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08 novembre 2011

Un Pouvoir amnésique : le déclin de l’Europe pronostiqué en 2005

Austérité et Majestic Barrière.

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Les Français et les Néerlandais, particulièrement ceux qui ont voté NON au référendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen, refusaient et refusent le néolibéralisme sauvage, la cupidité et l’impunité des puissants, la concentration des richesses et les écarts sociaux de l’Union Européenne. La campagne référendaire avait été riche en avertissements de nombreux mouvements et associations, ignorés par les medias traditionnels, contre une constitution encore plus libérale que les précédents traités, privilégiant le marché, la concurrence, les banques et les grandes entreprises multinationales.

Une convention, en 2002, sous la présidence de Valérie Giscard d’Estaing, avait rédigé ce Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE), après, en particulier, l’instauration du système monétaire européen, de l’acte unique, du traité de Maastricht, du traité d’Amsterdam, de la banque centrale européenne pour mettre en place l’euro et du traité de Nice de 2000. Ce TCE  est un modèle abscons non modifiable de   principes et de procédures lourds et inadaptés. L’immobilité du traité s’ajoute à la rigidité de l’euro commun, piège « mortel », autant que le fut l’étalon-or, en l’absence d’un gouvernement économique européen ou fédéral chargé de gérer les écarts de compétitivité. Le vocabulaire utilisé, pernicieux, dévoile le risque : la constitution offre à ses citoyens « un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée ». Mais elle œuvre pour la justice, le développement durable et tend vers le plein emploi et la cohésion sociale.


En dehors de la concurrence obligatoire, le traité ne propose aucun engagement contraignant pour soutenir l’éducation, les prestations sociales, les services publics et l’emploi.


Les opposants  au TCE voulaient (et veulent) pour l’Europe, un modèle de réussite alternatif à celui des Etats-Unis, ultralibéral et à celui de la Chine, autoritaire. L’Europe du « bien commun » attendue est sociale, juste, écologique, démocratique et égalitaire. Elle s’oppose aux objectifs des élites : accaparer  les richesses pour elles-mêmes au détriment du salariat, détruire la démocratie et briser l’état. Cette Europe des élites est celle de la droite politique, en France,  mais, de plus, pourrait devenir celle des sociaux- démocrates devenus sociaux-libéraux depuis François Mitterrand ! Michel Rocard, Jack Lang, Jacques Delors ont défendu le OUI à la Constitution malgré son danger. Les députés européens socialistes ont fait des contre-propositions, DSK a présenté un important rapport, sans succès. Même inquiets, ces derniers ont voté « oui ».


Nicolas Sarkozy a cassé la décision populaire majoritaire par le traité de Lisbonne.


L’exigence complexe, lucide et pertinente des opposants au référendum était une voie pour détourner l’Europe de son déclin et de son impuissance d’aujourd’hui.


Il fallait, disaient-ils, rétablir la justice entre les revenus du capital et ceux du travail, devenir une économie de la connaissance, pour favoriser la croissance en développant la recherche et en la structurant au niveau européen, concentrer les moyens, d’abord, sur ceux qui en avaient le plus besoin en investissant fortement dans la petite enfance et les banlieues défavorisées, assurer des parcours professionnels sécurisés, se doter d’une vraie politique industrielle et de l’emploi avec de grands projets à la clé, permettre la constitution de grands groupes européens capables d’exceller au niveau mondial. La concurrence fiscale et la concurrence sociale étaient démontrées incompatibles avec le modèle européen attendu et 66 régimes fiscaux déloyaux devaient être bannis. La progression de l’Europe supposait son autonomie énergétique, son indépendance dans le domaine de la Défense aux coûts partagés entre les états et une forte maîtrise de la communication et de l’information.


Bien sûr, l’écologie soutenait ce projet alternatif, (parce que le capitalisme est criminel pour l’environnement), avec une dimension nouvelle: celle de capital naturel.


Un secteur intouchable d’économies, pour le budget français en déséquilibre, avait animé les débats du moment : il fallait diminuer les dépenses militaires, disproportionnées, en veillant bien sûr à la réorientation, par la formation, des nombreux emplois publics du secteur.


Le livre de Susan George, politologue, européenne convaincue et altermondialiste experte « Nous, peuples d’Europe », publié en 2005 chez Fayard commente l’ensemble complet des propositions pour cette Europe radicalement différente.


