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15 novembre 2019

AUTISME: RAPPORT DE JOSEF SCHOVANEC.

Novembre 2019.
EXTRAITS du rapport de 76 pages, présenté à la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, sur le devenir professionnel des personnes autistes. Josef Schovanec, écrivain et philosophe, autiste.
Ce rapport a « inspiré » le quatrième plan autisme 2018/2022 de l’Etat. C’est un rapport exceptionnellement approfondi de propositions d’actions, urgentes, dans de nombreux domaines, afin d’aboutir, concrètement, à l‘insertion personnelle, sociale, sociétale et professionnelle des autistes. Les extraits choisis [lecture : 10mn], qui ne peuvent remplacer évidemment la lecture complète du rapport [lecture : 1 h], marquent la PERTINENCE des PREUVES jointes au projet d’avenir établi pour S..., par S... et sa famille. Ce projet s’oppose à celui défini par l’IME autisme Les Papillons Blancs de Saint-Cloud, que S... fréquente depuis quinze années, sans avoir acquis l’autonomie ordinaire, nécessaire à son insertion.
...De fait, le devenir social des personnes autistes dépend, bien plus que d'un prétendu degré d'autisme qui serait biologiquement ou ontologiquement assigné à chacun, de la qualité du cadre de vie et, surtout peut-être, de petits événements d'apparence mineure dont l'impact dans la durée s'avère décisif...
...Le corollaire de cela pour toute politique d'emploi des personnes autistes tient en la difficulté de cette dernière, du moins durant les premières décennies, attendu qu'elle devra solder le legs d'un douloureux passé. La tentation peut être grande de contourner l'obstacle en ne proposant des solutions qu'aux seules générations nouvelles, une solution de facilité que l'on peut comprendre sans pour autant pouvoir l'approuver...
...Les métiers intuitivement perçus comme « faciles » ou dont on croyait qu'ils n'exigeaient aucune compétence particulière s'avèrent être, de fait, parmi les plus difficiles pour les personnes autistes, en particulier lorsqu'ils impliquent des contacts sociaux exigeants, un cadre éprouvant sur le plan sensoriel ainsi que la gestion de l'imprévu...
...Sixième dans la liste proposée des entraves à l'emploi des personnes autistes pourrait figurer la conception, le mythe diraient d'aucuns, dit de « l'autiste lourd »...
...Troisièmement, le concept « d'autiste lourd » cristallise des oppositions n'ayant pas lieu d'être entre parents, nombre d'échanges tournant à une compétition victimaire dont le seul déroulement montre la vanité...Premièrement, nous l'avons vu, évoquer les « autistes lourds » est la manière la plus commode de relâcher ou d'éviter les efforts d'inclusion, à l'école comme dans l'emploi...
...Deuxièmement, expliquer le devenir de la personne par sa nature profonde permet de maintenir en place n'importe quelles pratiques ou techniques anciennes, y compris les plus arbitraires et les moins efficaces, tout en disqualifiant les nouvelles façons de faire, voire les témoignages troublants lesquels, dans une terminologie kuhnienne, devraient en temps normal suffire à faire voler en éclats les paradigmes erronés... ...Troisièmement, la question des troubles du comportement, ou plutôt des mesures à adopter pour y remédier, est écartée, de par la croyance qu'il y aurait un lien entre le prétendu degré d'autisme et les troubles du comportement...Quatrièmement, et à un tout autre niveau, il faut reconnaître que les choix terminologiques des nouveaux acteurs du domaine de l'autisme, par ailleurs parfaitement respectables et porteurs d'une approche nouvelle, n'ont pas été heureux : soucieux, à l'instar de toute entreprise digne de ce nom, de recruter des personnes porteuses d'un certain nombre de compétences, ces acteurs affirment le plus souvent rechercher des « Asperger », postulant ainsi l'existence d'un lien hypothétique entre cette catégorie ancienne et telle ou telle compétence ponctuelle, alors même qu'aucune étude ne le montre et que les contre-exemples ne font pas défaut.. Premièrement, il convient de souligner que, contrairement à une idée répandue, le milieu protégé, loin d'être la voie naturelle d'accès à l'emploi des personnes autistes, n'accueille, en fin de compte, qu’assez peu de personnes concernées, et ce en dépit de la multiplication récente de projets dans cette direction...Les chiffres exacts font, comme trop souvent, défaut ; toutefois, et à titre d'exemple, les personnes autistes en Bretagne au 31 décembre 2010 accompagnées dans des établissements sociaux ou médico-sociaux ne représentaient que 12.3% des personnes accueillies en ESAT2. Sur le plan national, la note de cadrage des recommandations adultes de la HAS avance le chiffre de 17% ...Des personnes autistes de tout profil peuvent, et les exemples y compris français abondent, s'épanouir aussi bien dans un cadre non-protégé que protégé... Il ne s'agit naturellement pas de remettre en question des apports de la médecine et de la recherche spécialisée, et encore moins de juger de la validité des conclusions avancées par tel ou tel ; bien plutôt, il convient de veiller à ce que la présence d'une expertise par trop homogène socialement ne manque de faire porter le débat sur des sujets majeurs de la vie, desquels souvent seules les personnes directement concernées peuvent faire la liste exhaustive... Il est inadmissible qu'un phénomène de société aussi massif que le devenir adulte des personnes autistes demeure à peu près totalement inconnu des tables statistiques françaises... Enfin, dans un tout autre registre, il serait particulièrement souhaitable de mener des études d'échec, afin de comprendre les causes des échecs lorsque ceux-ci se produisent...
Issue du monde de l'informatique, la possibilité de créer des guides plus ciblés que le guide général de l'emploi des personnes autistes, en particulier lorsqu'ils sont intégrés dans une campagne de sensibilisation plus générale menée par exemple par l'Agefiph – plus ciblé signifiant autant une spécialisation par branche économique (restauration, mode, etc) que par champ d'action (emploi accompagné, etc)...
D'autre part, avec l'implication des pouvoirs publics, il serait plus aisé par effet de symétrie de veiller à ce que ces campagnes de sensibilisation généralistes n'oublient pas, comme c'est jusqu'à présent le cas, l'autisme... L'ouverture du site officiel de l'autisme (autisme.gouv.fr) a sans doute représenté, en dépit des critiques parfois formulées, un progrès majeur accompli durant l'année 2016... Aujourd'hui, pour ne donner qu'un exemple, un ouvrage devenu incontournable dans le monde anglophone, illustration de l'apport professionnel et personnel des personnes autistes et dont le titre seul est quasiment devenu un « household name » (nom très connu au point de tendre vers le statut de nom commun), à savoir Neurotribes, n'a toujours pas été traduit en français et risque de ne pas l'être à moyenne échéance du fait d'obstacles juridiques et financiers... Créer des synergies entre les acteurs en particulier pour surmonter les querelles de personnes lesquelles, totalement étrangères au sujet, pourtant l'entravent, ainsi que pour atteindre des secteurs autrement hors du champ d'action ordinaire des associations tel que le secteur économique...
Rapprocher milieu protégé et milieu ordinaire. L'entrée en milieu ordinaire à l'issue d'une période en milieu protégé doit devenir autant la norme statistique qu'un droit personnel... L'aptitude des divers organismes impliqués, de l'ESAT jusqu'à la MDPH, à pouvoir faire cheminer vers le milieu ordinaire des personnes porteuses d'autisme doit d'une manière ou d'une autre être évaluée et le cas échéant valorisée...Enfin, certaines clauses historiquement caractéristiques du milieu protégé, risquant toujours davantage de devenir les mailles d'un corset, peuvent faire l'objet d'une remise en question. Ainsi, la répartition hermétique des postes entre personnes valides et handicapées, à celles-là revenant la direction, à celles-ci l'exécution, ne paraît ni éthiquement juste, ni économiquement optimale...Autre pan du rapprochement entre milieu ordinaire et protégé, les entreprises adaptées ne peuvent qu'être appelées à jouer un rôle bien plus important qu'aujourd'hui. Au demeurant, il est malaisé de comprendre pourquoi leur place demeure aussi restreinte alors même que leur statut paraît représenter un compromis fonctionnel pour de nombreuses personnes, du moins dans le cas de l'autisme... En matière d'emploi des personnes autistes, le service qui aurait dû être aux premières loges, à savoir le service public généraliste de l'emploi, brille par son absence, à savoir en particulier Pôle Emploi... Le terme de « bonnes pratiques » ne doit pas être conçu comme un discours aimable qui ferait l’unanimité autant par la candide banalité de ses propos que par son absence de répercussions concrètes. Les bonnes pratiques, pour avoir un sens, doivent déranger la situation établie, d’autant plus que celle-ci s’avère inacceptable...Si le panorama institutionnel existant rend difficile d'identifier à première vue un haut conseil ou un comité plus spécifiquement en mesure de formuler ces bonnes pratiques, et que de ce fait ce choix incombe à l'échelon politique, il paraît souhaitable que ledit comité ou conseil compte une représentation forte des entreprises et des milieux économiques, plus que du secteur du handicap au sens étroit. En particulier, il ne faudra pas oublier d'inclure les acteurs ayant mené une réflexion conséquente en la matière, à l'instar de la Fondation Malakoff-Médéric...Partenaires potentiels jusqu'ici totalement négligés, les syndicats pourraient s'impliquer autant dans la conception que dans le suivi de la mise en œuvre des recommandations... En matière d'autisme, la thématique du non-accès ne semble pas encore avoir été véritablement posée. Pourtant, le non-accès peut atteindre des dimensions caricaturales, la personne autiste ne signalant pas ses besoins de la manière socialement attendue, et ce y compris dans des situations particulièrement graves, où parfois sa survie immédiate est en jeu... La prise en compte de l'autisme du point de vue de la médecine du travail, en particulier lors des phases d'embauche, pourrait s'articuler autour de trois niveaux ainsi, il conviendrait de lever toute ambiguïté sur le fait que l'autisme, à travers toute sa palette des possibles, ne saurait être en soi tenu pour un facteur déterminant d'inaptitude professionnelle ; que l'autisme ne justifie aucunement le recours au principe dit de précaution, lequel en l'espèce revient généralement à l'énoncé de menaces hypothétiques que la personne autiste pourrait représenter pour les personnes ou les biens, et dont le socle tient communément moins à la connaissance du fonctionnement autistique qu'à son ignorance...Ainsi, l'accroissement de la prise en compte de la pénibilité au travail pourrait être étendue à la question du handicap ou, pour ce qui relève des présentes, de l'autisme...A titre propédeutique, il convient de souligner que, pour l'employeur, l'emploi des personnes autistes est avant tout une exploration des possibles...Plus que la réglementation et les procédures, ce sont l'expérience, la volonté et l'ouverture d'esprit des personnes qui poseront le fondement des succès à venir, sachant que les plus belles histoires sont, pour ainsi dire par définition, celles qui n'étaient pas prévues, ni même envisagées...Traditionnellement, l'appréhension du handicap dans l'emploi passe par la mise en accessibilité de l'espace de travail. Fâcheusement, cette accessibilité, fût-elle affublée de l'épithète « universelle », ne concerne que dans des cas exceptionnels des handicaps invisibles ou l'autisme...Ces négligences coupables ont pour effet majeur général de susciter chez les personnes autistes une réaction de panique à la seule évocation du terme « stage »...D'autre part, l'idée.... de laisser le stagiaire trouver lui-même son lieu de stage, digne sans doute d 'éloge dans le cas des adolescents sans autisme, n'est pas viable de manière réaliste concernant les jeunes porteurs d'autisme à ce moment-là de leur vie...Concernant le tuteur ou référent interne à l'entreprise, il pourrait être envisagé de durcir la restriction du nombre de stagiaires par personne lorsque parmi ceux-ci figurent des personnes autistes, sachant que la personne autiste peut aspirer à n'avoir qu'un référent unique dans l'entreprise, vers lequel elle se tourne pour tous les sujets, et qui donc doit être disponible... La plupart des échecs se scellent durant les premiers jours, tant à l'école que dans l'emploi. Pour autant, en matière d'emploi, les réflexions quant à la période d'essai sont peu nombreuses, alors même que tous les obstacles potentiels y sont présents : méconnaissance mutuelle, difficultés d'adaptation à l'environnement nouveau, faible marge de manœuvre pour adapter la tâche de travail demandée, ainsi que, peut-être surtout, réémergence de souvenirs traumatiques anciens liés à cette même période d'essai...Dans le domaine de l'autisme, une clef de succès souvent rapportée dans les témoignages est la présence d'une, plus rarement deux, personnes de référence, laquelle peut être la seule interface de l'employé porteur d'autisme avec le reste du monde professionnel...Le travail, et l'étymologie du terme suffit à le rappeler à notre mémoire, demeure une activité exigeante. Aussi, le monde professionnel a conçu un grand nombre d’éléments pour motiver les travailleurs... Toute la difficulté est que ces éléments peuvent être parfaitement vains dans le cas d'une personne autiste, au grand dam du supérieur hiérarchique...A l'heure du prodigieux développement des outils logiciels dans le secteur de l'autisme en général, une branche manque à peu près totalement à l'appel : les logiciels visant les adultes autistes en général ou leur vie professionnelle en particulier...Pour le dire en un mot, la finalité de la mutation du monde associatif serait que chaque association se voulant « généraliste » dans l'autisme sente qu'il est anormal de ne rien proposer sur le sujet de l'emploi en dehors d'une brève déclaration d'intention, ou de ne pas s'y intéresser du tout, situation effective d'une forte majorité des associations à ce jour... Dans la tâche de la réforme de la gouvernance de la vie associative, la constitution d'un comité dédié aux sujets professionnels ou de l'âge adulte paraît incontournable... Il convient de prendre conscience du fait que toute proposition souhaitée de manière réaliste par la personne est à encourager et donnera d'ailleurs de bien meilleurs résultats sur tous les plans qu'une piste de métier imposée, fût-elle médicalement en apparence mieux adaptée à la personne...Il serait profondément erroné de rechercher une forme de « hiérarchie » entre les métiers, laquelle serait mise en parallèle avec une « hiérarchie » des autismes ou, pire encore, des personnes autistes...
Observez :...Les métiers liés à l'armée et/ou aux forces de l'ordre. Traduction-rédaction. Animaux-végétaux-nature. Art et artisanat : bois, cire, chocolat, tissus. Métiers liés à la mécanique : voitures, bateaux, avions, serrures... Métiers des bibliothèques. Métiers de l'informatique. Métiers de la restauration-hôtellerie. Métiers liés au secteur de l'autisme. Métiers dits « traditionnels ». Création d'entreprise et réservoir de compétences. Télétravail. Partir...........
Annie KESZEY.

