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23 octobre 2012

LE MONSTRE DOUX

L’OCCIDENT VIRE-T-IL A DROITE ? Raffaele Simone.
Le « monstre doux », c’est la droite nouvelle décrite  par Raffaele Simone, linguiste et pamphlétaire. Ce monstre doux est le modèle tentaculaire et diffus d’une culture puissamment attirante, au visage à la fois souriant et sinistre, qui promet satisfaction et bien-être à tous en s’assurant de l’endormissement des consciences par la possession et la consommation, tout en entretenant la confusion entre fiction et réalité.
Une tâche terrible revient désormais aux forces de la gauche, en ce début du XXIème siècle : conscientes de cet horizon de la mondialisation, il leur faut s’engager à chercher sans relâche de nouveaux contenus qui soient à la hauteur des temps, capables de remplir de formes modernes l’emballage presque vide sur lequel il est encore écrit « gauche ». Finalement, elles devraient constamment  inventer de nouvelles  bonnes raisons, pour être  ( ou rester), à gauche.
Les positions de gauche sont abstraites, laborieuses et labiles. Dans cette optique, pour rester de gauche, il faut avoir réprimé des impulsions, décrites par les postulats de la droite, avec un degré variable d’effort sur soi-même, c’est-à-dire de renoncement, y compris au risque de nier ou de limiter ses propres intérêts. Il s’agit de l’aspect à la fois admirable et fou de la gauche ; renoncer quand on peut posséder ? Se priver quand on peut accumuler ? Se limiter quand on peut profiter?
Pour nier les postulats de la droite, la gauche apporte une série de corrections :
-    Au postulat de supériorité (moi, je suis le premier, toi, tu n’es personne), la gauche oppose celui de l’égalité.
-    Le postulat de propriété (ça, c’est à moi et personne n’y touche) est corrigé par la redistribution.
-    Le postulat de liberté ( je fais ce que je veux et comme je veux) est limité par celui de l’intérêt public (les droits individuels ne peuvent amoindrir le bien public).
-    Le postulat de non-intrusion dans la vie de l’autre (ne te mêle  pas de mes affaires) rencontre le droit d’ingérence au nom de l’intérêt général.
-    Le postulat de supériorité du privé sur le public (je fais ce que je veux avec les affaires des autres) est complètement nié par la gauche : bien que le privé ait des  prérogatives et des droits définis, le public est prééminent…

Etant intrinsèquement  « antinaturelle », une position de gauche est aussi fragile et oscillante ; y adhérer est coûteux (requérant des efforts et la capacité de renoncer), y demeurer est ardu (demandant parfois de  remodeler sa propre vie), en sortir peut-être une tentation…

Avec l’avènement de la modernité mondialisée et consumériste, « les idéaux de gauche »-ceux qui  la distinguent vraiment de la droite- ne paraissent plus être à la hauteur du temps. A une époque de gaspillage, consumériste et libérale à l’extrême comme la nôtre, ils prennent un aspect intrinsèquement réducteur, morne et déprimant…

