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08 février 2016

La laïcité au quotidien. Guide pratique.

Inédit. Régis Debray et Didier Leschi. Folio. 154 pages. 7 €.

laïcité,guide pratique, régis debray, Didier LeschiRégis Debray est directeur de la revue Medium, président d’honneur de l’Institut européen en sciences des religions. Didier Leschi est préfet, ancien chef du bureau central des cultes au ministère de l’Intérieur.

Ils étudient trente-huit cas pratiques d’interrogations quotidiennes sur l’application de la laïcité, avec érudition, précision et finesse.

C’est un manuel attendu, adapté à l’enseignement de la laïcité dans les écoles publiques, même s’il reste encore perfectible face aux opinions ou aux convictions contradictoires tenaces. Les deux auteurs font un retour aux fondamentaux moyennant un socle commun de règles de conduite. Là où la théorie divise, l’exercice peut unir.

Luc Ferry, un des premiers lecteurs, note que les argumentations développées le sont avec intelligence et tact, avec cet alliage de profondeur et de bon sens qui est si rare et pourtant si précieux sur ces sujets délicats. Les deux derniers paragraphes, consacrés aux excès de zèle donnent le ton et le sens d’ensemble de l’ouvrage...

Les chapitres suivent un ordre alphabétique : Aumôneries, Autorisation d’absence...Cantine scolaire, Caricature...Crèche de Noël ...Dimanche...Foulard...Imans, Injure et blasphème, Jupe longue...Non- mixité...Nourriture...Services au public, Services publics, Vues de l’étranger, Zèle (excès de).

A partir de faits historiques, politiques, sociaux, qui conduisent à des attitudes contradictoires dans la vie courante, ils prennent des positions fondées sur des argumentations pour énoncer les comportements laïques les mieux adaptés à notre République et à son vivre-ensemble.

Dans un entretien au Monde, le 27/01/2016, Régis Debray recadre les débats qui enflamment la société française. « La laïcité relève d’abord du droit. C’est une exigence de la raison inscrite dans la loi...L’ex-fille aînée de l’Eglise n’a pas fait sa révolution pour se retrouver la fille cadette de l’islam, dont une fraction intégriste témoigne aujourd’hui des mêmes ambitions d’emprise que le catholicisme en 1900...Si on veut un islam de France, un institut supérieur de théologie musulmane s’impose en France...On ne devient pas prêtre, pasteur ou rabbin sans avoir fait de longues études sanctionnées par des diplômes. C’est une obligation. Pourquoi ce n’en serait pas une pour les imans ?...Si l’homme est quelque chose qui doit être dépassé, la grandeur d’un régime laïque concilie humanisme et optimisme : elle consiste à laisser à chaque individu le soin de choisir en conscience, sans pression ni soumission, ce qu’il estime devoir dépasser sa pauvre vie individuelle.»

Extraits du guide pratique.

Autorisation d’absence. « ...Ces dernières années, les dates d’examen, concours, contrôles sur table ou interrogations écrites ont donné lieu à réclamation de la part de parents d’élèves, d’étudiants ou du monde enseignant. Il est pourtant clair qu’écoles primaires, lycées ou universités ne sauraient vivre au rythme des fêtes religieuses vu la capacité des cultes à les multiplier. Depuis 1967, les autorisations d’absence peuvent être accordées aux fonctionnaires qui désirent participer aux principales fêtes propres à leur confession. Afin que chacun ait connaissance de ces fêtes, tous les ans, le ministère de la Fonction publique édite une circulaire en direction des chefs de service pour indiquer celles de l’année qui vient...S’il est indiqué d’accepter des congés exceptionnels pour les principales fêtes mentionnées dans la circulaire, on ne peut accepter de voir proliférer des jours de congé pour motifs religieux ce qui ruinerait toute organisation collective du travail... »

