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15 juillet 2015

LE PARRICIDE.

 

« Par essence un parti politique fonctionne sur le mode de la horde primitive, la horde primitive freudienne de Totem et tabou : c’est un sas qui accueille et qui rejette, une bande qui se définit par sa différence, voire son opposition à ce qui lui est étranger...

 

Le réveil de l’archaïque est toujours possible. Ce qui est très intéressant dans la représentation de la horde  primitive, c’est que le vœu de tuer, de manger et de dévorer  le père, ou un proche en politique, renvoie à une appropriation archaïque de sa puissance ...

 

La transmission dramatique est inhérente à nombre d’héritages politiques...

 

Le parricide en politique, l’assassinat d’un proche – et à plus forte raison lorsqu’il s’agit de son géniteur -, n’est pas un élément neutre comme les pincements et tirages de cheveux entre Placé et Duflot, le vote d’une motion de synthèse au PS ou un colloque UMP changeant d’intitulé à mesure que l’on approche de sa date. Non. Cela fait vibrer quelque chose de bien plus fort. Car le meurtre d’un père, d’une mère, d’un proche, symbolique ou réel, accompagne l’humanité à la façon d’un invariant anthropologique. 

 

Plus on avance dans la modernité politique, plus les parricides commis dans le cadre d’une rivalité pour une conquête du pouvoir vont migrer vers le symbolique, sans abandonner leur charge de scandale et de violence... » 

 

Les journalistes Joseph Macé-Scaron, Alexis Lacroix et le psychanalyste Philippe Grimbert, dans le numéro récent 948 de l’hebdomadaire Marianne, étudient les origines, les évolutions et des cas célèbres du parricide. 

 

Ces analyses de grande qualité du parricide en politique rencontreront certainement un vif intérêt auprès des électeurs et particulièrement des récents électeurs de Puteaux.

 

Annie Keszey

 

 

 

12 juin 2015

LA DEMOCRATIE EST-ELLE SOLUBLE DANS L'ISLAM?

 

Bernard Lewis, historien, spécialiste de l’islam, professeur à Princeton. 

 

La séparation de l’église et de l’Etat, si importante chez les chrétiens, n’existe tout simplement pas chez les musulmans. Eglise et Etat ne font qu’un. Dès le début du christianisme, on distingue très bien Dieu de César. Cette séparation n’existe pas dans l’islam, comme il n’existe pas d’institution autonome qui se concentrerait uniquement sur le religieux...La mosquée est un simple bâtiment et rien de plus. Aujourd’hui cela a plutôt tendance à pénaliser les musulmans car l’institution religieuse résiste au progrès et au changement...

 

Les musulmans attachent une grande importance à l’histoire mais uniquement s’il s’agit de l’histoire musulmane. A leurs yeux tout ce qui s’est produit avant l’avènement de l’islam ou parallèlement à lui n’est qu’un tissu de digressions produit par des païens : il n’a ni sens ni valeur historiques...

 

L’occidentalisation du monde arabe, (l’invasion de l’Egypte par les Français par exemple), a eu des effets pervers. Pas tant en raison des idées, mais plutôt des techniques et des technologies : avant l’irruption des Occidentaux, le pouvoir des gouvernements était limité. Il n’y avait pas de démocratie au sens occidental du terme, mais il existait des formes de gouvernement responsable dont l’autorité n’était pas illimitée : le mot magique que l’on invoquait sans cesse à l’époque était « consultation ». En Turquie par exemple le sultan ainsi que les autres détenteurs du pouvoir devaient composer avec divers groupes au sein de la société ottomane. L’autorité émanait  du sein de cette société, elle ne s’imposait pas à elle de manière verticale : il fallait s’entendre avec les grands propriétaires terriens, les scribes, les guildes des marchands du bazar...Le processus de modernisation, imposé par l’occident au monde arabe a favorisé l’émergence de ces régimes dictatoriaux que nous voyons aujourd’hui...

 

La modernisation a considérablement accru le pouvoir de contrôle, d’encadrement et de coercition, grâce à la technologie, notamment en matière de communication et d’armement...

 

Avant la modernisation les régimes du Moyen-Orient étaient autoritaires mais n’étaient pas des dictatures : l’autoritarisme était lui-même toléré, mais à condition d’être lui-même soumis à des règles très précises.

 

Dans l’Empire ottoman, chaque minorité religieuse, juive, chrétienne ou musulmane avait son propre système juridique. Ainsi, par exemple, les juifs et les chrétiens avaient le droit de boire de l’alcool mais pas les musulmans.

 

Aujourd’hui, la plupart des régimes du Moyen-Orient sont très impopulaires. S’ils sont pro-occidentaux, ils développent dans la population des  sentiments antioccidentaux, et inversement. Il suffit qu’une dictature choisisse un camp pour que le peuple choisisse l’autre...

 

Comme tous les peuples de la terre, nous autres, Occidentaux, sommes convaincus que nous avons raison contre les autres. Quand nous parlons de démocratie, nous entendons notre type de démocratie reposant sur des élections et une représentation du peuple...Nous faisons fausse route...Procéder à des élections de type occidental dans des pays arabes ou musulmans peut se révéler dangereux si cela aboutit à une confiscation du pouvoir par des extrémistes religieux. Des groupes comme les frères musulmans possèdent des atouts considérables : un réseau de communication implanté dans les mosquées et soutenu par des prêches, avec lequel aucun parti ne peut rivaliser. Ils s’adressent aux gens dans un langage qui leur est familier et qui parle à leurs valeurs et à leurs idées. Les libéraux, les démocrates et les modernisateurs s’expriment en arabe mais ils utilisent des expressions qui n’ont été traduites que récemment et qui ne sont pas toujours comprises. Et même quand elles le sont, elles ne touchent pas vraiment l’homme de la rue.

 

C’est pour cela que des élections à l’occidentale risquent surtout d’amener au pouvoir les Frères musulmans ou d’autres qui leur ressemblent. Il vaut mieux procéder de manière inverse et laisser les Arabes construire graduellement leur propre démocratie au niveau local, notamment par le biais de leur culture ancestrale de la consultation.

 

 

 

Avec le printemps arabe, le paysage politique du monde arabe va être changé d’une manière irréversible mais Bernard Lewis ne sait pas sur quoi vont déboucher les changements actuels.

Tout peut basculer d’un côté comme de l’autre.

 

Extraits des propos recueillis par  Gilles Anquetil et François Armanet, publiés dans Les essentiels du Nouvel Observateur, « Les grands penseurs d’aujourd’hui ». 

 

Annie Keszey.