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12 juin 2013

REFAIRE L'EUROPE

Yves Charles ZARKA, Jürgen HABERMAS, François HOLLANDE.


Refaire l’Europe, c’est passer de l’Europe économique néolibérale en faillite à une Europe politique, démocratique, des peuples. L’harmonisation entre les états et l’invention d’une souveraineté européenne équitable entre tous sont des obligations complexes, indispensables pour consolider, promouvoir et parfaire l’Union européenne.

Yves Charles ZARKA est professeur à la Sorbonne, chaire de philosophie politique.
Jürgen HABERMAS est un grand théoricien allemand en philosophie et sciences sociales.
Image : lesmotsontunsens.com


HIER. L’histoire limpide de la construction européenne d’après Yves Charles ZARKA.
L’idée européenne fut, au départ, politique. Elle visait à sauver l’Europe de l’affrontement qu’elle venait de connaître au cours de la seconde guerre mondiale. Il s’agissait de mettre fin aux guerres interétatiques dans l’espace européen. L’Europe s’était déchirée pendant des siècles, elle venait d’être le théâtre de la barbarie la plus extrême, la barbarie nazie. Mais cette dimension politique originaire est vite passée au second plan, à partir de la difficulté à thématiser les transferts de souveraineté. Les politiques  mirent donc au premier plan l’Union économique avec le marché commun, puis monétaire avec l’euro comme monnaie unique. On pensait ainsi faire progresser l’économie européenne sur le plan des échanges, de la circulation des biens et des personnes.
Pour deux raisons l’évolution de l’Europe économique vers l’Europe politique n’a pas eu lieu :
-    les institutions européennes ont été conçues et mises en place sans la participation des peuples qui se sont vus imposer une volonté hétéronome, administrative, bureaucratique, sans légitimité démocratique.
-    Les dérégulations successives de l’économie et surtout de la finance, réalisées dans les années 70, en particulier par Valéry Giscard d’Estaing, Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont rendu possible l’expansion sans limites du néolibéralisme. Le politique a perdu pied. Le néolibéralisme s’est mondialisé. L’économie et le système financier ont pris le pouvoir, un pouvoir antipolitique. Les états européens et autres y ont contribué. La croyance en la capacité d’auto- régulation d’un marché libéré de toute réglementation politique ou juridique est la principale cause du déplacement des lieux de pouvoir. Or le néolibéralisme a produit une crise qui a risqué de faire basculer dans le désastre l’économie du monde et s’est révélée totalement contraire à la démocratie. Si l’Union européenne s’effondre en raison de la crise financière dont la crise de la dette est une conséquence, c’est principalement à cause d’une faute politique partagée par les gouvernements de droite et de gauche…