Cérémonie religieuse. « Les autorités civiles peuvent-elles ou doivent-elles y assister ?...Pour ce qui est des autorités républicaines, il pourrait être suggéré que la place de la République à Paris, lieu de rassemblement populaire et spontané, devienne le point focal de la célébration officielle. » Dans ce chapitre les auteurs rappellent l’évolution historique du sujet depuis la loi de 1905 : 1917, le président de la République, le président du Conseil, les parlementaires assistent aux funérailles religieuses du général Gallieni-... 1918, les Autorités boudent le Te Deum de la victoire, le 11 novembre... Le préfet en uniforme est présent dans le temple, la synagogue, l’église et même la Grande mosquée de Paris (où il n’assista pas au prône) en mémoire des morts de 14-18 et de 39-45... Le 26 août 1944, de Gaulle prend l’initiative de faire célébrer un Te Deum à Notre-Dame pour célébrer la libération en marche... Le président Chirac s’autorise à communier lors des obsèques de son prédécesseur, un sérieux coup de canif fut apporté à cette règle protocolaire qui distingue entre la présence et la participation... Nicolas Sarkozy a porté la kipa... La laïcité semble s’égarer lors de la cérémonie du 11 janvier 2015 à la Grande Synagogue de la Victoire, après les criminelles attaques antisémites perpétrées dans le prolongement du massacre de Charlie Hebdo. Le président de la République, le Premier ministre, de nombreux membres du gouvernement sont présents...En 2015, un préfet en chaussettes assiste à une prière de l’iman en mémoire des victimes des attentats...C’est cette instabilité qui engage les auteurs à choisir la place de la République.

Crèche de Noël. « Une crèche dans un hôtel de ville ? Le sujet est anecdotique mais illustre bien un phénomène plus large : la métamorphose d’un culte en culture, liée à la sécularisation de nos sociétés...On peut autoriser une crèche en bas d’un sapin de Noël sur la voie publique, comme dans une vitrine de grand magasin, mais sa mise en valeur ostentatoire dans un hall de maison commune pour autorisée qu’elle soit par la jurisprudence, reste un geste discutable. Le siège d’un conseil municipal abrite les élus de la population. Ils peuvent avoir leurs affinités ou leurs traditions mais le maire est à la fois notabilité locale et agent du pouvoir central...Le marquage des temps liturgiques à l’intérieur des bâtiments publics constitue une entorse aux principes républicains issus de l’histoire française...

Financement des mosquées. «  ...Une mosquée est-elle achetable comme un club de football où l’on sait que celui qui dirige est celui qui paie ?... Avec l’impérialisme idéologique du wahhabisme, distributeur de milliards, la question devient cruciale. Cet argent véhicule des conceptions et des pratiques attentatoires à notre mode de vie...La Caisse des Dépôts pourrait être le lieu de passage obligé des fonds dont elle contrôlerait l’origine et l’utilisation selon un cahier des charges arrêté en concertation avec les représentants institués d’un islam de France. »

Foulard. « La loi du 15 mars 2004 qui interdit le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse concerne l’espace du primaire, du collège et du lycée...Il serait préférable de laisser l’Université libre de s’autogérer. Il ne faudrait pas cependant que certaines universités adoptent tel règlement intérieur et d’autres, tel autre, et que se mette en place une concurrence entre elles sur un critère religieux. Le mieux est donc de ne pas toucher au présent statu quo (absence d’interdiction).

Actuellement cependant une étudiante voilée de vingt ans a formulé un recours auprès du tribunal administratif contre son exclusion de l’Ecole nationale de commerce, l’ENC Bessières !

Zèle (excès de). Entre les laïques qui ont peur pour eux-mêmes et les laïques qui veulent faire peur aux autres s’est récemment enclenché un cercle vicieux...Il n’y a pas de laïcité viable dans un Etat qui se défait, un peuple qui se renonce, une République qui éteint les Lumières. Les temps qui courent changent l’ordre du jour. La défense de la société ne suffit plus. Pour sauvegarder notre droit de rire, de boire et d’écouter de la musique, ce qui est à défendre en premier lieu, c’est l’existence d’une puissance publique résolument en charge, par- delà les passions et les intérêts particuliers, du Bien commun.

