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10 novembre 2012

LE MYTHE DE L'ISLAMISATION.

ESSAI SUR UNE OBSESSION COLLECTIVE.

mythe de l'islamisation,raphael liogier,obsession collective,jihad,radicalisation,déferlement migratoire,musulmansDes mouvements, des associations, des politiques, des extrémistes paranoïaques partagent l’obsession collective de « l’islamisation ». Leur méthode de propagande criarde est une stratégie de méconnaissance. Nullement touchés par le « doute » philosophique, ils s’appuient sur des sources unilatérales d’informations convergentes, erronées, pour renforcer leur mythe d’une islamisation progressive et nuisible en  France, en Europe et dans le monde.
RAPHAEL LIOGIER, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, directeur de l’Observatoire religieux, déconstruit et réfute l’argumentaire constitutif de l’épouvantail de « l’islamisme ». Son essai, précis, concis, spécialisé, de 213 pages, ne peut être résumé. Quelques passages du texte sont publiés, ici, dans leur intégralité. Tous les sujets d’actualité récurrents utilisés par les diffuseurs de l’obsession collective du péril islamique sont analysés par l’auteur dans leur complexité, critiqués, contredits, stabilisés avec justesse par des preuves. L’auteur interroge avec une lucidité experte et paisible les thèmes paranoïaques : chiffres de la terreur, bombe démographique, jihad nataliste, déferlement migratoire et conversions, pataphysique et idéologies de la conspiration, interprétation délirante des apparences, esprit de conquête et prises de territoire, banlieues vecteurs de radicalisation islamique, Coran bréviaire antimoderne, obsession transnationale, mesures prophylactiques liberticides, contresens européen…

La  bombe démographique musulmane qui serait prête à éclater et à submerger l’Europe relève du fantasme, écrit RAPHAEL LIOGIER. Le plus grand pays musulman du monde, l’Indonésie, a vu son taux de fécondité décroître en même temps qu’augmentait le taux d’alphabétisation des femmes ; Il est de 2,08 enfants par femme, ce qui est inférieur au seuil de remplacement correspondant à 2,1  enfant  par femme, en- dessous donc de celui des françaises. L’Iran détient le record de la chute du taux de fécondité devenu, 1,7 enfant en 2009 et donc très inférieur au seuil de renouvellement des générations. Cet affaiblissement des taux de natalité, général, concerne aussi la Turquie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie (2.09 enfant en 1999 et 1, 5 prévu en 2014).
Le Maghreb dans son ensemble, qui est, avec la Turquie, au cœur de l’angoisse européenne d’islamisation par un débordement de population, a connu la plus forte baisse du taux de fécondité au monde, en dehors de la Chine et de l’Iran

