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18 février 2011

Une laïque ignorance

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Comme en 1900, la laïcité française est à une croisée des chemins. Des manifestations et révolutions d’actualité interpellent légitimement l’avenir.

La nouvelle menace serait la norme salafiste publique, vision étroite et rigoriste de l’Islam, religion hégémonique de l’identité arabe. Des collectifs prétendent défendre la laïcité mais occultent un siècle d’évolutions souples, pluralistes, pour la cohésion sociale et proposent un modèle laïque rétrograde, figé et répressif. Leur démarche, conflictuelle, est une agitation médiatique, dangereusement provocatrice.

Or, il faut progresser, avec sang-froid, et puiser dans une tradition arabe et musulmane qui, pendant des siècles, a multiplié les espaces d’autonomie culturelle.

L’Education Nationale n’a pas développé  dans ses programmes scolaires  la notion politique, essentielle, des LAICITES : l’ignorance assez répandue de l’histoire, de la géographie, de la sociologie, du droit, constructeurs de cette notion fine, complexe et évolutive, dessert la paix sociale.

Jean Baubérot, universitaire, professeur émérite de la chaire histoire et sociologie de la laïcité à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et Micheline Milot, universitaire du Québec, dans « LAICITES SANS FRONTIERES » aux éditions du Seuil, nous invitent à revenir aux fondamentaux. http://jeanbauberotlaicite.blogspirit.com

La LAICITE ne se limite pas au cas français  et se distingue de la sécularisation et du sécularisme. La laïcisation anglaise a commencé dans le domaine juridique en 1215, 1679, 1689… La loi française de séparation des églises et de l’Etat en 1905, s’est inspirée de l’Ecosse et de plusieurs états américains, réalisant un équilibre de frustration,  elle avait de quoi déplaire à tout le monde. Si le contexte idéologique de la séparation a été conflictuel, les lois de 1905 à 1908 ont su prendre, avec sang-froid, une distance structurelle avec ce contexte.

Depuis le 17ème siècle, l’idée laïque a pris corps progressivement dans le principe de tolérance à l’égard des cultes, dans le déliement de l’appartenance citoyenne et de l’appartenance religieuse et dans le déplacement de la légitimité de l’Etat, des religions dominantes à la souveraineté du peuple.


Les finalités de la laïcité 

Les finalités visées par la laïcité sont la liberté de conscience et l’égalité des citoyens .Il s’agissait d’identifier la cause principale des persécutions et des affrontements sociaux continus où les religions étaient impliquées et d’imaginer une solution pour mettre fin aux effets délétères sur le vivre-ensemble que ces tourments occasionnent, qui vont de l’assimilation à l’élimination de ceux qui ne croient pas comme l’impose la religion dominante . John Locke (Anglais né en 1632) souhaite retirer à l’Etat tout pouvoir coercitif sur les convictions : « En servant dieu chacun à leur manière, les citoyens ne nuisent en rien aux intérêts temporels de leur voisins ».Pour Locke et Thomas Jefferson, il s’agit du fondement même de la tolérance. Afin que tous puissent jouir sans discrimination de la liberté de conscience, le pouvoir politique ne doit plus imposer une conception totalisante de la vérité ni favoriser certains individus optant pour certaines convictions plutôt que d’autres. Le principe d’égalité a constitué le socle le plus déterminant dans la recherche d’un mode d’organisation politique qui puisse favoriser la tolérance entre les différents groupes sociaux et entre l’Etat et chacun d’eux.

 Les moyens de la laïcité 

 Au fil des siècles, la séparation du politique et du religieux et la neutralité de l’Etat c’est-à-dire l’impartialité de la gouvernance à l’égard des groupes aux convictions diverses de la société civile, ont graduellement été conçues comme les moyens nécessaires à l’établissement du régime de liberté. 

 Une définition 

 La laïcité est un aménagement du politique où la liberté de conscience se trouve, conformément à une volonté d’égale justice pour tous, garantie par un état neutre à l’égard des différentes conceptions de la vie bonne qui coexistent dans la société. Elle concerne  donc l’aménagement politique, puis la traduction juridique, de la place de la religion dans la société civile et dans les institutions publiques. 

 Six idéaltypes de laïcité 

 Les quatre principes fondamentaux de la laïcité (liberté, égalité, séparation et neutralité) s’articulent différemment dans le temps,  selon les pays et les enjeux sociaux .Il n’existe pas de réalité absolue ni essentialiste de la laïcité, ses combinatoires sont multiples. 

La laïcité séparatiste fait de la séparation une norme surdéterminante qui limite la liberté de conscience, l’égalité et la neutralité. 

