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03 octobre 2016

La direction de Pôle emploi et les chahuteuses: une alliance aléatoire.

Solenn Thomas et Laura Cherfi, en particulier, sont membres du site www.leschahuteuses.fr, association et mouvement sex-positif qui organise des événements autour du corps et des sexualités joyeuses.

Solenn Thomas intéressée par la méditation, le mind-mapping *, la philosophie, les mandalas**, le ciné-coaching intervient aussi sur les sites : http://www.colibris-le mouvement.org,   https://medium.com/@solennthomas  et  https://about.me. Après des études à l’Ecole supérieure de commerce de Clermont - Ferrand elle est devenue consultante puis chasseur  de têtes de cadres dirigeants et de hauts potentiels dans le Cabinet d’Alexander Hughes, sans doute. La découverte de la pauvreté...en Inde et l’enseignement de la méditation via Vipassana  ont transformé sa vie en la déterminant à s’engager pour aider toutes les personnes à « éclore » au sein d’un premier réseau social réel, humain, positif... [ Sur Internet, les avis sur Vipassana sont à consulter.] Fondatrice du site http://EKlore.fr, (le K interpelle la langue française !), elle organise le premier festival « EKlore talents et emploi » (FETE, mais, bien sûr, créativité oblige, sans accent sur le premier E), le 3/10/2016, à la Cité des Métiers, des Sciences et de l’Industrie de la Villette, de 9 h à minuit, à Paris.

La Direction générale de Pôle emploi est contributeur d’EKlore et lance le PoC, c’est-à-dire comme chacun sait,  le Proof of Concept***, afin de tester les modes d’accompagnement innovants sur le thème de l’emploi.

Les EKloreurs, organisateurs du Festival, ont certes des  compétences novatrices. Par exemple, il y a un instructeur en Tantra****, en méditation, psycho-praticien du souffle, sexothérapeute et instructeur de marche sur le feu - un ingénieur en formation, formé au MBTI***** et au dialogue intérieur - une créatrice de mandalas...Laura Cherfi, sexploratrice est coach certifié et accompagne les individus dans leur bien- être relationnel, corporel et sexuel...

On imagine un de nos amis chômeur, désespéré de l’être, parmi les jeunes en difficulté d’insertion, les handicapés, les  profils atypiques, les femmes, les chômeurs âgés de plus de 50 ans ou ceux en chômage de longue durée quand il va être invité doctement par son conseiller de Pôle emploi à participer à ce Festival qui attend 500... talents, dont le sien !

Trouvera-t-il enfin un emploi ? Non ! Le Festival n’est pas un forum - emploi.

Les talents rentreront au Festival par un sas de décompression et suivront les trois temps forts de la journée allégés par les rencontres festives de 18h et l’apéro dinatoire de 20h. Anne Hidalgo interviendra peut-être.

Aucun objectif concret, évaluable, n’est assigné à cette journée. Le programme est une suite de mots- valises, thèmes nullement balisés : reconversion, travail de demain, sens, développement personnel etc...Les buts sont inaccessibles en des temps courts : Trouver/identifier des solutions créatives pour bâtir, développer ou redéfinir son projet professionnel – Appréhender les évolutions du monde du travail...

Conclusion provisoire : un langage abscons, une initiative étrange de Pôle emploi avec des collaborateurs surprenants.

 Les deux initiateurs, le Directeur de Pôle emploi, Didier Point de Pôle emploi et EKloreur, ne manqueront pas à leur devoir de publication d’un indice de satisfaction terminal des talents présents ce 3/10.Cet indice pourra être comparé au coût éventuel de cette manifestation accepté par Pôle emploi et rendu public bien sûr.

Aujourd’hui, le triste doute l’emporte quant au génie créatif d’EKlore qui prétend faire le bonheur de chômeurs sans leur assurer un nouvel emploi.

Pôle emploi prend un risque en tentant de se dégager obscurément de sa mission.