Au total, de l’Atlantique à l’Oural (et même légèrement au-delà), l’Europe compte un peu plus de 38 millions de musulmans, soit 5,2 % d’une population de 740 millions d’individus. Si l’on en reste à l’Union Européenne, on en dénombre, selon les sources démographiques entre 12 et 16 millions pour une population de 500 millions d’individus (entre 2,4% et 3,2% donc)…très loin des 50 millions fantasmés… En opposition totale avec les idées reçues les enquêtes démographiques sérieuses prévoient une diminution de la proportion des musulmans dans la population générale.
De même l’idée d’un déferlement migratoire n’a aucune base scientifique : le taux d’accroissement migratoire de la population, pour la France était de 1,1/1000 en 2009, inchangé depuis 1980 …L’immigration laborieuse est majoritaire (65%). Quant à l’Europe, les immigrants marocains, par exemple, sont moins nombreux que les polonais ou les roumains…
Le nombre de conversions à la religion musulmane au sein de l’Europe n’interpelle pas si on le rapproche du nombre de conversions dans chacune des autres religions : juive, protestante ou évangélique…
Alors pourquoi cette vision, au sens mystique du terme,  d’une marée musulmane nous balayant sur son passage ? Est-ce à dire qu’un musulman compte pour plus qu’un fidèle d’une autre religion, seulement parce qu’il est musulman ? Sans doute.  Lorsque certains décomptent les musulmans, ils ne dénombrent pas seulement une population religieuse, mais évaluent l’intensité d’une menace…
Depuis le milieu des années 2000, le regard européen, mêlant la condescendance postcoloniale à la peur d’une expansion de l’islam, s’est donc synthétisé dans un sentiment nouveau, celui qu’il existerait un complot musulman visant à détruire l’Europe, à faire disparaître sa culture. Cette thèse du complot peut prendre la forme d’un pressentiment diffus, vague, où désigner des conspirateurs précis, des leaders qui, néanmoins, comme tous les conjurés, agissent davantage dans l’ombre que dans la lumière…Dans le théâtre tragique de l’islamisation, il n’y a pas de place pour l’analyse dépassionnée. En tant qu’Européen non musulman, je ne peux être au mieux qu’un « idiot utile » au pire un traître à la solde d’occultes puissances islamiques…
Les idéologies de la conspiration sont contradictoires, de l’infantilisme aux versions géopolitiques et géoéconomiques élaborées .Elles se fondent toutes sur le postulat d’une volonté musulmane unifiée de conquête. Ainsi dans le « Choc des civilisations », Samuel Huntington évoque l’éventualité d’une nouvelle guerre mondiale  entre des groupes « civilisationnels », vraisemblablement des musulmans d’un côté contre des non-musulmans de l’autre. Or, Olivier Roy ou Gilles Kepel démontrent pourtant que l’homogénéité religieuse, comme politique des pays arabo-musulmans, est une pure illusion d’optique qui recouvre d’énormes fractures, dissensions, stratégies contradictoires d’une inextricable complexité… 
L’influence  idéologique de la thèse d’Eurabia, de 2005, élaborée par Bat Ye’or, une britannique, née en Egypte et vivant en Suisse, est considérable en France, en Italie, en Europe, aux Etats-Unis…
Tous les idéologues du mythe de l’islamisation échafaudent des systèmes, à partir desquels ils prophétisent, anticipent, réinterprètent l’histoire…A l’instar des gourous des sectes millénaristes et de leurs adeptes, ils semblent nous dire qu’il y a un code secret que seuls les initiés, dont ils font évidemment partie, peuvent déchiffrer. La passion du fait « révélateur », déjà repéré par Sartre chez l’antisémite, s’est transformée en passion des statistiques déviées propres à justifier les hypothèses les plus improbables. Dès lors les malheurs qui s’abattent sur notre existence ne sont pas absurdes ; ils ont une signification profonde, parce qu’ils ont une cause identifiable. Si rien ne va plus, des déboires économiques au manque de confiance dans la vie, en passant par les cataclysmes et les guerres, c’est que le musulman est là, derrière les gouvernements, qui souffle la discorde…
Plus on parle de l’islam, moins on écoute les musulmans. Leurs paroles sont submergées par le flot continu des déclarations, des prises de position, des débats auxquels ils ne sont pas conviés.
Franck Frégosi démontre que l’islam contemporain est non seulement compatible avec la laïcité mais qu’il s’est déjà acclimaté et reconstitué en elle dans l’espace français. L’islam n’est pas une civilisation unitaire rivée à une interprétation littéraliste du Coran…

Pour perdurer, les organisations islamistes et les réseaux terroristes ont un intérêt vital à ce que les musulmans européens ne se sentent  pas chez eux ; ils ont intérêt à envenimer les antagonismes imaginaires, source de violence antimusulmane, pour attirer dans leurs filets des populations humiliées et réactives.
Telle est l’ultime planche de salut de l’islamisme : que la croyance en un péril islamique provoque des actions arbitraires contre les citoyens musulmans européens afin d’en faire des soutiens, voire des recrues potentielles…Les islamistes ont donc pour alliés objectifs les nouveaux populistes européens, parce qu’ils sont les relais politiques et médiatiques majeurs du mythe de l’islamisation.
Ce sont eux les « vrais idiots utiles » à la solde de l’islamisme…
Et puis, parce que l’Europe est faible, que les européens se sentent menacés par la globalisation, qu’ils ne réussissent plus à courir en tête dans la compétition mondiale, ils ont besoin d’un ennemi intérieur !
Annie Keszey


08 octobre 2012

PUTEAUX: LA VILLE DE TOUS LES DANGERS.

