d’être chômeur. 15% des élèves des CM2 n’obtiendront pas des résultats suffisants aux évaluations nationales.

Qui est solidaire, ici, de ces enfants-là ? Solidaire jusqu’au but. Pourquoi les mamans d’enfants handicapés doivent-elles attendre une aide à domicile pendant plusieurs années, après leur inscription sur une liste?

La Mairie pourrait-elle s’associer, par exemple, à la construction de logements à HAITI ?  D’ailleurs il n’y a pas encore de maçons formés aux constructions antisismiques à HAITI. L’UNESCO vient de s’associer à un programme de formation.

Certains enfants, ici, y compris en centre ville, rentrent dans la pièce unique et délabrée du logement familial, ils n’ont ni bureau, ni lit, faute de place…Des familles vivent à quatre dans 16 m2, avec leurs imperméables pour couvertures parce que l’eau tombe du plafond. Des sans-domicile dorment sur les paliers d’immeubles…

Beaucoup a été fait. TOUT pouvait l’être à partir d’une autre idéologie gestionnaire. Une mission spéciale, ici, complèterait judicieusement la liste des tâches de la municipalité.

L’argent public de Puteaux est d’abord pour la population de la ville. La fin des gaspillages, le passage modeste à une gestion rationnelle, sans citoyen oublié, est la condition pour légitimer les actions de générosité extérieure. [L’épicerie sociale (très peu fréquentée, sans doute par insuffisance d’information en direction des personnes concernées), la récente maison du droit sont, par exemple, des décisions du maire très adaptées à la population dont elle est responsable.]

6. Parler de don français, pour HAITI, c’est occulter l’Histoire. En 1825, HAITI avait dû payer à la France 150 millions de francs-or en échange de son indépendance. Du 7 février 1986 au 16 Janvier 2011, l’ex-président à vie de HAITI, Jean-Claude Duvalier, « baby-doc »,  remarquable tyran corrompu, successeur de son père, chassé par une révolte populaire, a vécu en France, dans le confort, aux frais des Haïtiens. Il aurait détourné  300 millions de dollars lors de sa présidence  de 1971 à 1986. Avec un avion d’Air France, il vient de rentrer à HAITI, dans cette période d’incertitude entre les deux tours d’une élection présidentielle controversée. Ni les gouvernements français successifs, ni l’Assemblée nationale (à laquelle appartient le Député-Maire de Puteaux), ne se sont indignés de la présence, ici, de ce voleur du peuple…

Allons donc ! Comme ça, l'air de rien du tout, par un froid petit matin de janvier, une nouvelle parmi d'autres : « Baby Doc » est de retour au pays, ou du moins dans ce qu'il en reste politiquement parlant, pour rester diplomate. Finies vacances dorées aux frais du « Prince Peuple », bénies par une France mal voyante et à demi-sourde aux souffrances des torturés pour rien .Oubliés « Tontons Macoute » à la gâchette facile et aux mains rouges. Allons donc ! Haïtiens je vous le dis, le devoir d'ingérence dans vos affaires s'impose. Jean Gaëtan Tardino, sur www.jeta.blog.tdg.ch

Le site www.france-info.com annonce l’interpellation par la justice de HAITI, de  Jean Claude Duvalier, pour corruption, vol et détournement de fonds. Javier Zuniga, conseiller spécial d’Amnesty International estime que les violations des droits de l’homme, par Duvalier, équivalent à des crimes contre l’humanité.

Le plus grand chantier est de promouvoir un Etat de Droit, à HAITI, sinon tous les efforts partiront en fumée. Selon Mirlande Manigat, arrivée en tête du premier tour de l’élection présidentielle, si l’ONU partait maintenant ce serait le chaos.

Une voie actuelle de dons privés pour HAITI semble utilisable. Sean Penn est un intervenant direct : il dirige le camp de Pétionville, de 50 000 réfugiés. Le site de son organisation. www.jphro.org ( Jenkins-Penn Human Relief Organization) énumère les produits sanitaires urgents dont a besoin son centre de soins, pour lutter contre le choléra. La communication peut se faire par courriel (info@iphro.org) ou par téléphone, les numéros sont sur son site.

Annie Keszey

Publié dans Monde, Puteaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, puteaux, ps, ump, haïti, solidarité | | |  Facebook

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