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20 janvier 2019

Une participation au Grand débat.

19/01/2019. Annie Keszey, 27/29 rue Roque de Fillol, 92800 Puteaux. keszey.annie@neuf.fr. Participation au Grand débat.

Ce Grand débat, avec ses cahiers de doléances, nous renvoie en 1789. Les fractures françaises sociales, sociétales et géographiques sont l’œuvre négative de la droite et de la gauche : F. Hollande, N. Sarkozy, J. Chirac, F. Mitterrand. Les membres actuels des oppositions gagneraient à remplacer leur acidité critique par de l’humilité : réagir au lieu d’agir est de tout repos !

Europe : Promouvoir l’économie réelle contre l’économie virtuelle. Prévoir des votes à la majorité, les votes à l’unanimité sont paralysants. Passer de l’Europe financière et économique à l’Europe sociale et écologique. Imposer (et c’est en cours) les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), Netflix, Air BNB, Telsa...et puis les entreprises du CAC 40 qui ont augmenté leurs bénéfices tandis que leurs impôts diminuaient.

France.

Les Forces de l’ordre, les Pompiers, les Secours médicaux, les Marins et les Militaires, sont, en 2019, remarquables. Qu’ils soient assurés de notre reconnaissance.

Quatre urgences :

- réaliser enfin l’égalité des chances à l’école, base de toute égalité future.

- Respecter strictement la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. Afin d’y parvenir, remplacer J. L. Bianco, actuellement à la tête de l’Observatoire de la laïcité.

- * Cesser de « brader », à des puissances financières étrangères, des terres agricoles, des industries, des aéroports, des bâtiments prestigieux et le savoir- faire français. Combattre l’espionnage industriel. Lutter contre les  politiques-fossoyeurs.

- Créer une structure de participation citoyenne continue entre le début et la fin des mandats présidentiels.

Diminuer d’I/3 les députés et sénateurs, diviser par 2 leurs fonds spéciaux d’activité (de nombreux élus ont acquis des biens privés avec ces sommes). Réduire les inégalités croissantes entre les riches et les pauvres (La société des 1 %/99 % de Joseph E. Stiglitz : il explique les moyens de ce rééquilibrage dans « La grande Fracture »). Thomas Piketty, dans « Le capitalisme au 21ème siècle », conseille les Etats pour inverser l’évolution et atteindre davantage d’égalité sociale. Rééquilibrer, réévaluer et justifier les écarts des salaires extravagants des Hauts fonctionnaires (L. Nunez (DGSI) : 9 500 € nets/mois- Ch. Jouanno : 14 660 € bruts/mois)…Supprimer les 26 Autorités Administratives Indépendantes, très coûteuses et inefficaces, supprimer les 378 comités placés auprès des ministres dont les dépenses, sur fonds publics, ne sont pas justifiées avec rigueur. (*Numéro 1140 de Marianne, page 31). Leur remplacement éventuel ne saurait intervenir sans des propositions saines, de nécessité absolue, venant de spécialistes dont l’ex-député PS R. Dosière.

Définir un maximum d’écart entre les bas et hauts salaires : 10 fois/20… ? Augmenter le SMIC de 25%. L’Assemblée nationale devrait mieux représenter l’ensemble des citoyens de la Nation en respectant leurs pourcentages nationaux. Combien y a-t-il de représentants d’ouvriers, d’employés et de techniciens, aujourd’hui? Il faut aussi que le gouvernement mette un terme à l’usage coûteux de nombreux palais que diverses instances dirigeantes occupent, pour des résidences moins monarchiques et moins coûteuses. Les retraites dorées des anciens présidents de la République sont des provocations : elles sont trop élevées.

Appliquer les superbes textes officiels qui se concrétisent dans de nombreux domaines de façon désastreuse :

-L’égalité des chances dans l’Education nationale. Former sérieusement les professeurs et les contrôler sans assujettissement à leurs syndicats à des fins électoralistes.  Apprendre par des leçons régulières l’orthographe et la grammaire, évacuer le cours magistral (S. Dehaene), les cours dictés d’autant plus que l’orthographe n’est pas corrigée par le professeur, les évaluations subjectives, avec des notes sur 20 sans barème explicite, sans conseil pour mieux faire, la correction de la langue étant parfois ignorée par la correction professorale, organiser le travail en équipe  des professeurs dans l’emploi du temps annuel de chaque établissement pour planifier les contrôles des élèves afin de ne pas en planifier 2 ou 3 le même jour, stopper les contrôles-surprises, inutiles, et choisir les meilleurs cours entre tous.  Former les professeurs aux diverses manières, pacifiques, d’avoir de l’autorité. Supprimer toutes les exclusions des élèves pour des inclusions consacrées à l’instruction et à l’éducation...Observer ces hauts lieux pédagogiques que devraient être  les années de licence en Sciences de l’Education pour adapter ces enseignements aux étudiants présents, malmenés.

L’école veillera à éduquer au respect d’autrui, à l’usage permanent du registre courant de langue, sans insulte, injure, outrage ou diffamation afin que les jeunes générations échappent à la délinquance d’adultes d’aujourd’hui, au repérage des infox pendant des cours d’apprentissage de la critique démocratique.

