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29 novembre 2013

CELA DEVIENT CHER D'ÊTRE PAUVRE.

Martin HIRSCH- Parti  pris- Stock. 2013. 212 pages.

martin hirsch,riche,pauvreté,rsa,smic« C’est devenu  cher d’être pauvre  et cela coûte cher à la société de mal traiter la pauvreté…Au-delà de la question morale que posent les questions de vie des plus modestes, l’aggravation de la pauvreté est une menace pour la cohésion de la société toute entière et pour ses fondements démocratiques…Explorer de nouvelles voies pour agir sur la pauvreté est donc un impératif qui justifie d’emprunter des chemins escarpés, quitte à s’écarter des balises habituelles… »


Martin Hirsch a été président d’Emmaüs France,  haut- commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté puis président de l’Agence du service civique. Il est actuellement directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris.
Il co-préside l’action tank Entreprise et Pauvreté.
Dans son dernier livre, il analyse les dysfonctionnements coûteux et paradoxaux des prestations sociales et propose des réformes. Les rapports approfondis auxquels il se réfère ne  sont malheureusement pas exposés par les medias. Martin HIRSCH est EN AVANCE sur son temps.

Extraits discontinus.
« En 2012, premier paradoxe, malgré la morosité économique, les salaires ont augmenté de 2.1%, mais, fait rare, le pouvoir d’achat a diminué .Second paradoxe, la magie du SMIC n’opère plus : on peut se battre pour l’augmentation du salaire minimum et maintenir ou augmenter le nombre de travailleurs pauvres. Troisième paradoxe, les dépenses sociales sont particulièrement élevées et ont continué de croître ces dernières années, mais pour autant, la pauvreté est élevée et s’est même mise à remonter depuis 2008.
Ces trois leviers traditionnels n’ont plus d’effets significatifs sur la pauvreté, comme des râteaux sans dents…
Le reste-à-vivre mensuel des pauvres diminue, après le retrait des dépenses pré-engagées qui ont fait un bond : logement, charges, chauffage, téléphone, note de cantine, redevance, assurances, emprunts…
Or, la « double peine », phénomène étrange, renchérit le coût des dépenses des plus pauvres par rapport à ce que paie la majorité de la population.  Elle peut représenter un surcoût de 20% dans les domaines de la santé ou du crédit. Ce phénomène ancien a déjà été expliqué par le chercheur américain Davis Caplovitz dans The poor pay more et par le Washington Post en 2009, en particulier. Les raisons sont nombreuses. Les pauvres n’ont pas de voiture pour se rendre dans les supermarchés qui pratiquent les meilleurs prix…Les frais bancaires pour emprunter des petites sommes correspondent à des pourcentages plus élevés que pour les grosses sommes…Auto Plus  a fait une expérience : un chômeur et un salarié ont sollicité vingt-sept  assureurs pour la même et seule voiture. Dix-sept compagnies ont imposé une assurance plus élevée pour le revenu le plus faible, la différence pouvant atteindre 33% !
Martin HIRSCH et le cabinet professionnel et fiable Boston Consulting ont quantifié la « double peine ». Le résultat est édifiant : si les plus pauvres payaient le même prix pour leurs besoins essentiels que le reste de la population, ils économiseraient 6 à 8% de leurs revenus, sans autres changements.
Si les plus modestes  payaient le même tarif pour leurs besoins essentiels que le reste de la population, ils feraient une économie totale de 2 milliards d’euros, somme à comparer avec le budget de l’aide alimentaire européenne (400 millions d’euros) et les ressources apportées par une taxe au moment de la création du RSA (1.5 milliards d’euros)…
On retrouve ce surcoût (pour les gens modestes) dans tous les secteurs où il y a des frais fixes. Quand le coût de l’abonnement pour l’électricité et le gaz est un prix uniforme, sa répercussion sur chaque kilowatt sera plus élevée pour ceux qui, parce qu’ils ont un appartement plus petit ou moins d’équipement, consomment moins. Au final le coût du kWh consommé est supérieur pour les petits consommateurs. Ce n’est pas le seul exemple…
A cette première cause de surcoût liée aux quantités achetées et à l’existence de coûts fixes, il faut ajouter un deuxième  ensemble de causes à rechercher du côté de la production, la distribution et la tarification, de façon intentionnelle ou non. La troisième cause est liée au produit acheté lui-même. Si l’on ne peut payer des travaux d’étanchéité, la facture d’énergie sera plus lourde…En zone 4, le coût du passe Navigo est de 102 € mensuels alors qu’il est de 65 € quand on habite Paris intra-muros…
Quelles sont les conséquences de ces surcoûts ? Une partie non négligeable des ressources des plus modestes, un tiers, provient des transferts sociaux, c’est-à-dire des caisses publiques…Si ces budgets publics achètent des biens au-dessus du prix normal, ils ne servent pas à soulager les plus modestes, ils ne servent pas à alléger leurs factures, ils ne servent pas à réduire la pauvreté, mais ils servent à compenser un surcoût. Ils subventionnent les biens davantage que les personnes qui en ont besoin…
De ce constat découlent trois limites essentielles aux politiques sociales :
La première est que l’argent ne va pas toujours dans les poches où l’on croit le verser.
Par exemple, l’aide d’état aux locataires pour le paiement des loyers a eu pour conséquence l’augmentation des loyers par les propriétaires…
La deuxième limite est  qu’une action  de lutte contre la pauvreté qui ne traite pas la double peine peut être inefficace, neutralisée…
Une nouvelle injection de crédits provoque une augmentation des prix, qui impose une majoration des allocations qui déclenche une nouvelle augmentation des prix…
La troisième conséquence est que cette course poursuite entre « sur-dépenses » et compensations par des prestations est coûteuse pour les finances publiques. Elle fait supporter par le budget de l’état ou de la sécurité sociale des dépenses qui ne permettent pas d’améliorer la situation des plus faibles, mais de répondre à des distorsions de prix, voire de les encourager.

