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17 novembre 2012

DECRYPTAGE D'UN TEXTE FAUX SUR LES MUSULMANS.


Il s’agit d’un court extrait construit pour propager la crainte des musulmans, pris au hasard, dans un argumentaire populiste sur la Belgique. Il permet de clarifier un procédé d’écriture, trompeur, au service d’une idéologie périlleuse.

belgique,musulmans,état islamique,désinformation,felice dassetto,corinne torrekens,idéologie périlleuse« …Sur l'immigration, faut-il rappeler que Bruxelles sera à majorité musulmane en 2030. Que des quartiers entiers sont musulmans en Belgique, que des partis islamiques existent et que deux élus aux dernières élections municipales belges ont annoncé que la Belgique sera un état islamique dans les années qui viennent déclenchant de fait une réaction vivace des partis belges. Si l'immigration était anodine, pourquoi donc des quartiers entiers islamisés où déjà  la femme ne peut plus circuler librement? Faut-il rappeler qu'un Parti Musulman de France existe à Roubaix dont presque plus de la moitié des habitants sont musulmans!... »


Refus de "distorsions": proposition d’une écriture informative, à partir de sources reposées


Il n’existe en Belgique aucune étude démographique, au sens mathématique et scientifique, sur les appartenances  religieuses ou philosophiques de la population: ce qui explique les données statistiques mouvantes, floues et contradictoires du présent. Les projections sur 20 ans ne sont alors que des gageures.
La première phrase de l’extrait, affirmative ici, mais interrogative à son origine, amputée d’une partie, ce qui en dénature le sens, est celle d’une invitation à un colloque de la droite laïque radicale publiée, en particulier, dans le quotidien belge « Le Soir », en  2010. Une majorité musulmane à Bruxelles en 2030: comment nous préparer à vivre ensemble ? Felice Dassetto, sociologue qui étudie l’islam depuis 40 ans, expert  légitimé, était interrogé sur ce colloque, par le même quotidien, le 13/11/2010 : Une majorité musulmane à Bruxelles en 2030 : info ou intox ?
« Crier au loup est une erreur.  Cette façon de présenter les choses témoigne à la fois d’une méconnaissance des réalités du terrain et d’une crainte de principe. Cela relève un peu du fantasme, d’une attitude typique du 19e siècle qui consiste à faire front face aux dynamiques religieuses. (...) C’est une approche purement quantitative qui soulève un épouvantail démographique. Et de manière erronée, elle assimile toutes les personnes d’origine musulmane à des « religieux ». Parmi les citoyens d’origine musulmane, il y a beaucoup d’indifférents, d’agnostiques ou d’athées. Et, parmi les religieux, tous n’ont pas la même conception de l’islam et leurs conceptions évoluent dans le temps. L’islam est multiple, beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine. »
Felice Dassetto était interrogé dans «  le Soir » à l’occasion d’une conférence qu’il faisait à l’Académie royale des sciences intitulée simplement : Bruxelles, ville musulmane ? Il s’agissait pour lui de répondre à la question : comment penser la présence musulmane à Bruxelles, du point de vue du territoire ? « D’autres ont ce questionnement, mais essentiellement sur base démographique, en postulant –par erreur – que toute personne d’origine musulmane est nécessairement musulmane. Avec, en toile de fond, une vision de l’ombre de l’Islam menaçant qui plane sur Bruxelles. Mon approche est plus scientifique : c’est celle du sociologue et de l’anthropologue. (...) Beaucoup de recherches ont porté sur la ville, sur les relations interculturelles, mais on y aborde très peu l’Islam. Il fait partie du non-dit implicite. En revanche, l’Islam est devenu le cheval de bataille de polémistes et d’imprécateurs, voire de certains politiciens qui clament la peur de l’Islam (...)
Dans le livre qu’il a  publié en 2011, L’Iris et le Croissant, le sociologue dépeint une communauté arabo-musulmane multiple, en mutation. Au terme de 150 entretiens de terrain, il a dressé une typologie de la population islamisée de Bruxelles. Sept façons très différentes, voire antagoniques, de vivre son islamité. Une évolution plurielle qui démontre, selon lui, à quel point il serait abusif d’imaginer Bruxelles sous la coupe d’une « majorité musulmane » homogène, d’ici 20 ans. Il craint qu’à force d’agiter la prétendue menace islamique, on accroisse les antagonismes plutôt qu’œuvrer à la coexistence pacifique. «  Bien entendu, il faut rester attentif aux courants qui traversent l’islam. La société, les musulmans et non-musulmans, doivent être lucides au sujet de l’islam et de son devenir. Il faut connaître et être conscients des formes radicales et fondamentalistes : c’est une question à débattre, à gérer, mais pas par des peurs irrationnelles et inutiles. La stratégie qui consiste à crier au loup, à se scandaliser « entre nous », me semble politiquement erronée. »
Les autres propos de l’extrait idéologique ne résistent pas davantage aux analyses des experts. Non, il n’y a pas de quartiers entièrement musulmans à Bruxelles, mais 5 quartiers sur 17 à fortes concentrations. Corinne Torrekens,  politologue et chercheuse-doctorante au Groupe d’études sur l’Ethnicité, le Racisme, les Migrations et l’Exclusion (GERME) de l’Université Libre de Bruxelles justifie cette répartition géographique par de nombreux critères: lieux des emplois occupés par une population étrangère massivement appelée par l’Etat dans les années 1960, bas coût des logements en centre - ville, lieux d’entraide…Son étude complète est accessible sur le site www.flw.ugent.be