-L’insertion, l’autonomie et l’indépendance voulues pour les autistes ne sont pas concrétisées. Les Instituts médicalisés sont insuffisants et inadaptés à ces buts. Les familles, engagées, ne sont pas assez écoutées, des pratiques sont à supprimer à très court terme : il est inacceptable que la direction d’une MDPH accepte une demande familiale de changement d’IME mais en donnant des adresses d’établissements complets. Il est inacceptable d’assimiler une critique démocratique familiale à un manque de confiance et de proposer à cette famille de garder son adolescent autiste à la maison, il est inacceptable d’assimiler la pose d’un « gilet » (de contention) à un acte de tendresse maternelle, il est inacceptable d’avoir un emploi du temps hebdomadaire qui ne repose sur aucune donnée scientifique et qui ne peut conduire à l’autonomie nécessaire à l’exercice d’un emploi, même aidé...Des neurologues et autres scientifiques devraient remplacer les encadrements  de psychiatres et psychologues.

-L’Etat est coupable de maltraitance dans les instituts spécialisés et les hôtels chargés d’accueillir les enfants retirés à leurs familles pour incompétences et violences. Il faut les accompagner vers un métier rémunérateur au lieu d’abandonner certains SDF et mendiants.

-La démocratie participative, naissante en France dans les budgets participatifs par exemple, doit progresser, mais il ne sera pas possible de recommencer périodiquement le Grand débat, épuisant. Une assemblée populaire, constituée par tirage au sort, permanente, parallèle  à l’Assemblée nationale et au Sénat, renouvelable périodiquement, pourrait avoir un rôle consultatif constant, à la condition toutefois d’être en relation permanente avec le peuple, peuple qui n’a pas toujours des projets réalisables! D’autres solutions sont possibles.

-Le fonctionnement d’un gouvernement ne peut se soustraire aux règles de la psychologie élémentaire. Il est évident maintenant que la diminution de l’ISF précédant de peu la diminution des retraites a « révolté » le peuple. Certes l’Etat dispose de la violence légitime dit-on, mais n’est-il pas illégitime, de la part de L’Etat, de modifier unilatéralement des contrats, en négligeant les parties ? De plus, il était simpliste d’évoquer la nécessité, pour les retraités, de soutenir les générations futures alors que la grande majorité des retraités a veillé à insérer positivement ses enfants dans la société.

-Pôle-Emploi devrait entreprendre la rédaction d’un ouvrage listant les nouveaux emplois mis sur le marché lors des 10 prochaines années, afin que les conseillers d’orientation scolaire ne continuent pas à orienter vers des impasses professionnelles.

-L’Etat peut-être hors-la-loi, en toute sérénité. C’est une violence inadmissible contre des « démunis ». Dans le 92, par exemple, la loi DALO n’est pas respectée. Les prioritaires ne sont pas relogés dans les 6 mois après leur acceptation, ils doivent refaire un procès contre le préfet au tribunal administratif. Ils gagnent le procès et doivent être relogés dans les 4 mois. Ils ne le sont pas. Ils demandent alors une indemnité. Après, ils continuent d’attendre !!! Les responsables étatiques restent impunis. Qui aura les compétences pour résoudre le problème ?

-Il faut régler la question des urgences hospitalières, envahies, sans les moyens nécessaires, résoudre la pénurie de certains médicaments, en les produisant en France et en Europe, en revoyant l’éthique des producteurs et les prix actuels. Les moyens humains des Hôpitaux, des Ehpads, des centres d’accueil pour migrants et sans domiciles fixes doivent être repensés.

-Les lobbies ne peuvent fréquenter les centres du Pouvoir.

-L’immigration ne doit plus être traitée à partir d’idéologies, mais au cœur de sa complexité et inscrite dans l’ensemble des problèmes français, hiérarchisés  selon les urgences. Chaque nouvel  immigré accepté devrait être doté d’un logement, d’une obligation d’apprendre la langue dans un lieu défini et pourvu d’un travail correspondant à ses compétences. Ses problèmes de santé seraient bien sûr pris en charge sans longue attente.

- L’écologie occupe les discours. Les mesures urgentes, connues, ne sont pas prises. Il faut craindre « Monsanto »,  interdire le glyphosate, les plastiques, l’obsolescence programmée et poursuivre.

Les journalistes conditionnés à « l’émotionnel » pourraient être formés au « rationnel ». Les auteurs, conscients, d’infox, gagneraient à être dispensés de publications pendant un temps à définir : pour réfléchi et se former.

Les chartes de toute nature, par exemple celle des journalistes et de LaREM, très belle (respect d’autrui, bienveillance…) sont souvent bafouées par certains qui les signent. L’intérêt de ces déviances est d’être une évaluation de la sincérité du peuple ! L’on sait ainsi de qui il faut douter !

-Quant à la question essentielle de la justice sociale, tout me semble dit dans « Le dictionnaire des inégalités et de la justice sociale » sous la direction de Patrick Savidan, puf,  pensé par 170 éminents  spécialistes de France et du monde, 1711 pages. Il faut réhabiliter l’Etat social. 

L’incomplétude de cette participation est sans gravité puisque s’y ajouteront, certainement, quelques 45 millions de témoignages! (60 000 cahiers en 1789 !) L’on attend, avec intérêt, la synthèse transparente des discussions.

Annie Keszey.

 

 

 

29 octobre 2018

APPRENDRE!

Comment les ministres Luc Chatel, Vincent Paillon, Benoît Hamon, Najat Vallaud- Belkacem, par exemple, ont-ils pu occulter les découvertes des neurosciences?

L’actuel ministre de l’Education nationale, Monsieur Jean-Michel Blanquer, a appelé Stanislas Dehaene, psychologue cognitiviste et neuroscientifique, pour présider le Conseil scientifique de l’Education nationale et c’est une décision opportune: de même, imposer certains dédoublements de classes, des évaluations objectives et envisager la scolarité obligatoire à 3 ans, sont des mesures de progrès.

Au moment où l’Education nationale réfléchit à des propositions nouvelles contre la violence à l’école, il est utile, en particulier, de consulter  Stanislas Dehaene, le déchiffreur du cerveau, qui propose des réformes du système éducatif dans son ouvrage de 380 pages « Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines » aux Editions Odile Jacob.

Stanislas Dehaene nous livre enfin un descriptif  savant, précis, complet, justifié du métier de professeur : apprendre et   apprendre à apprendre. L’idée d’un métier spécifique fut longtemps réfutée par de nombreux intellectuels. Bien sûr, les enseignants possèdent, implicitement, un modèle mental de ce qui se passe dans la tête de l’apprenant « quelles sont ses intuitions, correctes ou erronées, quelles sont les étapes par lesquelles il doit passer pour progresser et quels facteurs l’aident à développer ses connaissances... » Mais les connaissances du « savoir invisible », des principes fondamentaux de la plasticité cérébrale et de l’apprentissage, du fonctionnement du cerveau en liaison avec les activités externes et internes multiples pendant le jour et la nuit,  n’ont jamais encore été évoquées, avec autant de rigueur, lors des formations des enseignants, par exemple.

De nombreuses pratiques professorales expérimentales, malgré la méconnaissance totale du fonctionnement du cerveau, s’approchent pourtant, semble-t-il, des conseils essentiels de Stanislas Dehaene.

L’auteur développe aussi les mécanismes scientifiques de l’intelligence artificielle et définit ce qui lui manque par rapport à l’intelligence humaine... Les logiciels de l’intelligence artificielle  ne parviennent pas encore à imiter « la faculté d’apprendre »...

Les neurosciences, dont la connaissance du cerveau et de son fonctionnement, les démarches complexes, successives pour apprendre à apprendre, doivent occuper une place majeure dans la formation  initiale et la formation continue des enseignants.

Les réformes du système éducatif que Stanislas Dehaene propose, dans cet ouvrage, sont d’actualité.

Quelques extraits discontinus.

  • « Le cours magistral, où l’élève reste passif tandis que l’enseignant pérore pendant cinquante minutes a fait son temps. Lorsqu’on compare ce cours magistral traditionnel aux pédagogies qui promeuvent l’enseignement actif, l’effet est manifeste : dans toutes les disciplines, des maths à la psychologie en passant par la biologie ou l’informatique, un étudiant actif réussit mieux... Toutes les solutions sont bonnes à condition de forcer les élèves à renoncer au confort de la passivité...»
  • «Et c’est l’occasion ... de clarifier un point très important : l’idée que l’enfant doit être attentif, actif, engagé, acteur de son propre apprentissage- idée fondamentalement juste- ne doit pas être confondue avec le constructivisme ou les pédagogies de la découverte : une vision généreuse, séduisante, mais dont l’inefficacité a été cent fois démontrée. La distinction est fondamentale mais rarement comprise, en partie du fait que l’on connait également ces dernières sous le nom de « pédagogies actives » ce qui est source de nombreuses confusions... »
  • « Lorsqu’un enfant  est découragé, qu’il soit brillant ou en difficulté, il faut avant tout lui redonner le goût d’apprendre en lui proposant des stimulations adaptées à sa curiosité...   Il est donc possible  de décourager la curiosité en sanctionnant chaque tentative d’exploration par une punition. Imaginez un enfant qui, chaque fois qu’il essaie d’intervenir est tancé, moqué ou puni...  La solution ? Elle est bien connue de la plupart des  Il s’agit de récompenser la curiosité au lieu de la punir... »
  • L’un des travers de la note « est d’être totalement dépourvue de précision. Simple cumul de nos fautes, elle résume, sans les distinguer, différentes sources d’erreurs. Elle n’est donc pas suffisamment informative, car elle ne permet pas, à elle seule, de savoir pourquoi on s’est  trompé ni comment se ..La note sèche, lorsqu’ elle n’est pas accompagnée d’appréciations détaillées et constructives, constitue donc un bien piètre retour sur erreur ...
  • « Les professeurs doivent désormais savoir qu’il faut espacer les apprentissages...C’est donc toute l’organisation des manuels qu’il faut revoir. La plupart d’entre eux sont organisés en chapitres qui font le point sur un  sujet spécifique (ce qui est bien) et qui sont suivis d’exercices qui ne portent que sur cette leçon (ce qui est moins bien). Cette organisation a deux conséquences néfastes : les révisions ne sont pas suffisamment espacées, et le travail est prémâché car l’élève n’apprend pas de lui-même quelles connaissances ou quelles stratégies permettent de répondre à un problème donné. L’expérience montre qu’il vaut mieux mélanger les exercices, sans se cantonner à ce qui vient d’être étudié, de façon à remettre régulièrement en jeu la totalité de ses connaissances... »
  • « Les examens à court terme, qui ne portent que sur les acquis des semaines précédentes, ne suffisent pas à garantir un souvenir à long terme. Mieux vaut un examen cumulatif, qui porte sur l’ensemble du programme depuis le début de l’année... »
  • « La chronobiologie a démontré qu’avec la puberté le cycle du sommeil se décale : les adolescents ne ressentent pas le besoin de se coucher tôt, mais, comme chacun a pu le constater, ils éprouvent les plus grandes difficultés à se lever. Ce n’est pas  de la mauvaise volonté mais la simple conséquence d’une réorganisation des réseaux neuronaux et hormonaux qui contrôlent le cycle veille/sommeil. Malheureusement, personne ne semble en avoir informé les directeurs d’école qui continuent d’exiger que  les élèves fassent acte de présence en tout début de matinée... »
  • « Les organismes de recherche devraient inciter les chercheurs à mener de grands programmes de recherche fondamentale dans tous les domaines des sciences de l’apprentissage, depuis les neurosciences et l’imagerie cérébrale jusqu’à la  neuropsychologie des enfants « dys », la psychologie cognitive et la sociologie de l’éducation... »

                                                                                                                             

Des extraits de ce livre sur les principes fondamentaux de l’apprentissage suivront ultérieurement.

notreputeaux.com         rupture-et-metamorphose.org                atelier-idees.org

Annie Keszey.                 