La véritable surprise du paysage politique et culturel du XXIème siècle réside  dans le fait que l’on a vu apparaître sur la crête des eaux le masque souriant de la droite nouvelle qui promet bonheur et bien être à tous, même si elle a, en réalité, bien d’autres intérêts et objectifs…
La droite nouvelle n’est pas une évolution des droites conventionnelles: elle n’est ni le fascisme, ni le salazisme,  elle n’a rien à voir avec le franquisme ou la droite des colonels. Encore moins avec le nazisme même si, pour des raisons exclusivement électorales, elle n’hésita pas à faire alliance avec des groupes de cette obédience…Elle ne pratique ni ne prêche aucun des comportements des droites dures du XX ème siècle…Ses techniques pour affronter l’adversaire sont en accord avec l’époque, elles se font sans effusion de sang, même si elles peuvent être dévastatrices : isolement professionnel, dénigrement et raillerie (via les medias aussi), dommages économiques, persécution judiciaire, marginalisation politique. La droite nouvelle « ne détruit pas, elle empêche de naître »…Certes, de véritables mesures de droites sont prise parfois, d’une main ferme, mais cela ne se produit que dans certains lieux : de telles mesures sont en réalité réservées aux pays-autres- et reculés (Amérique latine, Asie méridionale et centrale) ou à des groupes particuliers  de personnes considérées comme «  dangereuses » ou «  indésirables » . Les Etats-Unis illustrent avec une clarté de manuel cette double ligne perverse et cruelle : ils sont libéraux chez eux de façon ostentatoire (mais non sincère), répressifs et vraiment « fascistes » hors les murs.  Il suffit de penser aux prisonniers islamiques maintenus isolés et au secret à Guantanamo, depuis 2002, sans accusation,  sans procès, ni respect pour aucune règle…La droite nouvelle n’est pas laïque car elle a bien compris que le mobile religieux peut fonctionner avec succès lorsqu’on s’adresse au peuple et n’a que faire de la richesse générale parce qu’elle préfère réserver la plus grande attention à celle de certains groupes (qui peuvent même être considérables) d’individus…Il s’agit bien plus d’une culture que d’une force politique concrète : elle se polarise certes sur certains partis plus que d’autres mais, étant imprégnée, elle influence toutes les strates sociales, y compris celles qui devraient se charger de s’opposer à elle, comme celles de la gauche électorale…
Puisqu’elle exprime de façon directe le grand capital national  et multinational, la droite nouvelle est technologique et capitaliste mais d’un capitalisme plus financier qu’industriel. En économie, elle est l’ennemie de l’intervention publique surtout dans la gestion des grands systèmes de services…En politique elle est totalitaire et radicale : par exemple, on ne négocie pas avec l’adversaire, on le désapprouve jusqu’à le ridiculiser…Elle est ultraconservatrice, sauf en ce qui concerne l’innovation des produits et l’extension des biens de consommation qui doivent, au contraire, se développer sans fin…
La nouvelle droite ne reconnaît pas de Classe Universelle en dehors de la bourgeoisie (petite et moyenne) qu’elle cherche à mener à des niveaux toujours plus élevés de consommation, de bien- être et d’amusement, ignorant le reste de la population (pauvres, presque pauvres, personnes menacées par la pauvreté, minorités et immigrés)…La droite nouvelle est en fait drastique, d’un côté, dans sa façon de contester les critères idéologiques et, de l’autre, elle est généreuse dans l’exaltation d’un parti pris global d’amour, de joie, de divertissement, diffusé avec l’aide des medias, de l’usage envahissant de la communication et de l’amusement…Avant tout, la droite nouvelle, globale et planétaire, ne limite pas ses affaires à quelques pays, mais les étend sans cesse à l’ensemble du globe
L’ultracapitalisme  est la manifestation politique et économique de la droite nouvelle. L’ultracapitalisme est doté d’une spécificité historiquement nouvelle : il accumule les profits plus seulement (comme dans la tradition) en exploitant ses propres travailleurs, mais plutôt en capturant et en opprimant sa propre clientèle mondiale…
Trois premiers niveaux de changements font comprendre que l’adversaire de la gauche a devant elle est constitué de facteurs planétaires puissants et ramifiés dont les racines sont souvent invisibles et qu’il est immensément plus difficile d’affronter. A ces trois niveaux, la dissolution de la classe ouvrière en tant que classe universelle, la métamorphose anthropologique et économique du peuple de gauche, la disparition des jeunes de la classe politique s’ajoute un quatrième niveau : la naissance d’un paradigme de culture globale de nature despotique…Nulle part, la gauche n’a su prévoir et encore moins contrôler, la naissance de cette sorte de « despotisme culturel » moderne dans lequel nous vivons depuis plus de vingt ans et qui nous enveloppe désormais dans ses mailles…Dans un renversement d’une énergie extraordinaire les faits ont montré que non seulement la culture de masse n’est absolument pas marginale, mais que la politique, l’économie et même la guerre se font précisément à travers la culture de masse, gouvernant les goûts, les consommations, les plaisirs, les désirs et les passe-temps, les concepts et les représentations, les passions et le mode d’imagination des gens, bien avant leurs idées politiques…Le vote suivra…
Raffaele Simone rappelle un régime imaginé par Tocqueville à une différence près : le souverain absolu n’est pas le roi mais une entité immatérielle et invisible, une entité sans corps ni adresse postale, qui ne réside nulle part mais à une place diffuse parce qu’elle est constituée par tout ce qui gouverne la culture de masse de la planète : par ce que j’appellerais en définitive « le monstre doux » c’est-à-dire le paradigme de masse de la droite nouvelle…
Pouvoir approfondir la perfidie du « Monstre doux » est un cadeau inestimable fait aux citoyens par Raffaele Simone. Son livre est publié chez Gallimard, édition : le débat.
www.atelier-idees.org                                Annie Keszey

08 octobre 2012

PUTEAUX: LA VILLE DE TOUS LES DANGERS.