AUJOURD’HUI. Les erreurs de gestion de la crise.
Jürgen HABERMAS.
Les gouvernements libéraux ne reposent pas moins sur les impôts que sur les votes. Ils doivent satisfaire de ce fait  aux exigences légales, infrastructurelles et fiscales nécessaires aux investissements rentables, de même qu’aux demandes civiles d’égalité, de liberté, de justice sociale et de sécurité des statuts, de distribution des services de première nécessité et des biens élémentaires. Il n’existe pas de mécanisme permettant d’assurer l’équilibre entre ces demandes concurrentielles, voire incompatibles, en temps de crise.
Le déséquilibre économique de l’Eurozone ne fera que s’aggraver dans l’avenir. Il ne pourra être éliminé qu’au moyen d’une harmonisation différenciée des politiques nationales, économiques, fiscales et sociales. Le gouvernement allemand a soutenu et obtenu, depuis 2011, un accord sur des politiques nationales individuelles d’austérité, sur des procédures communes de supervision, ainsi que la confection de mécanismes de sanction en cas de transgression. Mais l’accord souffre de trois défaillances majeures :
-    le diktat des politiques d’austérité est contre- productif au regard d’une reprise de contrôle politique sur les marchés financiers débridés,
-    l’idée d’un système à une règle unique pour tous ne s’accorde pas avec la nécessité d’établir des programmes publics différentiels, en fonction de niveaux de développement économiques différents, dans le contexte de cultures économiques différentes.
-    Le clair-obscur des pressions et des soumissions à contrecœur induit par le pacte « euro plus » du 25 mars 2011 nuit à la pertinence démocratique nécessaire.
-   
Yves Charles ZARKA.
Les décisions prises jusqu’à ce jour sont aveugles à la réalité de leurs effets. L’unique solution qui consiste à soumettre les populations à une austérité de plus en plus sévère produit l’effet inverse de l’effet attendu, c'est-à-dire, la récession, l’accroissement du chômage, la diminution des recettes fiscales, la perte de confiance des populations envers leurs dirigeants et l’apparition de mouvements sociaux parfois violents. La crainte de la démocratie par les dirigeants qui ne consultent pas les peuples est la matrice de tous les populismes. Les gouvernements ne comprennent pas ce qui se passe parce qu’ils pensent encore que le marché est un principe d’autorégulation et de vérité…
Le politique doit sortir de l’état de servilité et de délitement profond dans lequel il s’est mis lui-même. Il faut restaurer le domaine public et reprendre le pouvoir des mains du marché. La concurrence imposée aux travailleurs isole les individus et les rend vulnérables, un retour au collectif, aux biens et valeurs communes devient urgent…Fonder une Europe démocratique est incompatible avec ces affaiblissements coupables de la démocratie.
Les nations ne veulent pas se dissoudre dans un ensemble plus grand où elles ne se reconnaîtraient plus et perdraient la maîtrise de leur présent et de leur avenir.
Tant qu’on imaginera le partage de souveraineté comme une perte ou un transfert d’une part de la souveraineté nationale à une instance supranationale par délégation ou par subsidiarité, les problèmes persisteront… 

DEMAIN. L’Europe politique.
Jürgen HABERMAS.
Il faut donc repenser complètement le partage de souveraineté. Le partage ne se ferait pas entre les états qui composent l’Union, ni entre les deux étages états et Union selon des processus déjà connus dans le monde mais, pour la première fois, entre les peuples européens d’une part et les citoyens européens de l’autre. Le partage de souveraineté se ferait entre les mêmes sujets acteurs doublement citoyens et consultés différemment selon qu’ils le sont au niveau national ou au niveau européen. La volonté exprimée au niveau européen ne serait donc plus extérieure pour aucun européen et ce qui est perdu au niveau des états se retrouverait au niveau de l’Europe. Une organisation fine serait à construire, en particulier la mise en place d’un nouvel espace public commun de débats, de délibérations et de discussions dont la gestion ne saurait être confiée ni à des politiques, ni aux médias…
« Refaire le monde » aux éditions PUF approfondit cette proposition  politique et philosophique à partir de nombreuses autres contributions. Ce livre est offert à François Hollande.

François HOLLANDE. Conférence de presse du président de la République le16 mai 2013.
Un début d’espoir. François Hollande dit passer à l’offensive, veut sortir l’Europe de sa torpeur et la France souhaite être un trait d’union entre les états du nord et ceux du sud, évolution unificatrice pacifique. Son opposition à la doctrine du « tout-austérité » de Bruxelles est  affirmée parce que c’est un échec. Il reprend une proposition ancienne de Pierre Bérégovoy, celle d’un gouvernement économique de la zone euro, autour d’un véritable président nommé pour une durée longue…il harmoniserait la fiscalité, commencerait à faire acte de convergence sur le plan social, par le haut et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale…Le président a exprimé sa volonté de favoriser l’emploi des jeunes, au niveau européen aussi et de concrétiser une communauté européenne de l’énergie. Le président envisage l’éventualité d’une union politique européenne et c’est, enfin, le titre remarquable d’un projet. Mais aucune précision n’est encore donnée sur la nature, le contenu de ce projet qui demande une sérieuse réflexion et de nombreux débats pour dépasser la proposition allemande classique de fédéralisme et de transferts de souveraineté. Peu de points financiers ont été abordés mais il s’agissait aussi de rétablir, en Europe, un climat coopératif adouci. L’euroscepticisme reste le risque majeur.
www.atelier-idees.org
Annie Keszey

26 mai 2013

L'IMMIGRATION. LA VERITE DES NOMBRES.