 

25 octobre 2018

Jean - Michel Blanquer, Gabriel Attal.

25/10/2018.

Annie Keszey, LaREM- Génération-Puteaux,  44 ans d’Education nationale, à Monsieur Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse et à Monsieur Gabriel Attal, secrétaire d’Etat.

Objet : Rappel de quelques mesures contre la violence dans les établissements scolaires publics.

Monsieur le Ministre, Monsieur le Secrétaire d’Etat,

Existe-t-il un rapport de synthèse sur les nombreuses mesures concrètes existantes propres à éradiquer la violence dans les établissements scolaires publics ? Il m’est difficile de partager les témoignages de professeurs sur #pasdevague parce qu’ils ne correspondent que très peu à mon expérience professionnelle. 

Ma carrière de professeure puis de principale ne m’a qu’exceptionnellement exposée à des faits de violence interne. Une expérience difficile, inattendue,  a  cependant marqué mon entrée dans la carrière de principale et m’a convaincue de la nécessité d’une formation permanente. Nommée pour la première fois principale de collège à la cité scolaire Joliot -Curie de Nanterre, je remplaçais, en janvier, la précédente principale entrée en dépression nerveuse. Un imposant graffiti mural, dans les toilettes « indécentes » des élèves portait son nom suivi de « Pute » ! Ma première décision fut de demander la réfection des toilettes, avec de belles couleurs.

 Le premier jour de la rentrée de janvier, j’étais retenue prisonnière devant la machine à café, pendant la récréation, par l’ensemble des professeurs mécontents du passé récent, une chaise était lancée volontairement du 3ème étage, dans la cour, pendant la récréation, deux élèves « se  piquaient » dans les toilettes et, enfin, le gymnase était, volontairement aussi, inondé : un cours était suspendu. Un bon début, donc, de prise de fonction qui oblige à la réflexion et à un travail très intense, en heures de présence et en décisions appliquées. Un mois plus tard, le collège était devenu un paisible lieu de travail jusqu’à la fin de l’année scolaire, fin aussi de mon remplacement en ce lieu.

Quelles mesures ont permis cette transformation ? Elles ne relèvent en aucun cas d’un talent particulier !

Quelques exemples :

Avec le principal adjoint nous sommes allés aux domiciles de deux élèves, qui avaient été exclus par conseils de discipline en fin de premier trimestre, afin de les réintégrer. Ils ont terminé leur « punition » au Centre de Documentation du collège avec des devoirs, toujours corrigés, par la principale : moi-même. Deux de ces devoirs préparaient deux contrôles que ces élèves ont fait en classe ultérieurement après les avoir travaillés « en profondeur » : ils ont obtenu des « bonnes notes », à leur surprise, et ce fut « un changement » important. Ils pouvaient réussir ! Exclure est incompatible avec « l’égalité des chances » encore non atteinte!

Nous avons prévenu les professeurs qu’il n’y aurait plus d’ici la fin de l’année scolaire d’ exclusions du collège, antérieurement trop fréquentes, mais uniquement des inclusions, en heures supplémentaires, le mercredi après-midi  et le samedi, toujours consacrées à l’acquisition de connaissances nouvelles, sous la surveillance et l’engagement pédagogique de la principale. Tous les principaux peuvent le faire. Il a fallu discuter longuement avec les professeurs qui craignaient d’être démunis mais ce ne fut pas le cas. Ces retenues d’élèves, en dehors du temps scolaire, se sont montrées très dissuasives et quelques rares élèves sont venus deux fois! Ils ont cessé, à partir de cette contrainte possible, de perturber.

Le lendemain de la rentrée, nous avons organisé une réunion des délégués des élèves qui n’avaient encore jamais pu s’entretenir avec la hiérarchie du collège. Nous avons écouté et noté leurs doléances afin d’y remédier. Nous les avons informés qu’ils pouvaient nous rencontrer librement, dans nos bureaux respectifs, à chaque fois qu’ils le souhaitaient. Nous avons maintenu ces réunions, une fois par mois.

La partie du bâtiment unique occupée par le lycée était en très bon état, la partie occupée par le collège n’avait pas été entretenue. Les murs étaient désespérément grisâtres. Avec des élèves volontaires de 4ème et de 3ème, en accord avec les familles, nous avons organisé des ateliers de reprise des peintures des murs de couloirs, les mercredis après-midi. Je peignai les parties hautes et les élèves les parties basses pour des raisons de sécurité. Le couloir refait n’a jamais reçu aucun graffiti.  Ces graffitis ont d’ailleurs disparu de l’ensemble des murs sans doute parce que chaque matin, avant la rentrée, on vérifiait leur présence éventuelle pour les effacer et l’on veillait aussi à ce qu’il y ait toujours une belle plante d’accueil à l’entrée des élèves...

A tout moment de la scolarité, la principale devait être « autoritaire » et « juste ». Être juste avec un élève demande une diplomatie particulière, compliquée, quand il s’agit de ne pas donner raison à un professeur, malgré l’évidence.

Avec les professeurs volontaires, pendant quatre mois, nous avons rédigé un nouveau projet d’établissement, accepté par les autorités.

Dans les collèges suivants, d’autres mesures ont contourné la violence. Dans un collège des Yvelines, par exemple, les professeurs  de français et de mathématiques essentiellement, ont accepté de travailler en équipes hebdomadaires, limitatrices du « turnover professoral », ils ont été payés une demi-heure pour une heure de présence sur « l’excédent » de la dotation horaire globale. Cette pratique n’étant pas définie dans les textes officiels j’avais averti le ministre de l’Education nationale par un courrier auquel il n’a pas répondu. Dans l’emploi du temps, plusieurs classes d’un même niveau avaient leurs horaires disciplinaires alignés. Chaque contrôle, préparé en équipe, était le même sur l’ensemble d’un niveau, en français et en mathématiques. Corrigé en équipe, il était toujours suivi d’une heure d’explication des erreurs. Pendant cette heure, les effectifs des classes alignées pouvaient être modifiés afin de faire travailler en groupe réduit les élèves ayant le moins bien réussi. Cette structure et sa stratégie répondent partiellement aux observations que Stanislas Dehaene fait sur l’imperfection des notes dans son remarquable livre « Apprendre! Les talents du cerveau, le défi des machines ». Tous les professeurs du collège avaient suivi une formation collective sur l’évaluation objective de l’élève. Tous les contrôles, y compris de rédaction, annonçaient aux élèves le barème de correction du professeur. Tous les contrôles étaient annoncés à l’avance et il n’y avait pas de contrôles « surprises ».  En 2018, de nombreux professeurs utilisent encore des notations arbitraires, vécues comme injustes par leurs élèves, ce qui ne favorise pas un climat paisible. Antoine, en classe de 3ème dans un collège public, vient de recevoir une rédaction corrigée. La note est de 11/20, sans aucune autre remarque. Quatre incorrections orthographiques ont été soulignées, mais il y en a quinze ! Et puis, comment progresse un élève avec 6/20 ?

D’autres étrangetés professionnelles ne peuvent que renforcer la demande d’une formation exigeante, multidisciplinaire y compris, absolument, les neurosciences et la dynamique des groupes, au métier de professeur.

Un professeur doit avoir de l’autorité et ne saurait en appeler régulièrement à un tiers pour réguler ses classes. Les pratiques de régulation sont nombreuses, l’une est particulièrement efficace mais le professeur doit accepter une certaine mobilité de son emploi du temps et un engagement spécifique : tous ne l’acceptent pas. La rigidité du système est bloquante. Il s’agit, en début de cours, d’observer le début d’un décrochage de l’attention et de la discipline collective qui ne concerne souvent qu’un ou quelques élèves .Le professeur arrête son cours et prévient ces élèves que s’ils continuent à perturber, il sera malheureusement obligé de les séparer de la classe   mais, bien sûr, il leur fera cours à un autre moment puisqu’il souhaite leur réussite: tel jour à telle heure. Le plus souvent, la proposition du professeur dissuade les perturbateurs. S’ils continuent, ils sont exclus du cours avec la solidarité du chef d’établissement qui les accueille et encadre leur travail. Ils assistent ensuite au cours décidé à leur intention. Or, les élèves n’aiment pas se retrouver ainsi, exclus de leur groupe et en dehors de leur emploi du temps. Ils ne reviennent  deux fois que très rarement.

Il ne s’agit là que de quelques exemples des pratiques multiples, nées des expériences du corps enseignant, qui participent  à la guérison d’une école qui serait frappée, nous dit-on, d’une violence illégitime.

Annie Keszey

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17 octobre 2018

Le Verbe contre la barbarie.

17/10/2018.

« Le Verbe contre la barbarie. Apprendre à nos enfants à vivre ensemble ». Alain Bentolila. Edition Odile Jacob. 2008. 200 pages. 