Bonne lecture !

Annie Keszey.

 

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04 février 2016

L'évaluation scientifique pour l'évaluation authentique des élus.

Les élus de la Nation ne sont pas évalués scientifiquement, objectivement. Les choix pour élire nos représentants qui seront dotés de responsabilités majeures quant aux politiques publiques ne reposent que sur des éléments idéologiques (le parti politique d’appartenance), subjectifs (le charisme, les promesses, l’art oratoire...) ou sur des intérêts personnels (les réseaux de copinage)...Les candidats ne publient pas leurs évaluations professionnelles antérieures lors des périodes électorales.

Il n’y a aucune évaluation officielle prévue en cours de mandats, ni en fin de mandats. Les élus sont en général satisfaits. Les opposants aux élus manifestent régulièrement leurs points de vue, majoritairement analytiques, essentiellement négatifs, pour se promouvoir par l’alternance. Ce sont des combats de volatiles intéressés, en aucun cas des évaluations rigoureuses et authentiques dont le but n’est pas la sanction mais l’amélioration permanente de l’intérêt général et la protection de la motivation des responsables.

En commençant par la base politique, il n’existe aucune grille d’évaluation scientifique nationale du maire. Il ne peut s’agir d’une auto-évaluation mais d’un processus évaluatif intégrant les décideurs, les bénéficiaires, les agents, des experts, des tiers neutres...

Seules, quelques initiatives isolées existent déjà ou ont existé. La Fondation City Mayors, association philanthropique, groupe de réflexion international, basée à Londres et fondée en 2003, organise tous les deux ans « Le meilleur maire du monde ». Le dernier élu fut Naheed Nenshi, maire de Calgary, en 2014. Des citoyens de la ville avaient cité des faits remarquables de leur maire, pris en compte dans l’ensemble des critères de sélection. Alain Juppé, maire de Bordeaux, était le seul maire français à participer à cette compétition.

Le cabinet Mercer, sur trente-neuf critères (la sécurité, la connectivité internationale...) et trois classements différents, a décerné le prix de la ville la plus agréable du monde à Vienne, en 2015. Lyon occupait la 39ème place.

Les palmarès annuels de l’Express, après l’examen de nombreux critères par un comité d’experts, classent les villes vertes, les villes où il fait bon vivre, les villes pour entreprendre, celles pour trouver un emploi... Etc.

L’INSEE, la DATAR, l’Observatoire des territoires, le Conseil économique social et environnemental (CESE), les CESE régionaux (CESER), les Cours des comptes régionales, l’ANCOLS, la Convention des maires sont des organismes riches en informations nécessaires à la composition d’une grille d’évaluation pour un maire, travail certes complexe et long qui doit vaincre une opposition culturelle anachronique.

Les secteurs à évaluer sont nombreux : l’éducation et le soutien à la jeunesse- l’emploi- la sécurité- le budget et la fiscalité- l’urbanisme de construction, de réhabilitation et le logement social- la solidarité- la culture et les loisirs- la santé, la qualité de l’air et la salubrité- le développement durable et l’efficacité énergétique- les transports urbains- l’économie- la « connectivité », l’information- la place de la nature et des circuits courts- la créativité gestionnaire- les spécificités de la commune- le leadership, la vision globale, la notoriété du maire- Le climat du conseil municipal- le respect des valeurs de la République- la qualité démocratique...

Une partie de la synthèse soulignera les actions novatrices, cohérentes, pour percevoir la situation urbaine "DEMAIN".

Donc, il faut avancer : quel maire chaque électeur va-t-il évaluer scientifiquement pour faire progresser sans cesse sa commune préférée?

Edgar Morin, sociologue et philosophe, encore lui, et Michelangelo Pistoletto créateur de ce remarquable générateur d’énergie qu’est Cittadellarte, extraordinaire laboratoire du monde de demain, nous interpellent : « Impliquons- nous »- Actes Sud- 90 pages- 8.80 €.

Annie Keszey, citoyenne de...Puteaux.

 

 

 

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