Pierre Henry, directeur de France Terre d’Asile et auteur du dico Atlas des migrations, chez Belin. D’après une publication du Nouvel Observateur n° 2532- 16 mai 2013.


Sur les 7 milliards d’habitants de la planète, seuls 215 millions migrent d’un pays vers un autre pour y résider : 3% de la population mondiale.
Beaucoup d’Européens croient encore que ces 3% viennent frapper à leur porte. Il n’en est évidemment rien.
Les migrations Sud/Sud, des pays en développement vers des pays en développement, concernent 1/3 des migrations, soit 73 millions, à peu près autant que les migrations Sud/Nord, des pays en développement vers les pays à fort développement économique, soit 74 millions.
En Afrique subsaharienne, les « cerveaux » représentent 3% de la population mais 35% des migrants, dont les 2/3 migrent en Afrique. 40 % des travailleurs africains hautement qualifiés  ont quitté leur pays ces dernières années dont 67% du Cap-Vert et 63% de la Gambie.
De 1926 à 2009, la proportion d’étrangers dans la population en France est restée constante: 6%. Ce taux est loin d’être le plus élevé du monde:
-    7.5% en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne, en Autriche…
-    35 % au Luxembourg,
-    69 % au Koweït,
-    86.5% au Qatar !
La France n’est pas non plus la nation qui octroie le plus facilement sa nationalité. En 2010, avec un taux d’acquisition d’environ 2 pour 1000 habitants, elle se plaçait en 8ème position en Europe, loin derrière le Luxembourg, premier pays sur la liste, avec 8 pour 1000 habitants et derrière la Suède, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Espagne…
L’Allemagne a accueilli un million d’immigrés en 2012!
L’immigration augmente actuellement à partir des victimes des méfaits du changement climatique. Des milliers de personnes quittent des zones définitivement inondées.
Pourquoi, dans la masse des informations quotidiennes, choisir des données statistiques, de source fiable, sur l’immigration ? Parce que les politiques d’extrême droite tentent de manipuler, tétaniser, effrayer, désespérer les peuples en agitant déraisonnablement l’épouvantail d’une multitude inéluctable, dévastatrice, d’islamistes radicaux en France et en Europe.

Une seconde pratique idéologique destructrice de ces extrêmes est d’ignorer les populations musulmanes équilibrées, modérées, de l’Indonésie pacifique, de la Tchétchénie martyre, du Pakistan, de l’Egypte, de la Turquie, de la Tunisie, de l’émigration… qui militent pour instaurer la démocratie en terre d’Islam ou respectent les démocraties d’accueil.
Habib Kazdaghli, par exemple, est un combattant humble et prestigieux à la fois, doyen de la faculté de lettres de la Manouba, qui a maintenu la laïcité dans son établissement tunisien, depuis la révolution du printemps arabe, malgré la rudesse des oppositions religieuses fanatiques. Ces intelligences libératrices souhaitent être soutenues et non fondues dans un amalgame, par des opportunistes, uniquement soucieux d’accaparer quelques pouvoirs nés de populismes.

David Cameron, Premier ministre britannique, a déclaré que l’acte meurtrier commis le mercredi 22 mai 2013, à Londres, par deux hommes au discours d’extrémistes islamistes, à l’encontre d’un militaire, était « une trahison de l’Islam ». Il a estimé que ce geste nuisait énormément à la communauté musulmane « qui apporte tant à la Grande Bretagne »… « L’extrémisme sera vaincu en restant unis »…
www.atelier-idees.org        www.notreputeaux.com        Annie Keszey.