Il y a 6 ans, Susan George savait que la débâcle surviendrait si une autre Volonté Politique Collective n’émergeait pas :


Aucune nation ne contrôle le mécanisme financier qui fait jouer la concurrence à l’échelle mondiale non seulement entre les productions et les salaires, mais aussi entre les systèmes sociaux. Cette mondialisation ne respecte aucune règle, sauf celles de la rentabilité. Elle approfondit les inégalités et détruit l’environnement. Elle bouleverse les identités culturelles et brime les nations surtout les plus faibles. Elle favorise l’émergence d’ensembles internationaux ou nationaux géants, capables de se concurrencer et d’imposer leur loi au reste du monde.

Le mépris des faibles, la religion de l’argent et le refus de partager sont, à notre époque aussi barbares que l’étaient le colonialisme ou l’esclavage en d’autres temps, et, à terme, aussi destructeurs pour nous tous.


Aujourd’hui, en novembre 2011, la zone euro, menacée par ses dettes folles, s’enfonce dans la tourmente de l’impuissance d’un G20


L’économiste américain Paul Krugman, dans le New York Times du 25/10/2011, publié par Le Figaro, expose « la tragicomédie de la dette européenne ». 


Alors que les plans de sauvetage tombent à plat les uns après les autres, les élites économiques européennes-qui sont, est-ce possible?, encore plus prétentieuses et égocentriques que les élites américaines- continuent de se ridiculiser…Les européens avaient réussi à bâtir un système de paix et de démocratie et à édifier des sociétés qui pour être imparfaites sont probablement ce que l’humanité a fait de mieux... L’impuissance de l’Europe des « 17 » nait d’un cercle vicieux. Les investisseurs qui achètent de la dette italienne, par exemple, redoutent une banqueroute et imposent des taux d’intérêts très élevés, ce qui -mécaniquement- alourdit encore le service de la dette et rend le risque de faillite plus vraisemblable. Le sauvetage de l’euro pourrait passer par le Fonds Européen de Stabilité Financière qui, le cas échéant, prêterait suffisamment d’argent à l’Italie (et aux Etats suivants) pour qu’elle n’ait pas à emprunter à de tels taux. Mais ce FESF implique le soutien des principaux Etats européens obligés de faire des promesses crédibles aux yeux des investisseurs. Or, l’Italie appartient au cercle des puissants surendettés : comment pourrait-elle se sauver en se prêtant elle-même de l’argent ? De même, la France, par sa  contribution au fonds alourdirait sa propre dette !


La dette française, fin 2007, était de 1211 milliards d’euros, soit 64.2% du Produit Intérieur Brut. En avril 2011, elle atteignait 1646 milliards, 85% du PIB. Un rapport de la Cour des Comptes la prévoit à 90% du PIB en 2012. Les effets d’une crise sévère et une gestion politico-économique lente, faible et éphémère, malgré son effervescence formelle, sont les causes d’un tel trou.


Des sites nombreux analysent le contenu et l’évolution des dettes de l’Europe. Le site www.slate.fr met ces dettes en images pour tenter de les concrétiser et les comparer.

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La dette est un sujet rarement débattu dans les medias. Un nouveau site français, récent, www.audit-citoyen.org, lié à d’autres sites européens, souhaite combler cette lacune. Le site s’appuie sur un constat : déléguer la responsabilité des budgets à des ministres conduit souvent à l’échec. Les connaissances sur la « fabrication » des dettes modifient les thèses politiques. Ainsi nous a-t-on expliqué que l’Allemagne acceptait d’être généreuse avec la Grèce : la réalité est moins abrupte. L’Allemagne, excédentaire, produit plus que sa population ne peut consommer, elle a donc besoin de vendre à des pays « déficitaires ». Que ferait-elle de ses surplus ? Il y a eu trop d’emprunts par les prodigues parce qu’il y a eu trop de prêts par les prudents…Les ajustements ne concernent pas les seuls débiteurs !


La dette française actuelle, depuis 4 ans, a des responsables identifiables. Elle a, ce jour, une étrange utilité : en « affolant » le peuple, François Fillon, premier ministre, à la mine patibulaire de circonstance, sert plus facilement l’objectif du pouvoir conservateur de détruire l’Etat-providence en diminuant les prestations sociales au nom d’une nécessaire « rigueur* » (*élément du langage commun de l’UMP!).


