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24 novembre 2013

LE MEILLEUR MAIRE AU MONDE.

La « City Mayors Foundation », un groupe de réflexion, think tank  international, indépendant et non-commercial, basé à Londres, organise, tous les 2 ans, depuis 2004, le concours du meilleur maire au monde et dit rechercher des maires honnêtes dotés de leadership et de vision,  capables de gérer les villes avec intégrité, d’assurer la sécurité des citoyens, de protéger l’environnement et de maintenir l’harmonie entre les communautés.
Pour participer au prix  les nominés  doivent souscrire au « Code of ethics » où il est question d’honnêteté, de droits humains et de coopération.
www.citymayors.com

www.eitb.com
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Le maire de Bilbao, en Espagne, Iñaki Azkuna, a été élu meilleur maire au monde. Il a gagné le prix World Mayor 2012, en janvier 2013.
Spécialiste en radiologie et cardiologie, il avait reçu précédemment la «  Gran Cruz de la orden civil de sanidad » et la Légion d’Honneur de France.
Elu maire en 1999, membre du parti nationaliste basque, parti de droite, il a transformé la ville en passant d’une cité industrielle en déchéance à un centre international, en particulier, pour le tourisme et les arts. C’est un gestionnaire rigoureux du budget de la ville, faiblement endettée et son administration est transparente.
La ville de Bilbao de 351 529 habitants en 2012, est située au fond de l’estuaire du fleuve Nervion. Elle est le centre financier de la communauté autonome basque dont le niveau d’industrialisation et le niveau de richesse sont un des plus élevés d’Europe.
 C’est en 1989 que la ville a lancé un premier plan de revitalisation urbaine. Une société anonyme regroupant le gouvernement basque, la province de Biscaye et les municipalités concernées, « Bilbao Ria 2000 » a investi 735 millions d’euros. Le projet phare de ce plan de revitalisation a été la construction du musée Guggenheim.

Le musée Guggenheim est un édifice politique grandiose de 24 000 m2. C’est une œuvre d’art sculpturale et spectaculaire parfaitement intégrée dans la trame urbaine de Bilbao, œuvre du grand architecte Frank Gehry.

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Ce bâtiment ambitieux s’écarte cependant des nombreux projets hasardeux, coûteux, de responsables politiques frappés par la folie des grandeurs ou le désir d’immortalité. Sa construction a été précédée d’études spécialisées approfondies, dans des domaines multiples où le montant de l’investissement était rapporté aux principes futurs du fonctionnement choisis pour produire de la richesse. Le musée Guggenheim fait de Bilbao, une ville phare en art et tourisme. Le musée, très visité, enrichit la ville.
La recherche de la qualité architecturale  également dans la construction de l’aéroport, d’un pont, du Palacio Euskalduna, du tramway, de la tour Iberdrola, confiée à des architectes prestigieux, a dynamisé la ville, devenue prospère.
Dès 1999, la métamorphose de la ville est évidente.
C’est cette dynamique que le  meilleur maire au monde a su préserver et amplifier.
Déjà, en 2003, la fondation Pfizer a décerné à Bilbao le prix de la ville espagnole la plus saine.
En 2004, la ville a reçu le prix du meilleur projet urbain du monde, à Venise, ainsi que le prix européen de Planification urbaine et régionale.

Lisa Scaffidi, maire de Perth, en Australie a obtenu le 2d prix du World Mayor, suivie de Joko Widodo, maire de Surakarta en Indonésie, de Régis Lebeaume, maire de Québec city au Canada et de John F Cook maire d’El Paso aux USA.

Images: architravel.com et routard.com
Annie Keszey.

06 novembre 2013

ELECTIONS MUNICIPALES. UN MAIRE IDEAL.