Alain Bentolila est un éminent linguiste, spécialiste de l’apprentissage de la langue et engagé dans le combat contre l’illettrisme.

Jean- Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, concrétise enfin les analyses approfondies d’Alain Bentolila, par exemple. Le dédoublement de classes en zones d’éducation prioritaire, les nouvelles évaluations en cours d’année scolaire, la scolarité obligatoire à partir de 3 ans sont des mesures appropriées pour lutter, en particulier, contre « les ghettos  de l’insécurité linguistique ». L’insuffisante efficacité de l’Education nationale, incapable de valider son slogan « l’égalité des chances », ne saurait perdurer.

Extraits discontinus. Ces extraits ne peuvent remplacer la lecture de ce livre majeur.

« Tous les systèmes linguistiques du monde obéissent au principe selon lequel rien ne relie la forme phonique (orthographique) au sens des mots sinon une convention collective non négociable. L’arbitraire du signe linguistique constitue la condition nécessaire à l’indépendance de la forme d’un mot par rapport à son sens…

A la maîtrise du langage (celle qui est développée dans le livre), bien des enfants n’accèderont pas. Ce sont des enfants qui ont un développement cérébral normal, qui ne souffrent d’aucun trouble psychologique sévère et qui pour autant sont dans une situation d’insécurité linguistique dès que s’impose à eux la distance et une moindre prévisibilité. Ce sont des enfants qui, à 4 ou 5 ans, ne savent « parler qu’à vue ». L’absence de ce dont ils parlent, l’absence de celui à qui ils parlent, rendent leur parole hésitante et les obligent à garder un silence prudent. Effrayés par la distance, démunis par l’inconnu, ces enfants auront les plus grandes difficultés à aborder la lecture...Le fossé qui sépare leur langage oral de proximité de l’écrit à conquérir est immense et pour beaucoup infranchissable…

Le degré de maîtrise de la langue auquel parvient un individu est directement fonction de la qualité de la médiation dont il a bénéficié dans ses premières années…

La lucidité d’un enfant apprenant à lire dépend de la clarté dans laquelle a baigné son apprentissage du langage oral…

Le délabrement de la médiation familiale que ne peuvent ou ne savent compenser les institutions éducatives a pour conséquence que bien des enfants dès leur plus jeune âge se trouvent en situation d’insécurité linguistique…

Combien sont-ils ceux qui ont la chance de trouver sur le chemin de la découverte des enjeux de la langue les médiateurs bienveillants et exigeants qui sauront reconnaître l’intelligence sous les tentatives maladroites, analyser les approximations pour les transformer en conquêtes nouvelles ? Combien sont-ils ceux qui, livrés trop tôt à eux- mêmes, puis à la machine scolaire, verront leurs essais  langagiers se perdre dans le silence et l’indifférence ?...

Être parent, c’est être conscient que la maîtrise de la langue conditionne le destin scolaire et le destin social de ses enfants…

Ce n’est pas le fait de déchiffrer qui est responsable d’une lecture dépourvue d’accès au sens, mais c’est le déficit du vocabulaire oral qui empêche l’enfant d’y accéder. La responsabilité de l’école maternelle est ainsi essentielle ; dès la petite section, elle doit, avec patience et obstination, s’attacher à nourrir le stock lexical des enfants, à travailler sur le sens des mots en contexte et hors contexte. C’est là que se gagne la bataille future de la lecture…

L’école doit mettre tout en œuvre pour distribuer de la façon la plus équitable le pouvoir linguistique : celui qui permet de se défendre contre la tromperie, les mensonges et la propagande…

Echec scolaire, échec professionnel, échec civique, voilà ce que promet l’absence de véritable pouvoir linguistique…

Depuis plus de trente ans, nous avons accepté - et parfois aveuglément encouragé- le regroupement dans des lieux enclavés de populations qui avaient en commun d’être pauvres et pour la plupart de venir d’un ailleurs estompé et confus...Ces cités socialement abandonnées sont devenues des ghettos dans lesquels  les liens sociaux sont en fait très relâchés et la solidarité quasi inexistante. Il faut bien reconnaître  que ce système d’intégration dont, nous Français, sommes si fiers, a engendré des lieux honteux de repliement et de relégation. Dans ces lieux confinés, bien de jeunes adultes de langue maternelle française vivent en situation d’impuissance linguistique. Pour la plupart d’entre eux, le langage qu’ils utilisent a été forgé dans un milieu restreint, souvent indifférent, parfois hostile. De ce fait, ils ne se sont pas dotés (comment et pourquoi l’auraient-ils fait ?) de moyens propres à véhiculer  le sens au-delà du trivial ou de l’invective…

Tous les langages ne sont pas égaux : certains livrent les clés du monde et d’autres ferment les portes du ghetto…

C’est donc bien  la marginalisation culturelle et sociale qui engendre l’insécurité linguistique ; mais la réduction des outils lexicaux, grammaticaux et discursifs qui en résulte rend cet enfermement de plus en plus sévère, et de plus en plus faibles la volonté et les chances d’évasion…

L’impuissance linguistique conduit à la violence...Lorsqu’on ne peut pas s’inscrire pacifiquement  sur l’intelligence des autres (par le Verbe ; la langue juste et précise), la seule façon d’exister, c’est de laisser physiquement des traces sur le corps de l’autre…

Nous devons donner à nos enfants les moyens linguistiques de résister intellectuellement  à la tentation de la passivité, au piège de la manipulation politique et aux sirènes des discours sectaires…

Être capable de vigilance et de résistance contre toutes les utilisations perverses du langage, être prêt à imposer ses propres discours et ses propres textes en accord avec sa juste pensée voilà ce qu’on doit à  un enfant si l’on veut qu’il contribue à donner à ce monde un sens honorable…

C’est bien parce que la langue donne à ceux qui l’utilisent un pouvoir exorbitant qu’elle impose une exigence éthique sans faille à celui qui parle ou écrit comme à celui qui écoute ou lit…

Faiblesse d’âme et illettrisme sont les meilleurs alliés des intégristes religieux, des gourous sectaires et des leaders politiques extrémistes… »

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Annie Keszey.

 

25 juin 2017

La Démocratie française coupable de maltraitance envers la jeunesse étudiante.

18/06/2017. Annie Keszey, principale de collège public retraitée, à Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le ministre de l’Education nationale, Madame la ministre de l’Enseignement supérieur, Monsieur le recteur de l’académie de Versailles : LRAR.

L’orientation  post- bac par un logiciel inadapté  et obscur est une pratique tortionnaire née prioritairement des dernières incompétences funestes, en particulier, de Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l’Education nationale et de François Hollande.

Le tirage au sort,  par exemple, nie la réussite scolaire exprimée par des notes, bafoue toute qualité et quantité du travail scolaire individuel des élèves et transfère sur les lycéens, par un usage inconséquent du hasard, la responsabilité de l’échec du slogan mensonger de l’Education nationale : « assurer l’égalité des chances ».

Najat Vallaud- Belkacem, Benoît Hamon, Vincent Peillon et leurs prédécesseurs ont été incapables d’imposer des mesures pour éradiquer l’échec scolaire, échec social, et de prévoir l’afflux  considérable de jeunes élèves vers des études supérieures. Ils se déchargent de leur incompétence en imposant aux jeunes victimes du tirage au sort une épreuve  personnelle violente, illégitime. Comment accepter, quand on a reçu les félicitations du conseil de classe,  une affectation sur son  dernier vœu inscrit sur  le logiciel d’orientation ? Comment accepter, quand on a reçu les félicitations du conseil de classe, de ne recevoir aucune affectation ?

Comment, juste avant d’affronter avec inquiétude les épreuves  du baccalauréat, constater, sur APB, que l’on est, pour tous ses vœux, sur liste d’attente ? Le logiciel appelle le lycéen à « renoncer » à un vœu ou à ses vœux lui demandant ainsi de se substituer aux responsables qui n’ont pas su prévoir l’inflation des demandes, ni créer un ordre rigoureux.

Cette injustice cruelle semble faire des heureux. Un élève jugé « en difficulté » peut  se voir affecté vers des études inespérées. Ce bonheur risque d’être une trahison de ces mêmes responsables, «  en haut lieu »,  qui n’ont pas su traiter davantage  l’incroyable échec des étudiants en première année d’études supérieures.

Monsieur Emmanuel Macron, Monsieur Edouard Philippe, Madame Frédérique Vidal, Monsieur Jean-Michel Blanquer, Monsieur Daniel Filâtre, redonnez à la jeunesse sa confiance perdue. Restaurez maintenant le mérite personnel et travaillez pour l’égalité des chances dans notre Etat de droit.

Classer, par exemple, les étudiants, à partir de leur moyenne générale annuelle, de l’avis des professeurs, d’autres moyennes dans des disciplines variées en liaison avec les buts choisis, de leur adresse par rapport aux établissements d’accueil, de leur motivation,  serait une procédure juste qui ne casserait pas l’amour du travail scolaire et la légitimité d’un choix de carrière future.

Vous ne pouvez poursuivre cette mascarade. Restaurez la démocratie scolaire !

Evaluez l’action des politiques chargés de ces missions majeures pour l’avenir. En cas de bilan  proche de zéro, imposez- leur, par la loi,  une formation rigoureuse.

Respectez la jeunesse, par vos actes.

Annie Keszey.  http://www.notreputeaux.com

http://www.atelier-idees.org                                 http://www.rupture-et-metamorphose.org

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13 juin 2017

La Démocratie française coupable de maltraitance envers la jeunesse.

L’orientation  post- bac par un logiciel inadapté  est une pratique tortionnaire née prioritairement de l’incompétence funeste de Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l’Education nationale et de François Hollande.

Le tirage au sort,  par exemple, nie la réussite scolaire exprimée par des notes, bafoue toute qualité et quantité du travail scolaire individuel des élèves et transfère sur les lycéens, par un usage inconséquent du hasard, la responsabilité de l’échec du slogan mensonger de l’Education nationale : « assurer l’égalité des chances ».