En Belgique, les étrangers, sous conditions précises, ont le droit de vote et le droit de se présenter aux élections.  Qu’il y ait X élus de confession musulmane est une conséquence prévisible. La chercheuse Fatima Zibouh précise que le débat ne sera pas de savoir combien de députés musulmans siègent au Parlement bruxellois mais bien "d’examiner comment ils vont s’inscrire dans le registre de la défense de l’intérêt des Bruxellois, tout en faisant de leur différence une plus-value au service des quartiers ou des citoyens les plus fortement touchés par les discriminations et la précarité". Quant au fait que ces élus menaceraient la Belgique d’y promouvoir un Etat islamique, ils ne seraient pas les seuls à prendre leurs rêves pour des réalités! Cet argument idéologique sert d’ailleurs l’épouvantail classique en France et en Europe agité par Pierre Cassin, Oskar Freysinger, Renaud Camus, Yvan Rioufol, Christopher Caldwell, Michèle Tribalat, Eric Zemmour, Alain Finkielkraut, Jean Sevillia du Figaro-Magazine !... 
Pour finir, provisoirement,  abordons la « perle de l’extrait idéologique » : Faut-il rappeler qu'un Parti Musulman de France existe à Roubaix dont presque plus de la moitié des habitants sont musulmans!... »  Damien Roustel a déjà, en 1997, réfuté cette ânerie, par une longue enquête publiée dans le Monde Diplomatique : Anatomie d’une DESINFORMATION, comment Roubaix est devenue « une ville à majorité musulmane ». Le Maire de Roubaix conteste le chiffrage et y décrit la situation de sa ville avec finesse et justesse. La mise au point de Damien Roustel qui dénonce les malhonnêtetés imbriquées, dont celles d’une certaine presse nationale, nécessaires à  ce mensonge  stratégique  est toujours consultable sur:

www.monde-diplomatique.fr/1997/06/ROUSTEL/8738

Une idéologie serait-elle obligatoirement incompatible avec LE VRAI ? Diable !

Image:unionlibre.net
www.atelier-idees.org            www.notreputeaux.com
Annie Keszey.


08 octobre 2012

PUTEAUX: LA VILLE DE TOUS LES DANGERS.