Certes les talents sont trilingues mais il est peut-être préférable d’éclairer le baragouin d’EKlore. Mind-mapping *: schéma supposé refléter le fonctionnement de la pensée. Les mandalas** : (sanscrit) cercle...environnement .Proof of concept*** : preuve de concept, démonstration de faisabilité. Tantra ****: (sanscrit), la pratique de la sexualité sacrée. MBTI***** : Myers Briggs Type Indicator, outil pour déterminer le type psychologique d’un sujet.                                                                              Annie Keszey.

16 mai 2016

La langue des médias.

Destruction du langage et fabrication du consentement.

Ingrid Riocreux. L’Artilleur. 20 €. 333 pages.

L’auteur est un professeur agrégé de lettres modernes et docteur de l’Université Paris-Sorbonne. Son livre est un cours exceptionnel de français et de décryptage de la langue des journalistes. Son parcours analytique et critique concerne la conjugaison, la grammaire, le vocabulaire et la rhétorique. Ingrid Riocreux étudie les nombreuses fautes des journalistes qui méconnaissent la langue, c’est-à-dire leur principal outil de travail. D’autres fautes sont encore plus graves parce qu’elles ne sont pas objectivement repérables. Elles sont le spectre du faux derrière les petits défauts.

Extraits.

...De même que le journaliste reproduit sans fin les formules de ses confrères, reprend sans réflexion leurs mots, adopte par mimétisme grégaire leur parlure, de même il ne cesse de reproduire des tournures de phrases et de répéter des termes qui impliquent un jugement éthique sur les événements. Prenant pour des données objectives et évidentes des opinions qui sont en fait identifiables comme des points de vue propres à des courants de pensée, il contribue à répandre une doxa faite de préjugés, de stéréotypes et de présupposés qui sont au fondement des croyances de notre société...Car si le langage du journaliste fonctionne comme la vitre déformante à travers laquelle on nous montre le présent, il est aussi une fenêtre trompeuse ouverte sur le passé et sur l’avenir. Analyser le discours du journaliste, c’est donc, d’une certaine manière, mettre au jour l’inconscient de notre société dans tout ce qu’il comporte d’irrationnel ...

...Le journaliste est la figure que l’on se représente quand on écoute France Info tous les jours. Ce personnage peut bien changer de voix, il a toujours le même ton, le même accent, il commet toujours les mêmes fautes de français, il emploie toujours les mêmes mots, il construit son discours sur les mêmes sous-entendus : il n’a pas de visage, pas de vêtements, pas ou peu de personnalité. Il est théoriquement le journaliste parfait, qui s’efface au maximum derrière le message qu’il doit délivrer. A l’instar de son discours, il est lui aussi une vitre...

... « Sans-papiers » est un terme forgé par les militants de la gauche radicale altermondialiste pour en finir avec la force péjorative du mot « clandestins ». Enfin, le terme de « migrants » a ceci de commode qu’il réduit des foules de personnes à leur seul déplacement. L’image ainsi suscitée est celle  d’une masse à la progression inexorable et sans fin;  ils ne viennent de nulle part, ils passent. Sans attache et sans objectif, sans culture et  sans idéal, le « migrant » n’est pas un humain, c’est un zombie. Face aux migrants on se résigne : on ne peut pas les empêcher de venir mais ils repartiront. Le mot « migrant » est particulièrement intéressant parce que, contrairement à d’autres termes, il ne convient à personne : les uns l’accusent d’enrober mensongèrement la réalité et contestent son emploi au profit d’ « envahisseurs » quand les autres lui trouvent des « connotations » négatives et lui préfèreraient celui de « réfugiés ». En effet, en tant que zombie, il va sans dire que le migrant n’inspire pas de pitié. Devant la réticence des Français à accueillir les « migrants », ceux-ci furent donc rapidement rebaptisés « réfugiés ».Cela ne changeait rien au phénomène mais cela transformait sa perception...

...Migrants, islamo-fascisme, climato scepticisme, europhobie etc : personne ne s’interroge sur le bien-fondé de toutes ces notions ni même sur ce qu’elles désignent précisément. Ce qui compte ce n’est pas la définition du mot, c’est le consensus qu’il entretient. On ne sait pas ce que ces termes signifient mais, comme on dit « on se comprend, pas vrai ? ». Par politesse, on peut répondre « bien sûr ». Mais on peut aussi refuser cette connivence imposée...