Najat Vallaud- Belkacem, Benoît Hamon, Vincent Peillon et leurs prédécesseurs ont été incapables d’imposer des mesures pour éradiquer l’échec scolaire, échec social, et de prévoir l’afflux  considérable de jeunes élèves vers des études supérieures. Ils se déchargent de leur incompétence en imposant aux jeunes victimes du tirage au sort une épreuve  personnelle violente. Comment accepter, quand on a reçu les félicitations du conseil de classe,  une affectation sur son  dernier vœu inscrit sur  le logiciel d’orientation ? Comment accepter, quand on a reçu les félicitations du conseil de classe, de ne recevoir aucune affectation ?

Cette injustice cruelle semble faire des heureux. Un élève jugé « en difficulté » peut  se voir affecté vers des études inespérées. Ce bonheur risque d’être une trahison de ces mêmes responsables, «  en haut lieu »,  qui n’ont pas su traiter davantage  l’incroyable échec des étudiants en première année d’études supérieures.

Monsieur Emmanuel Macron, Madame Frédérique Vidal, Monsieur Jean-Michel Blanquer, redonnez à la jeunesse sa confiance perdue. Restaurez maintenant le mérite personnel et travaillez pour l’égalité des chances dans notre Etat de droit.

Evaluez l’action des politiques chargés de ces missions majeures pour l’avenir. En cas de bilan  proche de zéro, imposez- leur, par la loi,  une formation avant leur  éventuelle réélection.

Annie Keszey.

 

08 avril 2017

L'obscurantisme dictatorial du logiciel "APB". (Admission post-bac.)

Benoît Hamon ministre éphémère de l’Education nationale, il est actuellement un candidat socialiste à l’élection présidentielle. Najat Vallaud- Belkacem, actuelle ministre de l’Education nationale, soutient la campagne de Benoît Hamon. Tous deux socialistes, ils devraient accorder leurs actes à leurs discours, quand ils militent en particulier pour la transparence ! Or, le logiciel d’orientation après le bac, dont ils sont co-responsables, méprise les parents d’élèves et les élèves tant il est d’une « opacité extrême* ».

En juillet 2016 pourtant, Thomas Piketty*, directeur d’études à l’EHESS, un des conseillers actuels de Benoît  Hamon, dans une chronique pour le journal Le Monde, s’élevait contre le logiciel APB qui organise l’orientation et l’affectation dans l’enseignement supérieur de quelque 700 000 bacheliers chaque année en France. Il souhaitait  que le débat sur le logiciel et la sélection à l’université soit inscrit dans la campagne électorale ! Thomas Piketty a-t-il  été entendu ? Pas encore !

Extraits de la chronique.

« Disons-le clairement : l’attitude du Ministère de l’Education nationale sur ce dossier est proprement scandaleuse. Il maintient une opacité extrême sur les critères utilisés dans le logiciel et ne distille les informations qu’au compte-gouttes, tout en promettant régulièrement une plus grande transparence, jamais réellement appliquée. C’est d’autant plus regrettable que le système APB pourrait permettre de sortir par le haut de cette très ancienne querelle française sur la question de la sélection à l’université.

Rappelons les faits : sur l’accès à l’enseignement supérieur, la France se caractérise par la cohabitation d’un modèle hyper-sélectif (les classes préparatoires aux grandes écoles richement dotées) et d’un secteur universitaire supposé parfaitement égalitaire (chaque bachelier est censé y avoir accès, sans sélection, mais les moyens sont faibles). APB conduit à exposer au grand jour les contradictions du système : les lycéens classent leurs choix dans le logiciel (prépas, universités, IUT etc..), les filières sélectives classent les lycéens, mais les universités ne classent rien du tout. Sauf qu’en pratique il existe de multiples exceptions et rafistolages dans le système, jamais assumés publiquement par le ministère. Lorsqu’il existe un trop plein de candidatures, on pratique allègrement le tirage au sort, alors qu’on pourrait prendre en compte des critères objectifs, comme les notes, la distance à l’établissement, ou bien un objectif clair de mixité sociale, ou encore un mélange assumé de tout cela. On laisse les étudiants s’entasser dans des premières années surchargées, comme en médecine, avant de pratiquer une sélection drastique à la fin de la première année, où le premier critère de réussite est souvent la capacité des parents à payer des cours privés en lieu et place des amphis saturés. En 2013, les députés avaient voté un dispositif visant à réserver des places en filières sélectives aux meilleurs élèves des lycées défavorisés. Mais cette mesure n’a jamais été évaluée, et la façon dont elle a été paramétrée dans APB est totalement obscure.

Cette opacité ne peut plus durer... »

« Thomas Piketty propose alors des modifications d’APB pour promouvoir un modèle européen d’égalité et de justice dans l’éducation défini dans les pages 258 et 259 de son livre « Aux urnes citoyens ! », éditions «  Les liens qui libèrent », publié en octobre 2016. »

Le logiciel APB ne peut être modifié positivement que si l’Education nationale devient efficace en luttant contre l’échec scolaire pour atteindre, dans les résultats, l’égalité des chances.

L’orientation en classes supérieures d’élèves en difficultés scolaires est insensée.

Les programmes pour l’Education des candidats à l’élection présidentielle ne sont pas  à la hauteur de la situation. Ils ne prennent pas suffisamment en compte la nécessaire formation  disciplinaire et interdisciplinaire des professeurs à un  métier complexe, mal théorisé, mal explicité, mal transmis par la plupart des formateurs. Les structures de l’école restent trop figées : nul candidat à la présidentielle n’envisage le travail en équipe des professeurs, à moyens financiers constants ce qui est possible,  pas davantage la possibilité de structurer des classes parallèles en groupes de besoins occasionnels, à partir d’emplois du temps novateurs. Les soutiens scolaires, indispensables à l’intérieur des horaires des disciplines,  tout au long de la scolarité, restent rares, et leurs modalités concrètes indéfinies. Le statut des enseignants, rigide, devrait être assoupli en ajoutant aux heures de cours  des heures de présence dans l’établissement, pour le travail en équipe hebdomadaire ou pour la formation continue rendue obligatoire...Il sera certes difficile de convaincre cet électorat attaché à son actuel statut. Mieux vaudrait s’attaquer aussi à des réformes qualitatives plutôt que quantitatives. Aucun rapport n’assure que la diminution des effectifs des classes, par exemple, soit liée à une amélioration des résultats s’il n’y a pas une transformation des pratiques professorales. Un assouplissement de la mentalité collective impliquerait que chaque professeur se sente co- responsable des notes  qu’il attribue aux élèves et s’engage à lutter contre les mauvaises notes en travaillant à une amélioration  de son efficacité professionnelle. La priorité est accordée pour le primaire et des moyens prévus pour y combattre l’échec scolaire inégal selon les appartenances sociales, mais il faut aussi accroître considérablement l’apprentissage du vocabulaire à l’école maternelle, afin de faciliter l’apprentissage de la lecture, par exemple...Ces mesures et d’autres, oubliées, sont connues des enseignants, des parents d’élèves et des élèves : peut-être n’est-il pas trop tard pour en informer les candidats ? 

Annie Keszey.

30 août 2016

Une épreuve pernicieuse du baccalauréat.

Travaux personnels encadrés (TPE) : l’épreuve pernicieuse du baccalauréat. 2016.

Envois aux destinataires de la liste en Fin de publication.

A partir de témoignages de lycéens concernés de classes de 1ère de lycées généraux nait une hypothèse : l’épreuve des TPE paraît arbitraire, injuste, non maîtrisée par l’Education nationale et au service d’une nouvelle inégalité des chances. Les trois témoignages suivants sur les défaillances de l’épreuve sont ceux de très bons élèves, félicités par leurs professeurs, très travailleurs au sein de leurs lycées « réputés », l’un privé, les deux autres publics des Hauts-de-Seine et de Paris, et aidés par des familles aidantes et qualifiées. Alors que leur réussite est normale au lycée, l’épreuve de TPE aux buts théoriques intéressants, novateurs quant au système classique, les a déstabilisés, découragés, parfois même désespérés par l’excès des dysfonctionnements répréhensibles subis et l’extrême lourdeur de la tâche.

Certes, il faut transformer le système actuel de l’Education nationale qui présuppose que la meilleure façon d’apprendre pour un élève, est de rester assis des heures sans bouger devant des professeurs omniscients qui lui bourrent la tête d’informations*. Mais le passage vers un enseignement de l’autonomie de la recherche et de l’autogouvernance ne peut être laissé au hasard comme c ‘est le cas dans les TPE. Les responsables réformistes devraient s’informer et se former à partir d’exemples expérimentés. Les pages 142 à 148 de l’ouvrage Reinventing Organizations - Vers des communautés de travail inspirées, de Frédéric Laloux*, éditeur  diateino, approfondissent, en particulier,  « l’école Opale », « le modèle ESBZ » au centre de Berlin dont le moteur est le professeur Magret Rasfeld, innovatrice radicale d’un autre système éducatif.

Que ressentent alors les candidats des TPE, dans leur diversité? Comment s’organisent ceux dont les parents ne sont pas disponibles ? Le département de l’évaluation vient de reconnaître à nouveau que l’implication parentale compte parmi les clés du succès scolaire. Une vaste enquête  intrusive et ferme des inspecteurs pédagogiques  nationaux s’avère urgente  afin que la transparence effective sur les anomalies inacceptables des TPE permette de les corriger. Cette enquête pourrait aussi perfectionner la mise en place, en 2016,  des enseignements pratiques interdisciplinaires au collège : les professeurs, pour des raisons valables, y sont actuellement opposés.

Internet permet d’accéder aux sites  gouvernementaux et aux bulletins officiels qui définissent avec précision la nature de cette épreuve. Elle remonte au ministre Claude Allègre et fut introduite, prudemment, en classe de terminale à partir de 2001-2002, comme épreuve facultative du baccalauréat, supprimée en 2005-2006 à ce niveau, puis instaurée en classe de première des séries générales S, ES et L des lycées, comme épreuve obligatoire du baccalauréat. On supposera ces textes consultés : le but de cette lettre étant de consigner certaines des applications concrètes déviantes de l’épreuve.

