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08 mai 2012

6 mai 2012, au soir.

Bain de foule jusqu’à minuit.

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Une vraie foule: épaisse, compacte, mouvante, immobile, écrasante, pressurisant les milliers de personnes venues fêter la victoire de François Hollande.
Elle bouscule, propulse, entraîne dans un courant implacable. Que faire quand le nez à hauteur d’épaules, les côtes corsetées par des bras, des coudes, des manteaux, le souffle circule moins librement ? Quand le cerveau suggère qu’un peu d’espace vital est nécessaire ? Que la toux décide de se manifester ? Crier, pardi. Crier ! Au nord, au sud, vers l’est et vers l’ouest. Crier fort. Suffisamment fort en se mettant sur la pointe des pieds toujours portés par le flot continu et hurler : « Arrêtez de pousser ! Tout est bloqué. J’étouffe. » Alors, tout de suite, les habitués écartent les coudes, les relient et vous ménagent un sas de respiration. Bonheur inexprimable. Seul, un sourire large, rayonnant de la bouche aux yeux, exprime la reconnaissance et dit merci. Le cerveau pense : « Ils sont sympa. » Ensuite, c’est à nouveau la cohue organisée. Ceux qui poussent derrière, ceux qui se fixent au sol, ceux qui pressent en sens inverse, on ne sait pourquoi.
Main accrochée à la parka juste devant, suivez le flot, laissez-vos porter. Il n’y a rien d’autre à faire. Suivre jusqu’à la prochaine ouverture à gauche. A droite, les cabines Hommes/Femmes hermétiquement closes, n’offrent aucune échappatoire. Suivez donc. Avancez. Sentez les ondes. Mobilisez énergie, respiration, sensations tactiles. Les trottoirs sont parfois assez hauts et ils sont invisibles. Evidemment, si vous baissez la tête, vous apercevrez bien une déclivité. Trop tard peut-être. Alors, écoutez votre pointe de pied. Elle vous dira soudain : « Attention ! C’est le rebord. Incline ton articulation et prépare ta cheville au contact du bitume. Voilà; c’est fait».
Et, là, le fleuve trouve un nouveau lit pour charrier les corps agglutinés. La parka, à laquelle votre main est toujours agrippée, s’oriente vers la gauche où apparaissent d’abord une lueur puis une vraie éclaircie. Vous jouez du coude droit, prenez appui sur le talon gauche et modifiez ainsi votre trajectoire. Hourrah ! La mer est à l’étale. Malgré les barrières pour travaux, le véhicule de la Sécurité Civile stationné à droite et les clients de la brasserie d’en face qui squattent le trottoir, il y a de la place. Votre rythme respiratoire s’amplifie, plus besoin de flotter, vos pieds touchent terre. Vous pouvez même vous arrêter. Vite, le portable pour tenter de rallier les trois autres aventuriers de ce dimanche 6 mai au soir.
« Ah ! Ca ira, ça ira, ça ira ! » Mais ça ne va pas du tout! Seul le répondeur à peine audible se fait entendre. Un message et silence radio. La parka, qui se révèle être un ami de longue date, et vous-même reprenez le chemin de l’Hôtel de Ville, bouteille d’eau à la main. Un couple, la quarantaine, croisé au hasard, jette d’une voix ironiquement souriante : « C’est déjà fini La Bastille ? »

Claude Klein
7 mai 2012
Image Public Sénat.

Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la bastille, françois hollande, 6 mai 201, bain de foule | | |  Facebook

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