Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02 février 2011

Avenir de l'Europe et du monde, après la Crise

apres_crise_economie_ecologie.jpg

Prévisions d’une science économique qui ne sait pas prévoir.

Guy Sorman, essayiste, dans Le Figaro du 6/01/2011, estime que le capitalisme a digéré la crise, car les marchés, en forçant l’euro à la baisse, vont favoriser nos exportations et la croissance soldera nos dettes. Mais il envisage une « croissance sans emploi », parce qu’une partie de la population française (et européenne) n’est pas qualifiée pour les métiers complexes tandis que les métiers manuels sont exportés là où les salaires sont bas. . Il s’agit donc d’élever le niveau et la spécialisation de l’éducation, ce qui prendra une génération. Une réindustrialisation, à partir de nouvelles techniques, offrirait aussi une nouvelle source d’emplois de qualification moyenne

Le dernier bulletin en ligne du Fonds Monétaire International, le FMI publie un entretien de Jeremy Clift avec Olivier Blanchard, chef économiste du FMI.

Pour Olivier Blanchard, l’année 2011, sera vraisemblablement marquée par une reprise mondiale à deux vitesses : la faible croissance des pays avancés suffira à peine à faire baisser le chômage tandis que les pays émergents devront s’acquitter de la rançon de la réussite, notamment en évitant la surchauffe et en gérant des afflux massifs de capitaux.

Olivier Blanchard a rappelé que les pays devraient continuer de rééquilibrer leur économie durant l’année à venir, notamment par des mesures structurelles et des ajustements de taux de change

Durant cette interview, Olivier Blanchard a évoqué le rôle primordial du Groupe des vingt pays avancés et émergents (G-20) pendant la crise mondiale et rappelé que la coopération restait nécessaire pour affermir la reprise ainsi que les perspectives de l’Europe et des pays à faible revenu.


Extraits de l’entretien.

Passons maintenant à l’Europe. Quelles sont les perspectives pour le vieux continent ?

Olivier Blanchard : Il ne fait aucun doute que plusieurs pays d’Europe vont devoir subir un ajustement économique difficile et prolongé. La crise mondiale n’a fait que rendre les choses plus ardues. Pour les pays qui font partie de la zone euro et qui, par conséquent, fonctionnent avec un taux de change fixe, cela va nécessiter un travail long et pénible.

Mus par ce qui s’est révélé être un optimisme exagéré, ils avaient accru leur demande intérieure de façon excessive, aussi bien sous la forme de consommation que d’investissement immobilier et certains d’entre eux avaient accumulé des déficits extérieurs courants considérables. Ils doivent miser davantage sur la demande extérieure, sur les exportations. Les programmes sociaux sont essentiels, à la fois en tant que tels et pour assurer un large soutien politique…

Je comprends parfaitement que les pays rechignent à demander un programme conjoint de L’Union européenne et du FMI. Mais ces programmes peuvent être utiles de deux manières : en plafonnant le taux d’intérêt annuel auquel les états peuvent emprunter et en renforçant la crédibilité de leur engagement pour rassurer les marchés…

Tim Jackson, professeur et chercheur à l’université du Surrey, en Grande Bretagne, spécialiste du développement durable, dans Le Monde du 4/01/2011, estime très improbable la reprise de la croissance, en Europe, en 2011. Les mécanismes  destinés à maintenir la croissance ont fragilisé le système économique en développant un endettement toxique qui a conduit à l’effondrement des marchés.

L’autre aspect de la question est de savoir si l’on peut poursuivre la croissance sans dommages environnementaux irréversibles sachant que nous vivons dans un monde fini. Pour y parvenir, il faudrait créer de la valeur économique non dans les biens, mais dans les services : éducation, santé, loisirs…

Pour remodeler le système économique, il faut suivre trois démarches.

- La première est d’admettre que l’expansion économique a ses limites, nos ressources ne sont pas infinies.

- La deuxième est de réguler le marché financier, c’est-à-dire l’investissement et le profit. Il faudrait ramener le profit au bénéfice de la communauté.