Dans une presse, certes mesurée, Puteaux fut autrefois « Chicago-sur-Seine » et, récemment, « Dallas, ton univers impitoyable », puis « Pyongyang ». Aujourd’hui, le Maire, Madame Ceccaldi-Raynaud, reçoit, de Gérard Brazon [Riposte- Laïque], une alerte épistolaire sur l’islamisation de la ville. Le Maire serait dans le collimateur des islamistes et les rues de  Puteaux ont déjà les stigmates de cette islamisation rampante
Dans le Monde du 2/10/2012, Plantu, caricaturiste talentueux, donne son point de vue sur les caricatures de Mahomet publiées par Charlie -Hebdo : « Un artiste est libre comme l’air et il a tous les droits. Cela dit, on est aussi citoyens du monde, et on peut se lever le matin sans avoir envie d’humilier une religion ou de « se faire » Mahomet. Il n’y a pas d’urgence à creuser la fracture qui existe entre des laïcards forcenés et des intégristes forcenés. L’écrivain Salman Rushdie, frappé par une fatwa qui l’oblige à vivre caché depuis une décennie, pense que demander à vivre dans un monde où rien ne nous offense est une absurdité. Victime d’une « culture de l’offensé », il s’est dit, en conscience : ne tombe pas dans le piège de la peur, ne tombe pas dans celui de la vengeance !
Latifa Ibn Ziaten, maman d’Imad, le soldat de l’armée française, tué par Mohamed Merrah et Aurélie Noubissi, mère de Kivin, étudiant, tué par les barbares d’Echirolles, prouvent, dans la douleur, la force digne de l’intégration. (Dignité et indignité, texte de Maurice Szafran, n° 807 de Marianne).
Riposte- Laïque défend la laïcité, c’est une cause juste et nécessaire, mais ses méthodes embrouillées et furieuses sont inadaptées au maintien résolu, mais profondément réfléchi, de l’unité républicaine, de la paix civile et de la liberté de conscience incluant la liberté religieuse. Sur le blog s’étale  un flux de mots agressifs, angoissants qui ne distingue pas des appellations diverses: les dangereux islamistes, les citoyens de confession  islamique, les Arabes, les musulmans, la communauté musulmane…L’instabilité lexicale de Riposte-Laïque participe à  des amalgames et à une dramatisation contraire à la clairvoyance.
Riposte-Laïque a pour premier devoir d’effacer  les stigmates de sa «  laïcardisation » forcenée rampante. La laïcité n’est pas un athéisme militant rudimentaire, mais une SYNTHESE SOCIETALE COMPLEXE.
Un mot de Marine Le Pen, symbolique parce qu’il renvoie automatiquement à l’époque nazie, est repris : Les musulmans, (sous le mandat de l’ancien maire) venaient de partout, des villes voisines mais aussi d’ailleurs ! Ils obéissaient à cette technique doccupation du terrain que nous connaissons bien à Riposte-Laïque pour obliger les maires à bouger et aller dans le sens de l’islamisation progressive… d’une ville, d’un département, d’une région et ainsi de suite…
Gérard Brazon réprouve le laxisme, envers la communauté musulmane, de l’ancien maire et s’interroge sur les intentions du maire actuel, fille du précédent maire : va-t-elle se coucher devant le diktat religieux ? Les conseillers municipaux sont des pions, grapillant  quelques miettes que le Roi ou la Reine du moment laissent tomber volontairement à leurs pieds…
Gérard Brazon est auto-convaincu de détenir LA vérité et le savait depuis longtemps. Si vous n’adhérez pas aux thèses affolées de Riposte-Laïque, vous êtes passéiste, ignorant ou inconscient. Son combat évacue le débat! Or, l’histoire de la construction de la valeur fondamentale « laïcité » se fonde sur une démarche d’égards mutuels.
Trois faits, imprécis pour les habitants de Puteaux qui n’ont malheureusement pas accès à une information officielle de première source, semblent à l’origine de cette  panique et de ces sombres présages (péril non confirmé, par exemple,  lors de la grande braderie populaire, vivante et colorée, du dimanche 30/09/2012, dans la ville basse, ou la frayeur ne semblait pas dominer).
Avec des fonds publics, le Maire participerait aux frais de la mosquée provisoire de la Défense, frais de chauffage en hiver, par exemple, en attendant la fin des travaux de la mosquée rue Saulnier.
Une manifestation de parents d’élèves s’est tenue devant la mairie de Puteaux le 29/09/2012.  Ils venaient demander à la municipalité de prêter une salle à l’association Solidarité Islamique pour les 200 enfants ( de Puteaux ou de villes voisines) qui suivaient des cours et qui n’avaient plus de salle depuis la rentrée. La mairie avait préempté en mai le local privé utilisé.  Ces cours, selon les diverses sources (certes objectives !) étaient des soutiens, des cours de langue arabe, une initiation à la culture arabo-islamique  ou  des cours de langue arabe à partir du Coran et de la vie du prophète…Le maire a proposé d’autres locaux.
Les mairies n’ont pas le droit de  participer financièrement aux cultes religieux mais  peuvent aider des associations culturelles et ont l’obligation de veiller à l’égalité entre toutes les religions et les non-religieux. La difficulté est qu’en 1905, l’islam n’existait pas en France et la loi ne cite pas cette religion restée sans statut, et donc avec un risque permanent d’être traitée à inégalité. Il en est de même pour l’orthodoxie et le bouddhisme. [La Grande mosquée de Paris, inaugurée plus tard, en 1926, commémore l’héroïsme et les sacrifices des 70 000 morts au champ d’honneur, de confession musulmane !] Les difficultés nationales rencontrées depuis un siècle viennent de cette origine et s’amplifient avec l’accroissement du nombre de concernés. De très nombreux rapports sur la question, dont celui de la commission Stasi, de 2003, n’ont été que peu appliqués : pourtant, ce rapport reste un exemple de travail  historique, social et politique équilibré.
Les relations actuelles entre l’Occident et la société islamique sont complexes à partir d’une première et profonde divergence culturelle : l’Occident est un monde dans lequel les faits de voir, d’être vu, de faire-voir et de se faire-voir sont centraux alors que dans les sociétés traditionalistes religieuses, les choses que l’on ne peut faire voir ni voir sont nombreuses. Violer la restriction, dans certains pays, peut entraîner la mort. (Thèse de Raffaele Simone).
La cathédrale… d’Alger !