...Le but est de proposer une grille d’analyse afin de former les réflexes d’écoute...On constatera rapidement que les phénomènes répertoriés sont d’une extrême fréquence et que les exemples sont donc uniquement choisis pour leur valeur représentative car ils définissent par excellence la pratique du Journaliste...

...C’est aussi le rôle du Journaliste : c’est un gardien de l’ordre. Ce que réalise la police dans la sphère de l’action publique, le Journaliste l’accomplit dans le domaine du discours public et, espère-t-il, de la pensée qui sous-tend ce discours. Encore une fois, ce n’est pas la pensée non-conforme qu’il condamne ; il la condamne en tant qu’elle nuit à l’ordre social...

L’auteur part des fautes de syntaxe (« La décision qu’a pris le ministre », « C’est une chose sur lesquelles une mise au point est nécessaire », « Nous en s’rons (saurons) plus cet après-midi », « Les blindés bloquent la route qui conduisent à Donietsk » ...Les exemples sont très divers et très nombreux, classés par catégories.  Puis, l’auteur arrive à la manipulation des esprits qui concerne aussi les sites de réinformation également manipulateurs. Elle décrypte le « politiquement correct » qui est le consensus du mensonge, ou plutôt le consensus des demi-vérités. Tout le monde sait que c’est faux ou à peine vrai, mais c’est ce qu’il convient de dire, notamment en public. L’auteur regrette la dégradation de l’enseignement de la langue française et la disparition de l’enseignement des techniques du discours : la rhétorique inventée par la démocratie grecque et qui a atteint son apogée sous la République romaine.

Le livre est un test pour chaque lecteur engagé à mesurer son degré d’imprégnation, de soumission inconsciente à la propagande officielle journalistique. Ingrid Riocreux analyse en profondeur des actualités particulièrement connues : discours de Nicolas Sarkozy, de François Hollande (Moi président de la République, je ...anaphore développée dans sa forme et son contenu en page 297 qui, déjà, devait comporter une virgule après moi), photo d’un enfant « migrant », Aylan, mort noyé sur une plage, informations de David Pujadas, publications d’Éric Zemmour, paroles du FN...

En fin de lecture, il est possible de s’attribuer une note personnelle d’aptitude à résister à tous ces discours «  orientants » et  de s’engager à guérir de toute naïveté ennemie de la rationalité civique.

La dernière page, fondée sur l’analyse, est rude mais juste.

...On a coutume de dire que l’ascenseur social est en panne. Cela signifie que la démocratie est morte, qu’elle a dégénéré en oligarchie. Ceux qui ont le pouvoir le gardent ; ceux qui ne l’ont pas n’ont aucun espoir de l’acquérir. Sous prétexte de tendre la main aux seconds, les premiers leur vendent des entraves séduisantes : à travers les médias serviles, une information « de qualité », à travers une école délétère, une éducation d’ « excellence ». On sait ce qu’il en est. La classe dominante considère qu’il est plus facile de garder sous contrôle une société d’idiots plutôt que de gouverner un peuple intelligent. Mauvais calcul. Car les masses illettrées et incultes ne restent pourtant pas amorphes. Quand on les a privées de la culture et de l’intelligence, quand on les a privées de mots et de la maitrise du langage, il ne leur reste rien comme moyen d’expression - pire comme mode de pensée - que la violence. L’erreur de nos oligarques réside dans le fait de croire qu’une société d’abrutis est un troupeau bêlant, docile et calme, alors que c’est une meute d’individus féroces, en guerre perpétuelle, les uns contre les autres. Elle commence par abattre tous ces petits maîtres, au nombre desquels les « fabricateurs de consentement » qui ont fait dégénérer le rêve démocratique en pensée totalitaire. L’illettrisme  entraîne la violence, et l’insécurité appelle la tyrannie. Le système qui par son œuvre (éducatrice et médiatique) se targuant d’engendrer des personnes libres et responsables, pétries des idéaux les plus nobles, s’écroulera donc sous les coups de ce qu’il a lui-même produit, en réalité : un gibier de dictature.

Annie Keszey.