La laïcité autoritaire, celle de la France de Napoléon, de la Turquie d’Atatürk, de la Tunisie d’hier, correspond toujours à une demande de limitation de la liberté d’expression, au nom du conformisme et de l’homogénéité. Là réside le germe de l’autoritarisme. 

La laïcité anticléricale, celle de la France au moment de l’Affaire Dreyfus qui devient antireligieuse. Emile Combes Président du conseil de 19O2 à 1905, évitera soigneusement que l’Etat soit subverti par l’aile antireligieuse de la libre-pensée. 

La laïcité de foi civique inhibe la liberté d’expression, appelle une logique d’allégeance et repose sur une conception faible de la neutralité. Elle exige l’effacement du religieux  « autre » devant une norme majoritaire, tout particulièrement quand elle se fait visible et reste soupçonnée d’affaiblir l’adhésion à la société politique. 

La laïcité de reconnaissance privilégie l’autonomie morale de la personne, sa liberté de conscience : elle est ainsi suspectée de favoriser le communautarisme puisqu’on craint que la loyauté première de l’individu soit celle qui l’attache à une communauté de croyants. Cette laïcité est propice à faire surgir des conflits de valeurs et même des conflits de droit (entre la liberté de religion et l’égalité des sexes par exemple), elle accentue la valeur du pluralisme. 

La laïcité de collaboration se fonde sur la liberté religieuse des groupes et leur expression dans la sphère publique : Nicolas Sarkozy et le pape Benoit XVI l’appellent laïcité positive. La neutralité est mise à mal car elle doit s’exercer dans un équilibre  délicat entre des forces sociales dont le poids peut s’avérer très inégal (l’ancienneté, par exemple).

Ces laïcités sont IMPARFAITES. La laïcité doit rassembler tous ces éléments, en équilibre. 

L’enjeu social de la laïcité 

 Dans la défense de la laïcité, les acteurs défendent leurs intérêts et souvent deux groupes se sont affrontés et s’affrontent toujours :

● Ceux qui tentent de réduire la laïcité à la seule finalité de la liberté de conscience et qui minorent les moyens qui permettent d’assurer cette liberté pour tous

● Ceux qui hypertrophient les moyens, la séparation et la neutralité, au risque de transformer subrepticement la finalité de la liberté de conscience pour tous en une émancipation à l’égard de la religion, confondant ainsi laïcité et sécularisation. 

Aucun de ces groupes ne respecte les principes d’égalité et de non-discrimination.

Les accommodements raisonnables

Les lois et décrets appuyant l’évolution d’une laïcité équilibrée, le plus souvent sous la pression des groupes minoritaires, ont inclus des accommodements nombreux, compatibles avec le modèle français, afin de maintenir la cohésion sociale.

L’Etat entretient des édifices cultuels et les met gratuitement à la disposition de religieux, il verse un salaire aux dirigeants de cultes (en Alsace-Moselle), le calendrier civil est calqué sur la division temporelle des fêtes de la religion majoritaire, des écoles privées sont subventionnées. La télévision diffuse des messes et les femmes ne peuvent être prêtres dans la religion majoritaire. Les catholiques influencent fortement encore l’établissement de la loi : IVG, euthanasie…Il existe un syndicat chrétien des employés du commerce… Le Président de la République française est Chanoine d’honneur de la Basilique Saint Jean de Latran !...Les débats sur la burqa rappellent les débats de 1905 sur la proposition, non retenue, d’interdire les soutanes dans les lieux publics pour LIBERER les prêtres. L’abbé Pierre était appelé « abbé » et portait « l’habit » à l’Assemblée Nationale … 

Certains mouvements et associations français d’aujourd’hui, défenseurs bruyants de la LAICITE,  faute d’avoir travaillé leur sujet, se trompent d’époque et de notion et renouvellent, dans une totale confusion doctrinaire, des prophéties à haut risque d’autoréalisation. Leurs discours rigides et leurs comportements intolérants contre un Islam  fantasmé pourraient produire ce dont ils veulent se prémunir, au moins en partie, par leurs actions plus idéologiques que stratégiquement efficaces.

Un nécessaire accès à la pensée complexe

 

Musulmans dans l’espace public

 

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Catholiques dans l’espace public, à Fatima

 

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Cathédrale catholique, avec clocher, en Algérie

 

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Gavage des oies

 

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égorgement d’un mouton

 

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torture ludique d’un taureau

 

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La bibliothèque ancienne et nouvelle d’Alexandrie

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Une politique protectrice de la laïcité républicaine favoriserait la suppression des ghettos d’immigrés, la lutte contre le chômage des jeunes et contre  la pauvreté, le soutien d’une école publique « chaleureusement neutre », le renforcement de  la Justice et des structures de santé, la réprobation des dictatures, le soutien aux nouvelles démocraties et l’exemplarité des élites.

Annie Keszey

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