- Le troisième point vise à changer la logique sociale : le gouvernement peut fournir aux gens les moyens de s’épanouir d’une manière moins matérialiste.

Si l’on admet que la hausse continue de la productivité du travail est la clé du progrès économique, la réduction du temps de travail permettrait de combattre le chômage.

Si l’on opte pour la fin de la hausse de la productivité, il y aura certes une baisse des profits mais plus d’emplois à créer dans les services sociaux, l’éducation, le maintien des espaces publics, la rénovation des bâtiments…

Dans  son ouvrage, « Prospérité sans croissance » proposé, en particulier, sur le site : Tim Jackson fait le procès de la croissance économique illimitée. Dans les économies avancées, il devient  clair que la croissance de la consommation n’augmente pas le bonheur et peut même lui nuire. Et, il est encore plus évident que les écosystèmes qui portent nos économies sont en train de s’effondrer sous l’impact de cette croissance. A moins que nous ne réduisions radicalement l’impact environnemental de l’activité économique- et rien ne prouve que cela soit possible- nous allons devoir construire une prospérité qui ne repose pas sur la croissance continuelle. Hérésie économique ou opportunité pour construire une prospérité durable en dehors de la dictature du marché ?

Alain Touraine, sociologue et économiste, dans « Après la crise » aux éditions du Seuil, décrit la situation « post-sociale » d’un monde nouveau, après l’affaiblissement actuel des acteurs sociaux, la disparition des classes sociales et la mort des sociétés post-industrielles.

Pour arrêter la finance, cette machine folle qui détruit nos sociétés occidentales, il appartient à chacun de se révolter pour sauver la démocratie.

Dans Télérama du 8 au 14/01/2011, Vincent Rémy s’entretient avec Alain Touraine :

Mais les peuples ne se révoltent pas, pas encore : la population anglaise a voté pour les conservateurs dont la seule préoccupation est de reconstruire la city, la machine à fric. Et c’est pour la city, qui a ruiné leur pays, que les Anglais se serrent la ceinture…

Aujourd’hui, nous n’avons plus de modèle social. L’Europe est entièrement à droite- hormis Zapatero- dont chacun sait qu’en cas d’élections, il tomberait…Les sociaux- démocrates sont liquidés partout. Les syndicats, la sécurité sociale, les services publics, tout ça est remplacé par l’argent, le simple argent…

Que peut-on construire pour résister à ce tsunami financier ? On peut compter sur deux forces : l’une vitale, c’est l’écologie et l’autre c’est l’individu. L’écologie nous dit qu’il faut gérer les rapports nature et culture et donc imposer des limites à l’économie. L’individu privilégie la recherche des droits, droits à la dignité et au respect. La reconnaissance des droits des plus faibles qui entraîne la reconnaissance des droits de tous : c’est l’universalisme.

Pour recréer de l’esprit démocratique, pour réveiller les consciences, il ne faut plus partir d’en haut, mais évaluer la capacité concrète qu’a chaque individu d’atteindre certains objectifs : l’éducation, la santé, la mobilité sociale. C’est une nouvelle démocratie « par le bas ».

Ce qui définit un mouvement démocratique, c’est sa capacité à « fabriquer de l’acteur », à faire que les gens soient actifs, à fabriquer de la citoyenneté. Des militants exemplaires, grandes personnalités engagées au service de tous seront aptes, sans structure sociale, à créer un mouvement collectif  (Popolo Viola y est parvenu, en Italie). Ils diront : nous parlons au nom de la survie de la terre et au nom de la défense des droits universels.

La persistance d’une apathie citoyenne conduirait à la violence parce que les dirigeants politiques d’aujourd’hui restent inconscients des quatre records qui devraient être battus en 2011 :

- les profits des banques,

- les montants des bonus distribués dans la finance mondiale,

- les taux de chômage et l’exclusion des jeunes,

- Les écarts indécents entre les riches et les pauvres.

Publié dans Ecologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monde, écologie, économie, touraine, sorman | | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.