cathédrale d'Alger.jpgPuteaux a quelques spécificités. Monsieur Ceccaldi-Raynaud a vécu sa jeunesse au Maroc et en Algérie française : il y a étudié, travaillé, milité pendant 25 ans, séjour qui n’a pas été préjudiciable à sa réussite. La loi de 1905, à partir d’un régime dérogatoire de l’Etat colonial français  ne s’est pas appliquée en Algérie où il n’y a pas eu séparation entre l’islam et l’Etat. Revenu en France, à Puteaux, Monsieur Ceccaldi-Raynaud semble avoir accueilli normalement les immigrés du Maghreb, juste « retour d’ascenseur ». Ahmed, se souvient avec émotion de sa rencontre avec ce maire, lors d’une « fête du     mouton », sur l’île.

Une mosquée d'Alger.

mosquée d'Alger.jpgCe maire a fait aussi construire une synagogue, Rue Roque de Fillol, aux frais du contribuable, sur fonds publics. Pour aseptiser sans doute le contournement législatif, la synagogue portait une plaque « Associations », disparue aujourd’hui. Madame Ceccaldi-Raynaud vient d’inaugurer le nouveau campanile,  légal,  près de la vieille église.  Le conseil municipal a donné son accord pour faciliter la construction d’un collège privé dans lequel les filles sont séparées des garçons!  Plus qu’ailleurs, le respect de l’égalité entre cultes est ainsi problématique.
Un temple protestant dans l’Algérois.

temple boufarik.jpgLa résistance aux atteintes à la loi de 1905 est affaire de tous. Puisque cette loi est incomplète du fait des évolutions d’un siècle, ce sont des intelligences consensuelles, de droite et de gauche et non pas des éclats de voix provocateurs qui sauront séparer les faits réversibles  pour les réglementer, des faits irréversibles, qui imposent à l’Etat de légiférer. Les prières de rue, en l’absence de mosquée, sont réversibles, l’excision, la lapidation, par exemple, sont irréversibles.
Une fatwa, le délit de blasphème sont incompatibles avec la liberté de conscience. La laïcité ne saurait admettre toute conception religieuse ou athée qui souhaiterait régenter le système social ou politique français.

Une synagogue d'Alger.

synagogue d'Alger.jpgJean Baubérot, titulaire de la seule chaire d’enseignement de la laïcité, recommande un comportement déterminé, de sang-froid : « La laïcité- roseau est plus solide qu’il n’y paraît, plus apte à affronter les tempêtes qu’une  pseudo laïcité- chêne qui séduira par son aspect massif, alors que cet aspect constitue précisément sa faiblesse ».   
Images :hubertzakine.blogspot.com/algérie.rmc.fr/alger-roi.fr/reforme.net
www.atelier-idees.org/ www.notreputeaux.com/
Annie Keszey