DES SOLUTIONS.
Résumés discontinus.
Martin Hirsch est un homme expérimenté, créatif et d’une rare solidarité. Avec des partenaires choisis, il tente d’instaurer des correctifs complexes aux dysfonctionnements de la France sociale conservatrice, malgré les résistances politiques, les embûches, les obstacles à surmonter même quand il s’agit d’une idée simple.
Le Programme Malin. Emmanuel Faber, l’un des principaux dirigeants de Danone, multinationale de l’industrie agro-alimentaire, accepte un « social business », comme il l’a fait en Inde, il engage l’entreprise à donner accès au lait infantile (sauf celui du premier âge) à un prix abordable, pour les familles éligibles. Le lait sera le même que pour l’ensemble de la population. L’industriel accepte de renoncer à tout profit sur ses ventes en abandonnant ses marges bénéficiaires. Les actionnaires ne toucheront aucun dividende sur cette part de marché…
Simple …ou paisiblement révolutionnaire ?
Le programme Healthy Start. C’est un programme social anglais de démarrage sain. Il se distingue par la facilité  et le bas coût de son organisation. Les femmes enceintes, les mères de 4 enfants de moins de 4 ans, avec des revenus modestes reçoivent chaque semaine des bons d’achat d’une valeur de 3 livres pour acheter du lait, des fruits et des légumes…5 millions de ménages sont concernés. Deux équipes de 50 personnes en tout gèrent l’ensemble. Cette simplicité interpelle face à la lourde et couteuse machine administrative française chargée des diverses prestations sociales.
La mise à plat du système d’imposition, pour le rendre juste. Thomas Piketty dans son livre « Pour une révolution fiscale » (présenté antérieurement sur ce site) a démontré que la France avait un impôt dégressif, contrairement à la croyance répandue. L’ensemble des ménages subit une taxation de 45% alors que les plus aisés ne sont soumis qu’à un taux moyens de 35%. 10% des plus pauvres paient plus de 40% sur l’ensemble de leurs ressources, soit un taux de prélèvements supérieur au taux des plus riches !
De même, la rumeur déclarant que seule la moitié des ménages paye l’impôt sur le revenu est  économiquement fausse. La démonstration spécialisée se trouve page 165.
Les ménages disposant des revenus les plus élevés sont à l’abri d’un prélèvement confiscatoire contrairement aux plus modestes.
A part Martin Hirsch, qui s’élève contre de telles injustices ?
Le «  bouclier sanitaire. » La couverture maladie universelle ou CMU ne concerne pas toute la population en-dessous du seuil de pauvreté. Elle a été fixée juste sous le minimum -vieillesse. De plus, le reste à charge peut dépasser 1000 € par an. De nombreux citoyens modestes incapables de s’offrir une mutuelle renoncent à divers soins. Dès 2007, Martin Hirsch avait proposé au gouvernement un bouclier sanitaire pour restaurer les principes d’origine de la sécurité sociale, malmenés. Pour 10%  des assurés du premier décile (les plus pauvres), la participation financière annuelle aux frais de santé  dépasse 8.2% du revenu conte 0.66%  pour le dixième décile ! .Un correctif à ces anomalies serait la mise en place d’une franchise proportionnelle aux revenus, c’est-à-dire une somme en-deçà de laquelle le patient n’est pas remboursé, ni par l’assurance maladie, ni même par la mutuelle. Le bouclier sanitaire, techniquement très élaboré et décrit dans le chapitre V  ne pèserait pas sur le budget de la sécurité sociale.
Optique solidaire. La revue Que choisir?, en 2013, rappelait une étude selon laquelle 2.3 millions de personnes renonçaient aux lunettes pour des raisons financières. Créée en 2011, l’association multi-professions Optique solidaire propose des lunettes de qualité, à prix très maîtrisés. C’est le résultat d’une volonté qui consiste à ne pas chercher à maximiser le profit mais à viser une offre sociale avec une coopération entre tous les acteurs de la chaîne. Les coûts sont réduits pour le consommateur, la fabrication française soutient l’emploi.
http;//optiquesolidaire.fr