Dans une presse, certes mesurée, Puteaux fut autrefois « Chicago-sur-Seine » et, récemment, « Dallas, ton univers impitoyable », puis « Pyongyang ». Aujourd’hui, le Maire, Madame Ceccaldi-Raynaud, reçoit, de Gérard Brazon [Riposte- Laïque], une alerte épistolaire sur l’islamisation de la ville. Le Maire serait dans le collimateur des islamistes et les rues de  Puteaux ont déjà les stigmates de cette islamisation rampante
Dans le Monde du 2/10/2012, Plantu, caricaturiste talentueux, donne son point de vue sur les caricatures de Mahomet publiées par Charlie -Hebdo : « Un artiste est libre comme l’air et il a tous les droits. Cela dit, on est aussi citoyens du monde, et on peut se lever le matin sans avoir envie d’humilier une religion ou de « se faire » Mahomet. Il n’y a pas d’urgence à creuser la fracture qui existe entre des laïcards forcenés et des intégristes forcenés. L’écrivain Salman Rushdie, frappé par une fatwa qui l’oblige à vivre caché depuis une décennie, pense que demander à vivre dans un monde où rien ne nous offense est une absurdité. Victime d’une « culture de l’offensé », il s’est dit, en conscience : ne tombe pas dans le piège de la peur, ne tombe pas dans celui de la vengeance !
Latifa Ibn Ziaten, maman d’Imad, le soldat de l’armée française, tué par Mohamed Merrah et Aurélie Noubissi, mère de Kivin, étudiant, tué par les barbares d’Echirolles, prouvent, dans la douleur, la force digne de l’intégration. (Dignité et indignité, texte de Maurice Szafran, n° 807 de Marianne).
Riposte- Laïque défend la laïcité, c’est une cause juste et nécessaire, mais ses méthodes embrouillées et furieuses sont inadaptées au maintien résolu, mais profondément réfléchi, de l’unité républicaine, de la paix civile et de la liberté de conscience incluant la liberté religieuse. Sur le blog s’étale  un flux de mots agressifs, angoissants qui ne distingue pas des appellations diverses: les dangereux islamistes, les citoyens de confession  islamique, les Arabes, les musulmans, la communauté musulmane…L’instabilité lexicale de Riposte-Laïque participe à  des amalgames et à une dramatisation contraire à la clairvoyance.
Riposte-Laïque a pour premier devoir d’effacer  les stigmates de sa «  laïcardisation » forcenée rampante. La laïcité n’est pas un athéisme militant rudimentaire, mais une SYNTHESE SOCIETALE COMPLEXE.
Un mot de Marine Le Pen, symbolique parce qu’il renvoie automatiquement à l’époque nazie, est repris : Les musulmans, (sous le mandat de l’ancien maire) venaient de partout, des villes voisines mais aussi d’ailleurs ! Ils obéissaient à cette technique doccupation du terrain que nous connaissons bien à Riposte-Laïque pour obliger les maires à bouger et aller dans le sens de l’islamisation progressive… d’une ville, d’un département, d’une région et ainsi de suite…
Gérard Brazon réprouve le laxisme, envers la communauté musulmane, de l’ancien maire et s’interroge sur les intentions du maire actuel, fille du précédent maire : va-t-elle se coucher devant le diktat religieux ? Les conseillers municipaux sont des pions, grapillant  quelques miettes que le Roi ou la Reine du moment laissent tomber volontairement à leurs pieds…
Gérard Brazon est auto-convaincu de détenir LA vérité et le savait depuis longtemps. Si vous n’adhérez pas aux thèses affolées de Riposte-Laïque, vous êtes passéiste, ignorant ou inconscient. Son combat évacue le débat! Or, l’histoire de la construction de la valeur fondamentale « laïcité » se fonde sur une démarche d’égards mutuels.
Trois faits, imprécis pour les habitants de Puteaux qui n’ont malheureusement pas accès à une information officielle de première source, semblent à l’origine de cette  panique et de ces sombres présages (péril non confirmé, par exemple,  lors de la grande braderie populaire, vivante et colorée, du dimanche 30/09/2012, dans la ville basse, ou la frayeur ne semblait pas dominer).
Avec des fonds publics, le Maire participerait aux frais de la mosquée provisoire de la Défense, frais de chauffage en hiver, par exemple, en attendant la fin des travaux de la mosquée rue Saulnier.
Une manifestation de parents d’élèves s’est tenue devant la mairie de Puteaux le 29/09/2012.  Ils venaient demander à la municipalité de prêter une salle à l’association Solidarité Islamique pour les 200 enfants ( de Puteaux ou de villes voisines) qui suivaient des cours et qui n’avaient plus de salle depuis la rentrée. La mairie avait préempté en mai le local privé utilisé.  Ces cours, selon les diverses sources (certes objectives !) étaient des soutiens, des cours de langue arabe, une initiation à la culture arabo-islamique  ou  des cours de langue arabe à partir du Coran et de la vie du prophète…Le maire a proposé d’autres locaux.
Les mairies n’ont pas le droit de  participer financièrement aux cultes religieux mais  peuvent aider des associations culturelles et ont l’obligation de veiller à l’égalité entre toutes les religions et les non-religieux. La difficulté est qu’en 1905, l’islam n’existait pas en France et la loi ne cite pas cette religion restée sans statut, et donc avec un risque permanent d’être traitée à inégalité. Il en est de même pour l’orthodoxie et le bouddhisme. [La Grande mosquée de Paris, inaugurée plus tard, en 1926, commémore l’héroïsme et les sacrifices des 70 000 morts au champ d’honneur, de confession musulmane !] Les difficultés nationales rencontrées depuis un siècle viennent de cette origine et s’amplifient avec l’accroissement du nombre de concernés. De très nombreux rapports sur la question, dont celui de la commission Stasi, de 2003, n’ont été que peu appliqués : pourtant, ce rapport reste un exemple de travail  historique, social et politique équilibré.
Les relations actuelles entre l’Occident et la société islamique sont complexes à partir d’une première et profonde divergence culturelle : l’Occident est un monde dans lequel les faits de voir, d’être vu, de faire-voir et de se faire-voir sont centraux alors que dans les sociétés traditionalistes religieuses, les choses que l’on ne peut faire voir ni voir sont nombreuses. Violer la restriction, dans certains pays, peut entraîner la mort. (Thèse de Raffaele Simone).
La cathédrale… d’Alger !