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Le 3/11/2013 ont eu lieu les élections municipales dans 1100 villes et villages de la province canadienne du Québec, dont à Montréal  au scrutin uninominal à un tour. Denis Coderre, un libéral, a été élu maire de Montréal avec 36.1 % des suffrages. Le taux de participation a légèrement augmenté par rapport aux précédentes élections, il y a 4 ans, pour atteindre 40% ! Plusieurs politiques et associations citoyennes avaient pourtant appelé les électeurs à voter. Ces électeurs, sont scandalisés par l’imposante corruption noire de leur classe politique : depuis le 5/11/2012 date de la démission du maire Gérald Tremblay miné par des allégations de corruption, 2 autres maires ont administré la ville, Michael Applebaum, désigné maire par intérim,  accusé de 14 chefs d’accusation de fraudes envers le gouvernement et remplacé par Laurent Blanchard élu le 25/06/2013, par le seul conseil municipal. Trois maires, donc, en un an!
Avant ces élections, François Cardinal, journaliste, conférencier, analyste et écrivain avait rassemblé 80 collaborateurs de haut niveau et de domaines variés, pour participer à l’élaboration d’un programme ambitieux d’une centaine de propositions, proposé sous le titre « Rêver Montréal ». Il décrit lui-même le « maire idéal ». On ne saurait mieux dire !
« Aujourd’hui, nous voulons notre maire décisif, sans être autoritaire, nous le voulons populiste (sens positif en français canadien) mais capable de grandeur, nous le souhaitons consensuel mais capable de trancher, nous exigeons qu’il écoute les électeurs mais certainement pas les sondages, nous le voulons ambitieux mais pas carriériste, nous cherchons un être de conviction capable de s’adapter au contexte, nous lui demandons d’être pragmatique mais aussi audacieux…
Un déplacement du maire une fois par semaine dans les transports en commun est réaliste et hautement souhaitable.
Bref, nous avons de grandes attentes. Et, immanquablement, de grandes déceptions…
La toute première chose, la plus importante d’entre toutes, c’est l’amour passionnel que le maire ressent pour sa ville. S’il y a une chose que les grands maires, les Boris Johnson (Londres), Bertrand Delanoë (Paris), Michael Bloomberg (New York) et voire Jean Drapeau, à l’exception de son absolutisme anachronique (Montréal) et son prédécesseur Camillien Houde, c’est cet attachement intense pour leur métropole qui motive chacun de leurs gestes, chacune de leurs pensées…
La deuxième qualité la plus importante d’un maire fort : aimer être sur le terrain, rencontrer ses concitoyens, s’occuper des petites choses comme s’il s’agissait des plus importantes…
Il faut aimer sortir de son bureau, aimer les gens, aimer communiquer avec le monde, aimer faire du travail de terrain…
Il faut être capable de fixer des priorités claires, Il faut savoir avec précision ce que l’on veut réaliser pendant son mandat. Il faut avoir une liste courte de projets à accomplir coûte que coûte…
Il faut être capable d’affronter les réactions parfois virulentes des citoyens…
Il faut être en mesure d’asseoir les gens aux intérêts divergents ensemble, de les faire travailler de concert. Il faut travailler fort pour bien faire comprendre que l’on vise le bien commun…
Montréal, depuis très longtemps, n’a pas eu de leader fort. La situation de la ville est critique… »

Marie France Bazzo, animatrice à la première chaîne de radio- Canada écrit :
« On en a marre de l’administration kafkaïenne, du festival perpétuel du cône orange, de l’ex- maire jovialité qui a succédé au maire ahuri et de l’absence congénitale de vision pour la ville la plus importante du Québec…
Les révélations quasi-quotidiennes de la Commission Charbonneau à propos de la collusion et de la corruption qui minent la métropole ont eu raison des plus optimistes d’entre nous… »