2015 : dans une classe de 1ère ES, Jean a deux ans d’avance. Il est concentré, fortement engagé dans ses études, rigoureux, persévérant et très bon élève, inscrit au tableau d’honneur. Le sujet de TPE est : « Quelles sont les origines de la culture de la grève d’aujourd’hui en France ? » Ce sujet est particulièrement complexe et les origines non situées dans le temps historique. Les deux autres élèves du groupe, désignés par le corps professoral, ne travaillent pas. L’intervention des parents de Jean, pour tenter d’améliorer cette situation, auprès de la direction d’un lycée qui requiert pourtant la solidarité entre élèves, ne sert à rien. Il est déraisonnable de la part de l’Institution d’imaginer que des élèves aux engagements scolaires  très inégaux vont se transformer au sein d’équipes d’élèves livrées à elles-mêmes. Il est utopique (ou indécent) de penser  qu’un seul élève à partir d’un « leadership » que n’ont pas eu les professeurs, pourrait motiver des coéquipiers notoirement réticents : il ne saurait que rarement se plaindre de la situation. Jean n’a pu trouver au CDI les documents indispensables pour définir et approfondir « culture de la grève », oui, culture, alors que les textes officiels l’imposent ! Plusieurs librairies dites spécialisées du quartier latin ne disposaient d’aucune étude sur ce sujet d’actualité. Plusieurs heures ont été indispensables pour constituer une bibliothèque ciblée, aux ouvrages très consistants. L’aide des professeurs a été inexistante et le soutien des parents de Jean indispensable et maximale. Jean a travaillé sur sa recherche pendant des dizaines d’heures, surtout à la maison et n’a été joint par ses deux coéquipiers qu’en fin de parcours : ils souhaitaient être bien intégrés au travail afin de bénéficier d’une note satisfaisante. Leurs participations écrites au travail collectif, remises au tout dernier moment, étaient  d’une rare médiocrité et ils ont mal préparé l’oral. C’est Jean, soutenu par son père, qui a préparé la présentation matérielle, très élaborée du sujet,  un travail considérable de présentation du dossier sous forme journalistique : une présentation originale est en effet attendue par les examinateurs. A partir d’observations sur le type de présentation de la part des examinateurs, par exemple « la reliure du dossier par des spirales est bien banale », on peut s’interroger sur la part de la notation de la forme au détriment du contenu. C’est Jean aussi qui est surtout intervenu à l’oral  et a corrigé les réponses fausses des deux autres. A la question de l’examinateur « D’après vous quelle est la singularité de la grève en France ?», un coéquipier de Jean a répondu, en analphabète de la recherche, « Les Français font la grève parce qu’ils sont feignants. » Un moment, partagé, difficile à vivre pour Jean.

La note sur 20, dite, par commodité, « individuelle », ne peut avoir de rigueur objective sur sa totalité  L’épreuve terminale orale, de 5 minutes par élève, est notée par des professeurs extérieurs qui n’ont nullement encadré le travail des équipes. Ces professeurs sont appelés, d’autre part, à noter des sujets qu’ils ne connaissent pas, en général ! L’arbitraire s’est concrétisé quand les coéquipiers de Jean, au travail minimal,  ont obtenu la même note que Jean qui a planché pendant ses dimanches et ses vacances sur le sujet, du fait de la spécificité du travail dit « fait en commun ».

C’est injuste.

2016 : dans une autre classe de 1ère ES de lycée. Anne, élève sérieuse de 13 ans, motivée et volontaire travaille très régulièrement, en profondeur, et obtient de très bons résultats. Le sujet pour l’épreuve de TPE est : « Dans quelle mesure la culture ouvrière a-t-elle influencé la société française pendant l’entre-deux-guerres ? » Anne a travaillé seule pendant des mois, ses deux camarades ne s’étant que très peu engagés. La seule réalisation de la présentation matérielle du dossier, très créative, a pris plusieurs jours.  Lors de l’oral elle a su parfaitement répondre aux questions portant sur son dossier. Elle a su répondre aussi à des questions plus approfondies et plus subtiles portant sur des informations qui ne figuraient pas dans son dossier-journal. Un des examinateurs, professeur de français venu de l’extérieur comme cela est prévu, lui a alors posé la question : « Quel est le courant du cinéma en Italie après la seconde guerre mondiale ? ». Anne ne connaissait pas la réponse et en a  donné la raison : je ne sais pas car ce n’est pas la période que j’ai étudiée. Cette examinatrice a répondu : quand on maîtrise un sujet, il faut savoir aller au-delà ! Reconnaissons à cette examinatrice l’art honteux de savoir déstabiliser une élève méritante. Puis, la même examinatrice a posé à Anne  la question suivante : Puisque vous m’avez fait remarquer que je ne dois pas poser de questions en dehors de l’entre-deux-guerres, je suis certaine que vous pourrez me citer le nom d’un grand cinéaste anglais pendant l’entre-deux-guerres ? Anne n’a pas osé lui dire que cette question était aussi hors sujet parce que son dossier traitait de la société française. Un professeur habituel d’Anne est intervenu pour dire à sa collègue « ça reste une question éloignée de leur sujet ». Anne, parce qu’elle est fragile, est convaincue d’avoir tout raté, elle a perdu sa confiance en elle et doit attendre sa note pendant trois mois : mais pourquoi donc un si long temps de charmante petite torture scolaire ? 

2016 : également dans une autre classe de 1ère scientifique. Julie est une élève exemplaire, félicitée par le corps professoral pour son travail. Le sujet de TPE de son équipe de trois élèves était : « La station spatiale internationale. Une prouesse technique au service de l’humanité ? » (Ce projet a débuté en 1998.)  Le travail en équipe a été, peut-on dire, parfait jusqu’au bout, d’une grande cohésion, pendant un temps extrêmement long de 80 heures environ dont la moitié au domicile de Julie. La vingtaine de sources sur Internet dont des documents YouTube, six livres et un entretien avec Isabelle Sourbès- Verger, remarquable source, ont demandé à chaque élève une vingtaine d’heures individuelles de consultation. Le très beau dossier final a été imprimé à titre onéreux chez un imprimeur professionnel. La maman de Julie, qualifiée, a encadré avec exigence et rigueur, la préparation de l’oral. Les 3 candidates étaient parfaitement prêtes.  Mais, le jour dit, pendant la dernière partie de l’épreuve orale, celle où un examinateur extérieur pose des questions, une des candidates a dépassé son temps de parole de 5 minutes sans être interrompue par l’examinateur. Il ne restait plus qu’un temps très court, inégalitaire pour Julie, alors que la notation est, rappelons-le, paraît-il, individuelle. Rapidement, elle a dû répondre, en particulier, aux deux questions suivantes dont on pourra juger de la pertinence : « Les femmes ont- elles leurs règles dans l’espace et utilisent-elles des tampons ? », « Pour quelles raisons la Chine n’a pas participé à l’ISS ? »  A cette seconde question Julie a répondu que les américains ne souhaitaient pas que la Chine copie les avancées technologiques des USA et de l’ISS...Elle a rencontré le visage  offusqué de l’examinateur qui lui a fait remarquer l’anachronisme d’un tel jugement erroné sur la Chine ! Pour Julie, ce fut une fin déstabilisatrice et décourageante : une autre injustice ressentie. La maman de Julie qui a  travaillé pour des entreprises également installées en Chine a envoyé au proviseur « un cours de réalités »,  sur la Chine, s’opposant à l’idéologie de l’examinateur.  En 2012, Isabelle Sourbès-Verger écrivait encore à propos des raisons poussant la Chine à envoyer une femme dans l’espace : ...Cela attire les médias, mais en réalité la Chine suit simplement une logique d’imitation. Elle ne fait que reproduire ce qui a été déjà fait par les USA et la Russie...Julie ne souhaite plus qu’on lui parle de l’ISS.

Donc.

Le mot « équipe » est très usité par tous les acteurs de l’Education nationale. Or, il n’y a pas d’équipes de travail des professeurs dans les collèges et lycées. L’épreuve de TPE, projet de recherche interdisciplinaire, supposerait un travail d’équipe de professeurs pour préparer les sujets, en dehors de la présence des élèves, temps  rémunéré et prévu dans les emplois du temps des établissements. Cela n’a existé, autrefois, que dans quelques rares établissements dont le collège expérimental de Marly-le- Roi...La formation des professeurs ne brille pas davantage par l’apprentissage de la dynamique des groupes qui leur  permettrait de conseiller avec pertinence les équipes  d’élèves obligatoires des TPE, de 2, 3 ou 4 élèves avec une préférence annoncée pour les équipes de 3 . Les élèves choisissent ou se voient imposer leurs coéquipiers : c’est la première grande difficulté. Des élèves très travailleurs œuvrent parfois auprès d’élèves moins motivés sans qu’aucun adulte ne régule obligatoirement les investissements individuels lors des séquences.  Le temps de travail à l’extérieur de la classe dépasse le temps officiel défini pour l’épreuve de 36 heures encadrées,  très insuffisamment  encadrées, en le doublant ou en le triplant : ce qui est inconnu, très excessif, non maîtrisé par les adultes responsables ou irresponsables de l’Education nationale. Les différences de milieux familiaux influencent ces TPE dont l’exécution est fortement transférée hors des cours.  

La formation des professeurs est strictement disciplinaire. Ils n’ont pas de compétences interdisciplinaires reconnues, faute de formation spécifique et pourtant ils sont invités à  noter « souverainement » des TPE dont ils ne peuvent tous connaître les sujets.