Dans une presse, certes mesurée, Puteaux fut autrefois « Chicago-sur-Seine » et, récemment, « Dallas, ton univers impitoyable », puis « Pyongyang ». Aujourd’hui, le Maire, Madame Ceccaldi-Raynaud, reçoit, de Gérard Brazon [Riposte- Laïque], une alerte épistolaire sur l’islamisation de la ville. Le Maire serait dans le collimateur des islamistes et les rues de  Puteaux ont déjà les stigmates de cette islamisation rampante
Dans le Monde du 2/10/2012, Plantu, caricaturiste talentueux, donne son point de vue sur les caricatures de Mahomet publiées par Charlie -Hebdo : « Un artiste est libre comme l’air et il a tous les droits. Cela dit, on est aussi citoyens du monde, et on peut se lever le matin sans avoir envie d’humilier une religion ou de « se faire » Mahomet. Il n’y a pas d’urgence à creuser la fracture qui existe entre des laïcards forcenés et des intégristes forcenés. L’écrivain Salman Rushdie, frappé par une fatwa qui l’oblige à vivre caché depuis une décennie, pense que demander à vivre dans un monde où rien ne nous offense est une absurdité. Victime d’une « culture de l’offensé », il s’est dit, en conscience : ne tombe pas dans le piège de la peur, ne tombe pas dans celui de la vengeance !
Latifa Ibn Ziaten, maman d’Imad, le soldat de l’armée française, tué par Mohamed Merrah et Aurélie Noubissi, mère de Kivin, étudiant, tué par les barbares d’Echirolles, prouvent, dans la douleur, la force digne de l’intégration. (Dignité et indignité, texte de Maurice Szafran, n° 807 de Marianne).
Riposte- Laïque défend la laïcité, c’est une cause juste et nécessaire, mais ses méthodes embrouillées et furieuses sont inadaptées au maintien résolu, mais profondément réfléchi, de l’unité républicaine, de la paix civile et de la liberté de conscience incluant la liberté religieuse. Sur le blog s’étale  un flux de mots agressifs, angoissants qui ne distingue pas des appellations diverses: les dangereux islamistes, les citoyens de confession  islamique, les Arabes, les musulmans, la communauté musulmane…L’instabilité lexicale de Riposte-Laïque participe à  des amalgames et à une dramatisation contraire à la clairvoyance.
Riposte-Laïque a pour premier devoir d’effacer  les stigmates de sa «  laïcardisation » forcenée rampante. La laïcité n’est pas un athéisme militant rudimentaire, mais une SYNTHESE SOCIETALE COMPLEXE.
Un mot de Marine Le Pen, symbolique parce qu’il renvoie automatiquement à l’époque nazie, est repris : Les musulmans, (sous le mandat de l’ancien maire) venaient de partout, des villes voisines mais aussi d’ailleurs ! Ils obéissaient à cette technique doccupation du terrain que nous connaissons bien à Riposte-Laïque pour obliger les maires à bouger et aller dans le sens de l’islamisation progressive… d’une ville, d’un département, d’une région et ainsi de suite…
Gérard Brazon réprouve le laxisme, envers la communauté musulmane, de l’ancien maire et s’interroge sur les intentions du maire actuel, fille du précédent maire : va-t-elle se coucher devant le diktat religieux ? Les conseillers municipaux sont des pions, grapillant  quelques miettes que le Roi ou la Reine du moment laissent tomber volontairement à leurs pieds…
Gérard Brazon est auto-convaincu de détenir LA vérité et le savait depuis longtemps. Si vous n’adhérez pas aux thèses affolées de Riposte-Laïque, vous êtes passéiste, ignorant ou inconscient. Son combat évacue le débat! Or, l’histoire de la construction de la valeur fondamentale « laïcité » se fonde sur une démarche d’égards mutuels.
Trois faits, imprécis pour les habitants de Puteaux qui n’ont malheureusement pas accès à une information officielle de première source, semblent à l’origine de cette  panique et de ces sombres présages (péril non confirmé, par exemple,  lors de la grande braderie populaire, vivante et colorée, du dimanche 30/09/2012, dans la ville basse, ou la frayeur ne semblait pas dominer).
Avec des fonds publics, le Maire participerait aux frais de la mosquée provisoire de la Défense, frais de chauffage en hiver, par exemple, en attendant la fin des travaux de la mosquée rue Saulnier.
Une manifestation de parents d’élèves s’est tenue devant la mairie de Puteaux le 29/09/2012.  Ils venaient demander à la municipalité de prêter une salle à l’association Solidarité Islamique pour les 200 enfants ( de Puteaux ou de villes voisines) qui suivaient des cours et qui n’avaient plus de salle depuis la rentrée. La mairie avait préempté en mai le local privé utilisé.  Ces cours, selon les diverses sources (certes objectives !) étaient des soutiens, des cours de langue arabe, une initiation à la culture arabo-islamique  ou  des cours de langue arabe à partir du Coran et de la vie du prophète…Le maire a proposé d’autres locaux.
Les mairies n’ont pas le droit de  participer financièrement aux cultes religieux mais  peuvent aider des associations culturelles et ont l’obligation de veiller à l’égalité entre toutes les religions et les non-religieux. La difficulté est qu’en 1905, l’islam n’existait pas en France et la loi ne cite pas cette religion restée sans statut, et donc avec un risque permanent d’être traitée à inégalité. Il en est de même pour l’orthodoxie et le bouddhisme. [La Grande mosquée de Paris, inaugurée plus tard, en 1926, commémore l’héroïsme et les sacrifices des 70 000 morts au champ d’honneur, de confession musulmane !] Les difficultés nationales rencontrées depuis un siècle viennent de cette origine et s’amplifient avec l’accroissement du nombre de concernés. De très nombreux rapports sur la question, dont celui de la commission Stasi, de 2003, n’ont été que peu appliqués : pourtant, ce rapport reste un exemple de travail  historique, social et politique équilibré.
Les relations actuelles entre l’Occident et la société islamique sont complexes à partir d’une première et profonde divergence culturelle : l’Occident est un monde dans lequel les faits de voir, d’être vu, de faire-voir et de se faire-voir sont centraux alors que dans les sociétés traditionalistes religieuses, les choses que l’on ne peut faire voir ni voir sont nombreuses. Violer la restriction, dans certains pays, peut entraîner la mort. (Thèse de Raffaele Simone).
La cathédrale… d’Alger !