Mais les catégories moyennes et défavorisées des peuples européens ne sont pas naïves. La proposition de référendum de Papandréou, démocratique, pour la Grèce, n’avait d’autre but que d’apaiser la société grecque, révoltée de devoir « payer » à la place des coupables, en lui donnant la parole. Mario Draghi, quand il était Vice-Président de la banque Goldman Sachs, accepta le maquillage des comptes grecs, entrepris par le gouvernement conservateur, pour faciliter l’entrée dans la zone euro: il vient pourtant de succéder à Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne !


L’austérité renforcée a été imposée à la Grèce lors d’un G20 …de 33 chefs d’état dont le coût est évalué  à 28 millions d’euros (80 millions selon le Canard Enchaîné). Les deux nuits de Nicolas Sarkozy au Majestic de Cannes auraient coûté un minimum de 7000 €. Le bling-bling « Fouquet’s-Majestic-Barrière » est un mal chronique, provocateur.


Le plan de rigueur « Merkozy » n’envisage pas de relancer la croissance grecque. Daniel Cohn-Bendit, député européen, coprésident du groupe des Verts, travaille sur un ensemble de mesures  d’économies et de recettes nouvelles par solidarité avec le peuple grec afin de lui donner une perspective positive. Par exemple, il propose une refonte écologique du système agricole (en sachant que 70% des olives grecques sont manufacturées en Italie)… et une diminution de dépenses militaires consternantes. De même, l’alliance des députés européens démocrates et libéraux propose, dans la même intention, le projet « reset Greece».


Le plan d’austérité du Gouvernement, pour la France, est un ensemble de « rustines » aléatoires, le montage allemand pour l’Europe s’inscrit désespérément dans un univers néolibéral décadent.


De nombreux plans B s’élaborent pour proposer une alternative crédible européenne: repenser les rapports entre le capital et le travail, renforcer les fondements institutionnels et constitutionnels de l'Europe, redéfinir la place de l’Etat, produire un avenir dynamique, rassurant et juste.


L’atelier des idées tentera de différencier ces plans, très techniques et parfois contradictoires, pour les publier.


www.atelier-idees.org


Annie Keszey

06 octobre 2011

Primaire présidentielle 2012 : Ségolène Royal

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LETTRE A TOUS LES RESIGNES ET LES INDIGNES QUI VEULENT DES SOLUTIONS. SEGOLENE ROYAL. PLON. 9 €.

www.desirsdavenir.org

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En 2007, Ségolène Royal est arrivée au second tour de l’élection présidentielle avec 17 millions d’électeurs derrière elle. Plusieurs fois ministre, elle est Présidente du Conseil Régional du Poitou-Charentes, qui est son laboratoire de solutions. Elle vient d’y créer une banque publique d’investissement pour les Petites et Moyennes Entreprises : 33 millions d’euros de crédits régionaux seront mis à disposition en 2 ans, davantage ensuite à partir d’apports de la caisse des dépôts ou d’investisseurs privés. Elle souhaite un « Small business Act » (www.ec.europa.eu)  aux niveaux national et européen. Une société d’économie mixte produira de l’électricité solaire. Elle continue d’appliquer localement des propositions fortes de son programme pour la primaire de la gauche. C’est l’honnêteté de la politique par la preuve. Quelle plus belle preuve que de pouvoir rendre des comptes sur la façon dont on a exercé ses responsabilités politiques, que d’en faire le bilan et la démonstration de l’efficacité, de la volonté de s’engager sur un nouveau modèle de croissance économique, écologique et sociale.

Ségolène Royal est une candidate très déterminée, libre dans ses relations avec le PS, qu’elle surplombe. Son programme, entre la défense ferme des valeurs traditionnelles et la conscience pertinente du futur, appelle un large rassemblement allant des altermondialistes, à la gauche de la gauche jusqu’aux Centristes humanistes et aux Gaullistes républicains. Elle emprunte d’ailleurs au Général de Gaulle l’ambition de « Viser haut et se tenir droit ». Depuis 4 ans, elle a acquis, par ses déplacements, une connaissance concrète du  monde avec laquelle aucun autre candidat ne peut rivaliser. Elle a mené aussi de nombreux dialogues avec des chefs d’Etat très divers, hommes et femmes, pour en appliquer des leçons (Lula da Silva, Manmohan Singh, Tarja Halonen, Dilma Roussef, Michelle Bachelet, Christina Kirchner)…

