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10 février 2012

UNE PENSEE BARBARE DU MINISTRE DE L'INTERIEUR.

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Pour Montaigne « appeler barbares les peuples d’autres civilisations » c’est la barbarie d’une pensée.

 

 

 

 

Claude Guéant, particulièrement inspiré, estime que « toutes les civilisations, toutes les pratiques, toutes les cultures, au regard de nos principes républicains, ne se valent pas ».

Serge Letchimy, ému, député de la Martinique (colonisée et frappée par l’esclavage pendant plusieurs siècles) a affirmé que les propos du ministre étaient « une injure faite à l’homme…Aucun peuple n’a le monopole du progrès, de la science, de l’intelligence…Le régime nazi, était-ce une civilisation ? » Puis il a lancé à Claude Guéant : « Vous privilégiez l’ombre. Vous nous ramenez jour après jour à ces  idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration ».

Le gouvernement a quitté l’hémicycle en signe de protestation, contre Serge Letchimy.

Aucune analyse historique équilibrée de ces propos, ne proviendra de l’UMP.

 

Edgar Morin, directeur de recherche émérite au CNRS, reprend ce débat, au-dessus de l’arène et de l’immédiateté.

«  La France doit être considérée dans son histoire non seulement selon les idéaux de liberté-égalité-fraternité promulgués par sa révolution , mais aussi selon le comportement d’une puissance, qui, comme ses voisins européens, a pratiqué pendant des siècles, l’esclavage de masse, a dans sa colonisation opprimé des peuples et dénié leurs aspirations à l’émancipation. Il y a une barbarie européenne dont la culture a produit le colonialisme et les totalitarismes fascistes, nazis, communistes. On doit considérer une culture non seulement selon ses nobles idéaux, mais aussi selon sa façon de camoufler sa barbarie sous ses idéaux…De même, le christianisme ne peut être considéré seulement selon les préceptes d’amour évangélique mais aussi selon une intolérance historique envers les autres religions, son millénaire d’antijudaïsme, son éradication des musulmans des territoires chrétiens… La civilisation moderne née de l’occident européen a répandu sur le monde d’innombrables progrès matériels mais d’innombrables carences morales à commencer par l’arrogance et le complexe de supériorité…

Il s’agit de dépasser un occidentalocentrisme et de reconnaître la richesse de la variété des cultures humaines…Nous devons reconnaître les vices autoritaires des cultures traditionnelles, mais aussi l’existence de solidarités que notre modernité a fait disparaître, une relation meilleure à la nature et, dans les petites cultures indigènes des sagesses et des arts de vivre…  

Le faux universalisme consiste à nous croire propriétaires de l’universel- ce qui a permis de camoufler notre absence de respect des humains d’autres cultures et les vices de notre domination.

Le vrai universalisme essaie de nous situer en un méta-point de vue humain qui nous englobe et nous dépasse, pour qui le trésor de l’unité humaine est dans la diversité des cultures. Et le trésor de la diversité culturelle dans l’unité humaine.

Extraits de « Débats- Le Monde du 8/02/2012. Image: nightwish57.skyrock.com

www.atelier-idees.org

Annie Keszey.

 

 

 

 

 

 

 

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