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10 mars 2012

L'ODIEUSE DETTE GRECQUE, ILLEGITIME.

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La notion de « dette odieuse » remonte à l’entre-deux-guerres. Alexander Sack, juriste russe, en a formulé la théorie en 1927. Elle désigne une dette contractée par un régime despotique, (nous dirions aujourd’hui- dictature- ou –régime autoritaire), pour des objectifs étrangers aux intérêts de la Nation, aux intérêts des citoyens. L’Université McGill de Montréal, plus récemment, en donne une définition assez semblable : les dettes odieuses sont celles qui ont été contractées contre les intérêts des populations d’un Etat, sans leur consentement et en toute connaissance de cause du côté des créanciers.

Les banques se sont détournées de leur fonction indispensable de crédit aux particuliers et aux entreprises pour s’engager dans des activités de spéculation financière nocives et dépourvues d’utilité sociale.

Le nouveau « Pacte européen de compétitivité par la convergence », malgré sa désignation, est destiné à pérenniser la tutelle des intérêts financiers sur les politiques économiques des Etats européens. Il accentuera les traits fortement antidémocratiques de l’Europe et créera dans la zone euro une espèce de directoire des dirigeants des pays les plus puissants, s’il n’est pas corrigé.

 

La dette grecque a d’abord été contractée par la dictature militaire dite « des colonels », quadruplant entre 1967 et 1974. Elle a continué à augmenter sous les gouvernements civils qui lui ont succédé, les sommes empruntées aidant à organiser la corruption à très grande échelle. On sait, depuis l’automne 2009, que le gouvernement du parti Nouvelle Démocratie et l’ancien ministre Caramanlis, avec l’aide de Goldman Sachs,  ont truqué les chiffres tant pour cacher l’ampleur de la corruption que pour sauvegarder l’image de la Grèce auprès de l’Union Européenne,de la Banque Centrale Européenne et des investisseurs.

Aucune poursuite n’a été engagée à l’encontre de Caramanlis par le gouvernement Papandréou.

Les dépenses les plus importantes qui sont venues grever les finances publiques grecques, sans qu’on connaisse le montant des commissions occultes qui les ont accompagnées,  sont celles entraînées par les jeux olympiques en 2004 et surtout par les achats d’armes.

La Grèce a été un des 5 plus gros importateurs d’armes, en Europe, entre 2005 et 2009. L’achat d’avions de combat représente à lui seul 38% du volume de ses importations, avec notamment l’achat de 26-F16 aux Etats-Unis et de 25 « Mirage 2000 » à la France, ce dernier contrat portant sur une valeur de 1.6 milliard d’euros. Mais la liste des équipements français vendus à la Grèce ne s’arrête pas là : on compte également des véhicules blindés (70 VBL), des hélicoptères NH90, des missiles MICA, Exocet, Scalp et des drones Sperwer. La Grèce est le 3ème client de l’industrie de défense française : les livraisons ont atteint 261 millions d’euros en 2009. La Grèce était en discussion avancée avec la France et Dassault pour acheter des Rafales à 50 Millions d’Euros pièce… Les Etats-Unis, la Russie, la Grande Bretagne et l’Allemagne vendent aussi des armes à la Grèce. L’Allemagne a vendu, entre 2005 et 2009, pour plusieurs milliards d’euros d’équipement (chars Léopard, sous-marin type 214, munitions). Ces achats relèvent de la problématique de la dette odieuse. La combinaison entre l’endettement externe contracté à l’égard des banques et des fonds de placement originaires des mêmes pays qui vendent des armes relève d’une forme de subordination économique et politique caractéristique de l’impérialisme.

Des Etats européens, dont la France et l’Allemagne, par leurs ventes à un état insolvable, ont-ils pu accroître la  dette de la Grèce, à leur profit, et s’en émouvoir ensuite? La Grèce, en 2011, avait 10 787 690 habitants! Quelle guerre picrocholine préparait-elle?

L’église grecque, non séparée de l’Etat, second propriétaire foncier du pays, a été imposée pour la première fois en 2010, à hauteur de 20% de ses revenus bruts. Elle a été dispensée de la taxe immobilière instaurée en 2011 et garde encore de nombreux privilèges fiscaux. Les prêtres orthodoxes, malgré l’énorme fortune de l’église, sont payés par l’Education Nationale publique. Des milliards d’euros seraient investis par l’église sur les marchés boursiers. http://archives-lepost.huffingtonpost.fr

Les armateurs puissants, descendants d’Aristote Onassis, la famille Niarchos, les Livaros ont placé leurs fortunes en Suisse et les banques suisses disposeraient de 280 Milliards d’euros de fonds helléniques selon le gouvernement grec. La Suisse dément.

La nature économique des sommes prêtées interroge la légitimité de la dette publique. C’est donc l’une des questions qui motive la demande d’audit de la dette grecque défendue par un front d’associations et d’organisations politiques, dans une perspective de restructuration vaste ou d’annulation complète. Les couches populaires et les jeunes sont les victimes immédiates des intérêts croissants imposés à la dette par l’Oligarchie financière mondiale et  répercutés sur le peuple en mesures d’austérité excessives, sans fin, injustes.

La dette publique française est un autre exemple de dette illégitime.

Extrait de : Les dettes illégitimes. Quand les banques font main basse sur les politiques publiques. François Chesnais. Raisons d’agir. 156 pages. 8 €.

Image: la.colonnedefer.files.wordpress.com/2012/

http://atelier-idees.org

Annie Keszey. 

 

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