cathédrale d'Alger.jpgPuteaux a quelques spécificités. Monsieur Ceccaldi-Raynaud a vécu sa jeunesse au Maroc et en Algérie française : il y a étudié, travaillé, milité pendant 25 ans, séjour qui n’a pas été préjudiciable à sa réussite. La loi de 1905, à partir d’un régime dérogatoire de l’Etat colonial français  ne s’est pas appliquée en Algérie où il n’y a pas eu séparation entre l’islam et l’Etat. Revenu en France, à Puteaux, Monsieur Ceccaldi-Raynaud semble avoir accueilli normalement les immigrés du Maghreb, juste « retour d’ascenseur ». Ahmed, se souvient avec émotion de sa rencontre avec ce maire, lors d’une « fête du     mouton », sur l’île.

Une mosquée d'Alger.

mosquée d'Alger.jpgCe maire a fait aussi construire une synagogue, Rue Roque de Fillol, aux frais du contribuable, sur fonds publics. Pour aseptiser sans doute le contournement législatif, la synagogue portait une plaque « Associations », disparue aujourd’hui. Madame Ceccaldi-Raynaud vient d’inaugurer le nouveau campanile,  légal,  près de la vieille église.  Le conseil municipal a donné son accord pour faciliter la construction d’un collège privé dans lequel les filles sont séparées des garçons!  Plus qu’ailleurs, le respect de l’égalité entre cultes est ainsi problématique.
Un temple protestant dans l’Algérois.

temple boufarik.jpgLa résistance aux atteintes à la loi de 1905 est affaire de tous. Puisque cette loi est incomplète du fait des évolutions d’un siècle, ce sont des intelligences consensuelles, de droite et de gauche et non pas des éclats de voix provocateurs qui sauront séparer les faits réversibles  pour les réglementer, des faits irréversibles, qui imposent à l’Etat de légiférer. Les prières de rue, en l’absence de mosquée, sont réversibles, l’excision, la lapidation, par exemple, sont irréversibles.
Une fatwa, le délit de blasphème sont incompatibles avec la liberté de conscience. La laïcité ne saurait admettre toute conception religieuse ou athée qui souhaiterait régenter le système social ou politique français.

Une synagogue d'Alger.

synagogue d'Alger.jpgJean Baubérot, titulaire de la seule chaire d’enseignement de la laïcité, recommande un comportement déterminé, de sang-froid : « La laïcité- roseau est plus solide qu’il n’y paraît, plus apte à affronter les tempêtes qu’une  pseudo laïcité- chêne qui séduira par son aspect massif, alors que cet aspect constitue précisément sa faiblesse ».   
Images :hubertzakine.blogspot.com/algérie.rmc.fr/alger-roi.fr/reforme.net
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Annie Keszey