Les équipes d’élèves n’ont pas toujours rencontré, dans les Centres de  documentation des lycées, les documents nécessaires à leur sujet comme l’imposent les directives officielles. Il n’y a pas de manuels interdisciplinaires, le plus souvent aucun cours antérieur n’a appris aux élèves le repérage des sources fiables. Utilisateurs d’Internet les élèves ne connaissent pas préalablement à cette recherche la langue des médias**. Le statut de «  Wikipédia » comme source d’information acceptée ou refusée par les professeurs est, en particulier, un indice de l’arbitraire des jugements professoraux. La nature de nombreux sujets ne permet pas davantage aux élèves d’exercer leur esprit critique parce qu’ils n’ont pas eu  de cours antérieurs en liaison avec leurs recherches. Les thèmes ministériels sont d’une abstraction plus à la portée des candidats à l’agrégation qu’aux futurs bacheliers : l’aléatoire, l’insolite, le prévisible/ Lumière, lumières/Matière et forme ...Le travail d’équipe des élèves aboutit à des notations individuelles en 3 parties. La 3ème partie est scindée en deux épreuves orales : la dernière, de 5 minutes environ par candidat, demande à chaque membre de l’équipe de répondre à des questions d’un examinateur venu d’un autre établissement. Le temps d’égalité de parole entre les candidats n’est pas imposé par certains  examinateurs et pourtant un nombre de points sur 3 est attribué à chaque candidat appelé à répondre sur des questions posées sur le sujet traité. Alors que l’importance exceptionnelle de  certains travaux est évidente, des examinateurs dépassent ces overdoses en posant des questions encore étrangères aux sujets des équipes...

La permanence des difficultés pourrait développer l’économie souterraine naissante des TPE. D’anciens élèves proposent leurs recherches, à titre payant, aux nouveaux arrivants en classe de première. Des parents paient des professeurs particuliers pour prendre en charge la réalisation des TPE de leurs enfants. Des parents, impliqués et donc légitimement préoccupés, ont demandé parfois à un proviseur d’interférer dans la démarche des TPE afin de la perfectionner. Ils ont rencontré le béton armé de la liberté pédagogique du professeur et du jury souverain. Un jury n’est souverain que s’il œuvre en respectant strictement les lois, les  valeurs de l’Etat de droit français et les règles institutionnelles.

**La langue des médias. Destruction du langage et fabrication du consentement. Ingrid Riocreux. L’Artilleur.

Annie Keszey, chef d’EPLE retraité.

Destinataires : Bernard Cazeneuve/ Emmanuel Macron/Jean-Yves Le Drian/ Xavier Bertrand/ Alain Juppé/Valérie Pécresse/ Anne Hidalgo/ Nathalie Kosciusko- Morizet/Laurence Rossignol/René Dosière/Elisabeth Badinter. Les syndicats SNPDEN/Synadic/SNCEEL/SNES/SNUIIP- SU/SNACL/SNE/PEEP/FCPE/UNEF/

UNAAPE/UNEF/FIDL/FSU/SNIEN-UNSA. Najat Vallaud-Belkacem. Le Monde/ Le Figaro/ Marianne/Mediapart.

 

 

16 mai 2016

La langue des médias.

Destruction du langage et fabrication du consentement.

Ingrid Riocreux. L’Artilleur. 20 €. 333 pages.

L’auteur est un professeur agrégé de lettres modernes et docteur de l’Université Paris-Sorbonne. Son livre est un cours exceptionnel de français et de décryptage de la langue des journalistes. Son parcours analytique et critique concerne la conjugaison, la grammaire, le vocabulaire et la rhétorique. Ingrid Riocreux étudie les nombreuses fautes des journalistes qui méconnaissent la langue, c’est-à-dire leur principal outil de travail. D’autres fautes sont encore plus graves parce qu’elles ne sont pas objectivement repérables. Elles sont le spectre du faux derrière les petits défauts.

Extraits.

...De même que le journaliste reproduit sans fin les formules de ses confrères, reprend sans réflexion leurs mots, adopte par mimétisme grégaire leur parlure, de même il ne cesse de reproduire des tournures de phrases et de répéter des termes qui impliquent un jugement éthique sur les événements. Prenant pour des données objectives et évidentes des opinions qui sont en fait identifiables comme des points de vue propres à des courants de pensée, il contribue à répandre une doxa faite de préjugés, de stéréotypes et de présupposés qui sont au fondement des croyances de notre société...Car si le langage du journaliste fonctionne comme la vitre déformante à travers laquelle on nous montre le présent, il est aussi une fenêtre trompeuse ouverte sur le passé et sur l’avenir. Analyser le discours du journaliste, c’est donc, d’une certaine manière, mettre au jour l’inconscient de notre société dans tout ce qu’il comporte d’irrationnel ...

...Le journaliste est la figure que l’on se représente quand on écoute France Info tous les jours. Ce personnage peut bien changer de voix, il a toujours le même ton, le même accent, il commet toujours les mêmes fautes de français, il emploie toujours les mêmes mots, il construit son discours sur les mêmes sous-entendus : il n’a pas de visage, pas de vêtements, pas ou peu de personnalité. Il est théoriquement le journaliste parfait, qui s’efface au maximum derrière le message qu’il doit délivrer. A l’instar de son discours, il est lui aussi une vitre...

... « Sans-papiers » est un terme forgé par les militants de la gauche radicale altermondialiste pour en finir avec la force péjorative du mot « clandestins ». Enfin, le terme de « migrants » a ceci de commode qu’il réduit des foules de personnes à leur seul déplacement. L’image ainsi suscitée est celle  d’une masse à la progression inexorable et sans fin;  ils ne viennent de nulle part, ils passent. Sans attache et sans objectif, sans culture et  sans idéal, le « migrant » n’est pas un humain, c’est un zombie. Face aux migrants on se résigne : on ne peut pas les empêcher de venir mais ils repartiront. Le mot « migrant » est particulièrement intéressant parce que, contrairement à d’autres termes, il ne convient à personne : les uns l’accusent d’enrober mensongèrement la réalité et contestent son emploi au profit d’ « envahisseurs » quand les autres lui trouvent des « connotations » négatives et lui préfèreraient celui de « réfugiés ». En effet, en tant que zombie, il va sans dire que le migrant n’inspire pas de pitié. Devant la réticence des Français à accueillir les « migrants », ceux-ci furent donc rapidement rebaptisés « réfugiés ».Cela ne changeait rien au phénomène mais cela transformait sa perception...

...Migrants, islamo-fascisme, climato scepticisme, europhobie etc : personne ne s’interroge sur le bien-fondé de toutes ces notions ni même sur ce qu’elles désignent précisément. Ce qui compte ce n’est pas la définition du mot, c’est le consensus qu’il entretient. On ne sait pas ce que ces termes signifient mais, comme on dit « on se comprend, pas vrai ? ». Par politesse, on peut répondre « bien sûr ». Mais on peut aussi refuser cette connivence imposée...

...Le but est de proposer une grille d’analyse afin de former les réflexes d’écoute...On constatera rapidement que les phénomènes répertoriés sont d’une extrême fréquence et que les exemples sont donc uniquement choisis pour leur valeur représentative car ils définissent par excellence la pratique du Journaliste...

...C’est aussi le rôle du Journaliste : c’est un gardien de l’ordre. Ce que réalise la police dans la sphère de l’action publique, le Journaliste l’accomplit dans le domaine du discours public et, espère-t-il, de la pensée qui sous-tend ce discours. Encore une fois, ce n’est pas la pensée non-conforme qu’il condamne ; il la condamne en tant qu’elle nuit à l’ordre social...

L’auteur part des fautes de syntaxe (« La décision qu’a pris le ministre », « C’est une chose sur lesquelles une mise au point est nécessaire », « Nous en s’rons (saurons) plus cet après-midi », « Les blindés bloquent la route qui conduisent à Donietsk » ...Les exemples sont très divers et très nombreux, classés par catégories.  Puis, l’auteur arrive à la manipulation des esprits qui concerne aussi les sites de réinformation également manipulateurs. Elle décrypte le « politiquement correct » qui est le consensus du mensonge, ou plutôt le consensus des demi-vérités. Tout le monde sait que c’est faux ou à peine vrai, mais c’est ce qu’il convient de dire, notamment en public. L’auteur regrette la dégradation de l’enseignement de la langue française et la disparition de l’enseignement des techniques du discours : la rhétorique inventée par la démocratie grecque et qui a atteint son apogée sous la République romaine.

Le livre est un test pour chaque lecteur engagé à mesurer son degré d’imprégnation, de soumission inconsciente à la propagande officielle journalistique. Ingrid Riocreux analyse en profondeur des actualités particulièrement connues : discours de Nicolas Sarkozy, de François Hollande (Moi président de la République, je ...anaphore développée dans sa forme et son contenu en page 297 qui, déjà, devait comporter une virgule après moi), photo d’un enfant « migrant », Aylan, mort noyé sur une plage, informations de David Pujadas, publications d’Éric Zemmour, paroles du FN...

En fin de lecture, il est possible de s’attribuer une note personnelle d’aptitude à résister à tous ces discours «  orientants » et  de s’engager à guérir de toute naïveté ennemie de la rationalité civique.

La dernière page, fondée sur l’analyse, est rude mais juste.

...On a coutume de dire que l’ascenseur social est en panne. Cela signifie que la démocratie est morte, qu’elle a dégénéré en oligarchie. Ceux qui ont le pouvoir le gardent ; ceux qui ne l’ont pas n’ont aucun espoir de l’acquérir. Sous prétexte de tendre la main aux seconds, les premiers leur vendent des entraves séduisantes : à travers les médias serviles, une information « de qualité », à travers une école délétère, une éducation d’ « excellence ». On sait ce qu’il en est. La classe dominante considère qu’il est plus facile de garder sous contrôle une société d’idiots plutôt que de gouverner un peuple intelligent. Mauvais calcul. Car les masses illettrées et incultes ne restent pourtant pas amorphes. Quand on les a privées de la culture et de l’intelligence, quand on les a privées de mots et de la maitrise du langage, il ne leur reste rien comme moyen d’expression - pire comme mode de pensée - que la violence. L’erreur de nos oligarques réside dans le fait de croire qu’une société d’abrutis est un troupeau bêlant, docile et calme, alors que c’est une meute d’individus féroces, en guerre perpétuelle, les uns contre les autres. Elle commence par abattre tous ces petits maîtres, au nombre desquels les « fabricateurs de consentement » qui ont fait dégénérer le rêve démocratique en pensée totalitaire. L’illettrisme  entraîne la violence, et l’insécurité appelle la tyrannie. Le système qui par son œuvre (éducatrice et médiatique) se targuant d’engendrer des personnes libres et responsables, pétries des idéaux les plus nobles, s’écroulera donc sous les coups de ce qu’il a lui-même produit, en réalité : un gibier de dictature.

Annie Keszey.