cathédrale d'Alger.jpgPuteaux a quelques spécificités. Monsieur Ceccaldi-Raynaud a vécu sa jeunesse au Maroc et en Algérie française : il y a étudié, travaillé, milité pendant 25 ans, séjour qui n’a pas été préjudiciable à sa réussite. La loi de 1905, à partir d’un régime dérogatoire de l’Etat colonial français  ne s’est pas appliquée en Algérie où il n’y a pas eu séparation entre l’islam et l’Etat. Revenu en France, à Puteaux, Monsieur Ceccaldi-Raynaud semble avoir accueilli normalement les immigrés du Maghreb, juste « retour d’ascenseur ». Ahmed, se souvient avec émotion de sa rencontre avec ce maire, lors d’une « fête du     mouton », sur l’île.

Une mosquée d'Alger.

mosquée d'Alger.jpgCe maire a fait aussi construire une synagogue, Rue Roque de Fillol, aux frais du contribuable, sur fonds publics. Pour aseptiser sans doute le contournement législatif, la synagogue portait une plaque « Associations », disparue aujourd’hui. Madame Ceccaldi-Raynaud vient d’inaugurer le nouveau campanile,  légal,  près de la vieille église.  Le conseil municipal a donné son accord pour faciliter la construction d’un collège privé dans lequel les filles sont séparées des garçons!  Plus qu’ailleurs, le respect de l’égalité entre cultes est ainsi problématique.
Un temple protestant dans l’Algérois.

temple boufarik.jpgLa résistance aux atteintes à la loi de 1905 est affaire de tous. Puisque cette loi est incomplète du fait des évolutions d’un siècle, ce sont des intelligences consensuelles, de droite et de gauche et non pas des éclats de voix provocateurs qui sauront séparer les faits réversibles  pour les réglementer, des faits irréversibles, qui imposent à l’Etat de légiférer. Les prières de rue, en l’absence de mosquée, sont réversibles, l’excision, la lapidation, par exemple, sont irréversibles.
Une fatwa, le délit de blasphème sont incompatibles avec la liberté de conscience. La laïcité ne saurait admettre toute conception religieuse ou athée qui souhaiterait régenter le système social ou politique français.

Une synagogue d'Alger.

synagogue d'Alger.jpgJean Baubérot, titulaire de la seule chaire d’enseignement de la laïcité, recommande un comportement déterminé, de sang-froid : « La laïcité- roseau est plus solide qu’il n’y paraît, plus apte à affronter les tempêtes qu’une  pseudo laïcité- chêne qui séduira par son aspect massif, alors que cet aspect constitue précisément sa faiblesse ».   
Images :hubertzakine.blogspot.com/algérie.rmc.fr/alger-roi.fr/reforme.net
www.atelier-idees.org/ www.notreputeaux.com/
Annie Keszey