Yves Desgagnés, metteur en scène, souhaite, à la tête de Montréal, «  quelqu’un qui a autant de talent que sa ville, c’est-à-dire un être sensible à la beauté, qui a du goût, de la culture, de l’envergure. C’est impératif, l’élu devra avoir des idées folles, des projets à première vue irréalistes (Drapeau a fait construire une île au beau milieu du fleuve pour son expo) et surtout, surtout, l’élu devra avoir du raffinement, Beaucoup de raffinement, avec un sens aigu du détail. Car c’est dans les détails qu’on reconnait la grandeur d’une ville : l’élu devra nous tirer vers le haut, non vers le bas. Incontournable: l’élu se devra d’être francophile et s’en vanter. Il devra brandir à chaque souffle la seule réelle particularité de cette ville nord- américaine : le fait français…
Il nous faut un être de talent, sans modèle de gestion préétabli, capable d’imaginer Montréal dans toute sa fulgurance… »

Source : Rêver Montréal, 101 idées pour relancer la métropole, collectif sous la direction de François Cardinal. Les éditions La Presse. 3ème trimestre 2013.
Image : Montréal.
Annie Keszey

19 mars 2013

DEMOCRATIE PRATIQUE ET THEORIQUE.

Définir une nouvelle démocratie locale pour les élections municipales de 2014, suppose préalablement, en cette année 2013, un certain tour pratique et théorique de la question.


DEMOCRATIE PRATIQUE. CONSEIL DE L’EUROPE: ELoGE.

démocratie, démocratie scandaleuse, conseil de l'Europe, éloge, label européen d'excellence, élections municipales ELoGE est le label européen d’excellence en matière de gouvernance. Il récompense une stratégie pour l’innovation et la bonne gouvernance au niveau local. Douze principes rédigés par le Conseil de l’Europe sont à respecter. En 2011, 13 collectivités de Bulgarie ont obtenu le label et en 2012, 4 collectivités de Norvège. Ces collectivités ont reçu un dodécaèdre en cristal. Chaque principe est complété par plusieurs indicateurs et une grille d’évaluation en 5 catégories de 0 à 4, chacune évaluant le niveau de maturité de la municipalité par rapport au principe. Les principes soumis à évaluations sont les suivants : Des élections régulières, une représentation et une participation justes- la réactivité- l’efficience et l’efficacité- l’ouverture et la transparence- l’Etat de Droit- un comportement éthique- les compétences et les capacités- l’innovation et l’ouverture d’esprit face au changement- la durabilité et l’orientation à long terme- une gestion financière saine- les droits de l’homme, la diversité culturelle et la cohésion sociale- l’obligation de rendre des comptes.
Le premier principe, comme tous les autres, comporte plusieurs indicateurs tel que, par exemple : la composition de l’organe élu est représentative de la composition de la commune. Un indicateur du principe éthique est, autre exemple : dans ma commune, tous les habitants bénéficient du même traitement quelles que soient leurs relations personnelles avec les administrateurs et les fonctionnaires.
Le label se fonde sur une application de la démocratie représentative traditionnelle, évidemment, mais avec la volonté de rectifier toutes les dérives, les impasses, les imperfections connues.
Pour participer à cette recherche d’excellence gestionnaire, il faut s’inscrire et suivre la procédure prévue.
Le Comité des ministres du Conseil de l’Europe propose d’autres évaluations approfondies des politiques de participation des citoyens au niveau local. La recommandation CM/Rec (2009) 2, du Comité des ministres aux Etats membres sur l’évaluation, l’audit et le suivi de la participation et des politiques de participation aux niveaux local et régional est une des plus complètes. Elle recommande et définit les propriétés du logiciel CLEAR. Le texte complet est accessible sur le site www.coe.int


DEMOCRATIE THEORIQUE. LE SCANDALE PERMANENT. Daniel Bensaïd*.


Suite de la précédente publication : Qu’est-ce donc qu’une démocratie, je vous prie?