Mise à plat des prestations sociales pour gommer leurs incohérences...

Le SMIC. Une augmentation annoncée de 1% du salaire minimum, n’est en réalité que de 0.2 à 0.3 % soit 3 € par mois. D’ailleurs, l’augmentation du SMIC au-delà du niveau d’inflation, n’a pas d’impact sur la pauvreté, ne réduit pas le nombre de travailleurs pauvres, coûte à l’Etat et peut accroître le chômage.
Le RSA. Depuis sa création, le RSA-bashing est à la mode. Mal géré, il est impératif cependant de défendre ses principes : Toute heure travaillée doit être rémunérée ; tout travail supplémentaire doit se traduire par un gain de revenu ; les prestations sociales ne doivent jamais diminuer d’un montant supérieur ou égal aux gains tirés d’une rémunération, tout accroissement de la quantité de travail doit se traduire par un gain durable ; à travail et qualification égaux Il faut passer au RSA 2, ce qui implique de grands changements. (Pages 194 à 198.)
Le hold-up de l’Etat. L’Etat avait promis 1.5 milliard d’euros pour le RSA, chaque année, or, la droite puis la gauche en ont soustrait 1milliard. Hold-up dix fois plus élevé que celui du Carlton de Cannes en 2013. La prime pour l’emploi qui redistribuait près de 4.5 milliards d’euros n’en redistribue plus que 2.5 milliards en 2013.
Le non-recours. Par manque d’information, du fait de la complexité du dossier et des horaires d’ouverture inappropriés des CAF, ou par principe, 20 ans après la création du RSA, un tiers de ceux qui pouvaient y prétendre ne le recevaient pas. Seulement 80 000  ménages sur 400 000 éligibles bénéficiaient en 2012 des tarifs sociaux du gaz et de l’électricité.
L’aide au permis de conduire pour aider les jeunes à trouver un emploi. Cette aide, évaluée, n’atteint pas son but. La réforme du permis de conduire et l’assainissement des pratiques pourraient à la fois soulager les finances des jeunes et faciliter leur mobilité.

UNE NOUVELLE STRATEGIE.
Mesurer et observer pour mieux combattre.
Créer l’instrument le « coefficient solidaire ».  Pour progresser vers une tarification en fonction des revenus, il serait créé un « coefficient solidaire «  valable pour l’ensemble des postes de dépenses susceptibles d’être concernés par des tarifs sociaux. Calculé en fonction du revenu, pondéré par les charges de famille, comme l’est le quotient familial, pouvant être actionné par un numéro unique dont serait dépositaire chaque ménage, comme il détient par exemple son numéro de sécurité sociale…A chaque tranche de revenu, serait affecté un coefficient permettant l’application de tarification progressive ».
Concrétiser le « bouclier énergétique ». Une simplification des tarifs sociaux  les rendrait efficaces. Des propositions existent telles que celles formulées dans le rapport 2013 du président de l’ADEME.
Instaurer le « bouclier sanitaire ». C’est un plafond absolu de la participation du malade qui ne puisse jamais être dépassé, qu’on soit peu ou très malade, qu’on ait rarement ou souvent recours au système de soins
Réfléchir à un « bouclier jeux d’argent. » Les grands joueurs des jeux d’argent sont concentrés parmi les revenus les plus faibles. (Ce sont les mêmes qui consacrent 1%  de leurs revenus pour des dons, alors que les personnes favorisées ne donnent que 0.6 % de leurs revenus.). Les pauvres, en jouant, donnent de l’argent à l’Etat. La situation est difficile à aborder mais il ne faut pas renoncer à trouver d’autres motifs d’espérer.
Inventer les partenariats public-privé anti- pauvreté (type Danone) et soutenir le social business.

Les nouveaux maires élus en 2014, s’ils sont « sociaux », auront le pouvoir d’inventer, en partie du moins, une politique locale de solidarité rectificative, plus juste et plus efficace.

Image; franceinfo.fr

Annie Keszey.











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