Le programme collectif de la gauche reprend plusieurs de ses propositions. La plus grande injustice, pour elle se situe entre ceux qui subissent leur vie et ceux qui ont les moyens de leur liberté. Il faut arrimer solidement l’une à l’autre la responsabilité individuelle et la solidarité équitable qui sont aujourd’hui très affaiblies, voire détruites. Je veux, écrit-elle, une France qui protège et qui avance. Je propose aux Français de construire un ordre social juste, appuyé sur la force citoyenne de chacun d’entre vous, de chacun d’entre nous.

Ségolène Royal adhère, contrairement à ses concurrents, à la Démocratie participative. Dans son livre de 156 pages, elle s’adresse directement aux forces citoyennes et propose aux Indignés et Résignés de se mettre en mouvement pour les rejoindre. Attachée à l’Europe, elle veut construire, marche après marche, les Etats-Unis d’Europe  et propose des règles pour moraliser le système financier dont la création d’une agence publique de notation et l’interdiction, pour les banques, de spéculer sur la dette des états.

Si la priorité de François Hollande est la jeunesse, celle de Martine Aubry, l’emploi, Ségolène Royal veut faire de la France un pays d’entrepreneurs, la première puissance écologique d’Europe. L’éducation (formation des enseignants, internats et classes relais, rapprochement entre les Universités et les Grandes Ecoles, droit égal au Savoir et à l’Art), la sécurité (l’encadrement éducatif militaire, la fin de la politique du chiffre), la réforme bancaire, la politique européenne, ramènent au programme collectif, avec davantage de courage cependant, dans l’expression. Sa politique pour les banlieues se démarque, parce qu’elle les connaît bien et ses mesures pour les minorités invisibles (femmes seules, travailleurs âgés) lui sont personnelles. L’égalité homme-femme passe par l’éradication des violences faites aux femmes et par le combat contre le sous-emploi des femmes. Elle définit aussi des mesures spécifiques pour les outre-mers. 

Les entreprises du CAC 40 seront davantage imposées à partir d’une réforme juste du système fiscal. Les comptes excédentaires en début de mois seront rémunérés, puisqu’ils sont pénalisés en cas de découverts, la distinction sera faite entre les activités spéculatives et les activités d’investissement, les bonus individuels seront prohibés et les paradis fiscaux interdits, L’ordre social juste c’est un équilibre entre les droits et les devoirs. C’est un contrat donnant-donnant, sans tricheurs ni prédateurs. Il s’agit de construire des compromis dynamiques afin de dépasser les oppositions dans l’intérêt bien compris de chacun .C’est ce que j’appelle des «  cercles vertueux ».

Ségolène Royal rejoint les chefs de gouvernements du monde et les ONG qui disent l’urgence d’un modèle alternatif de développement qui assure la prééminence de l’intérêt général sur les intérêts particuliers et sur la loi du plus fort. Un nouveau modèle dont le critère ne soit plus la boulimie financière de quelques-uns, mais le développement humain et la vie digne à laquelle chacun a droit. Les pays malmenés par la crise ont besoin d’un état anticipateur, porteur d’une vision à long terme de l’intérêt général. Morale et croissance, justice et performance économique, voilà ce qu’il faut conjuguer et mesurer à l’aide d’indicateurs de développement humain plus représentatifs que l’archaïque PIB.

Les cinq candidats socialistes à la primaire de la gauche.

Manuel Valls, nouvelle génération, insiste sur la rigueur budgétaire et la sécurité.

Arnaud Montebourg, comme Manuel Valls, s’oppose au projet de « régulation » du PS, qu’il estime dépassé, il refuse le libre-échange et défend une démondialisation verte.

Martine Aubry et François Hollande restent proches, mais Martine Aubry incarne un socialisme central sérieux et ambitieux tandis que la prudence marque les interventions de François Hollande.

Ségolène Royal constate que ses idées novatrices de 2007 ont été finalement intégrées au projet du PS.

LA PRIMAIRE CITOYENNE AURA LIEU LE DIMANCHE 9/10/2011

Annie Keszey