…A moins d’imaginer les conditions spatiales et temporelles d’une démocratie immédiate au sens strict-sans médiations- permettant que le peuple soit en permanence assemblé, ou encore une procédure de tirage au sort par laquelle l’élu serait censé remplir une fonction sans être investi d’un mandat ni représenter personne, la délégation et la représentation sont inévitables. C’est vrai dans une cité, c’est vrai dans un parti, c’est vrai dans un syndicat. Plutôt que de nier le problème, mieux vaut donc le prendre à bras-le-corps et chercher les modes de représentation garantissant le meilleur contrôle des mandants sur les mandataires et limitant la professionnalisation du pouvoir…
Le nombre n’a rien à voir avec la vérité. Il n’a jamais valeur de preuve. Le fait majoritaire, peut, par convention, clore une controverse. Mais l’appel reste toujours ouvert. De la minorité du jour contre la majorité du jour, du lendemain contre le présent, de la légitimité contre la légalité, de la morale contre le droit. L’alternative radicale au principe majoritaire qui n’est qu’un pis-aller, c’est le tirage au sort. Il n’est pas surprenant que l’idée ressurgisse, fut-ce sous forme mythique, comme symptôme de la crise des institutions démocratiques actuelles. Rancière* en fournit l’argument le plus précieux. L’absence de titre à gouverner, écrit-il « là est le trouble le plus profond signifié par le mot démocratie » : car la démocratie « c’est le bon plaisir du dieu du hasard », le scandale d’une supériorité fondée sur aucun autre principe que l’absence de supériorité. Le tirage au sort est alors la conclusion logique. Il a certes des inconvénients mais ils seraient moindres, à tout prendre que le gouvernement par la compétence, le brigue et l’intrigue : « le bon gouvernement est le gouvernement des égaux qui ne veulent pas gouverner »…
A l’aventureuse hypothèse selon laquelle, la politique n’étant pas un métier, la somme des incompétences individuelles ferait en démocratie une compétence collective, Lippmann oppose une lucidité sceptique : « il n’existe pas l’ombre d’une raison de penser, comme le font les démocrates mystiques, que la somme des ignorances individuelles puisse produire une force continue capable de diriger les affaires publiques. » Puisqu’il est impossible à chacun de s’intéresser à tout, l’idéal serait donc que dans un litige, les parties directement intéressées trouvent un accord, l’expérience « de celui qui est dans la partie » étant fondamentalement différente de celle de celui qui n’en est pas. La conclusion qui s’imposait, pour Lippmann, était que l’idéal démocratique ne pouvait aboutir, par excès d’ambition, qu’à la désillusion et à la dérive vers des formes d’ingérence tyranniques. Il fallait donc « remettre le public à sa place », au double sens du terme, le rappeler à son devoir de modestie et « l’asseoir dans les gradins »…
Contrairement à une tradition qui voulut voir dans la majorité la manifestation immanente d’une sagesse divine, Lippmann soutient quant à lui une conception désacralisée et minimaliste du suffrage. Le vote n’y est même plus l’expression d’une opinion, mais une simple promesse à un candidat. En cohérence avec l’idée que l’électeur n’est compétent que sur ce qui le concerne personnellement. Lippmann radicalise ainsi le principe de délégation jusqu’à l’acceptation théorisée d’une extrême professionnalisation- et monopolisation- du pouvoir politique. C’est-à-dire un retour de fait à une conception oligarchique…
Rancière parle de « scandale démocratique ». En quoi la démocratie peut-elle être scandaleuse ? Précisément parce qu’elle doit, pour survivre, aller toujours plus loin, transgresser en permanence ses formes instituées, bousculer l’horizon de l’universel, mettre l’égalité à l’épreuve de la liberté. Parce qu’elle brouille sans cesse le partage incertain du politique et du social et conteste pied à pied les atteintes de la propriété privée et les empiétements de l’Etat contre l’espace public et les biens communs. Parce qu’enfin elle doit chercher à étendre en permanence et dans tous les domaines l’accès à la légalité et à la citoyenneté. Elle n’est donc elle-même que si elle est scandaleuse jusqu’au bout…
Daniel Bensaïd est professeur de philosophie à l’Université Paris VIII Saint-Denis.
Jacques Rancière est professeur émérite de cette même université.
Walter Lippmann est écrivain.
www.atelier-idees.org
www.notreputeaux.com
Annie Keszey