Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08 février 2017

Simone Weil (1909-1943) : Note sur la suppression générale des Partis politiques

  1. Un texte ancien particulièrement actuel.simone weil_puteaux.jpg

Simone Weil, agrégée de Philosophie, est décédée en 1943. Les extraits suivants proviennent de la « Note sur la suppression générale des Partis Politiques » (Editions Climats, 2006) écrite à l'époque du Communisme soviétique, du Nazisme et du Fascisme.

Alain jugea la note : « J'avais déjà toutes ces idées ; seulement elles étaient sans puissance, comme il arrive quand on ne combat pas, comme dit Descartes, avec toutes ses forces ».

Le mot « parti » est pris dans la signification qu'il a sur le continent européen.

L'idée de parti n'entrait pas dans la conception politique française de 1789, sinon comme mal à éviter, mais il y eut le club des Jacobins.

Notre idéal républicain procède entièrement de la notion de volonté générale due à Jean Jacques Rousseau.

La vérité est une. La justice est une. Les erreurs, les injustices sont indéfiniment variables. Ainsi les hommes convergent dans le juste et le vrai, au lieu que le mensonge et le crime les font indéfiniment diverger...

Il y a deux conditions indispensables pour appliquer la notion de volonté générale :

  • qu'il n'y ait dans le peuple aucune passion collective
  • que le peuple ait à exprimer son vouloir à l'égard des problèmes de la vie publique et non pas à faire seulement un choix de personnes... C'est en 1989, seulement, que s'exprima une pensée collective dans les cahiers de revendications (de doléances).

Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient d'en discerner les caractères essentiels :

  • un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective
  • un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres,
  • la première fin et, en dernière analyse, l'unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite.

Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration.

La croissance matérielle du parti devient l'unique critère par rapport auquel se définissent en toutes choses le bien et le mal. Dès lors que la croissance du parti constitue un critère du bien, il s'ensuit inévitablement une pression collective du parti sur les pensées des hommes. Cette pression s'exerce en fait, elle s'étale publiquement. Elle est avouée, proclamée. Cela nous ferait horreur, si l'accoutumance ne nous avait pas endurcis.

Les partis sont des organismes publiquement, officiellement constitués de manière à tuer dans les âmes le sens de la vérité et de la justice. La pression collective est exercée sur le grand public par la propagande.

Les partis parlent, il est vrai, d'éducation à l'égard de ceux qui sont venus à eux, sympathisants, jeunes, nouveaux adhérents. Ce mot est un mensonge. Il s'agit d'un dressage pour préparer l'emprise bien plus rigoureuse exercée par le parti sur la pensée de ses membres.

Supposons un membre d'un parti, député, candidat à la députation, ou simplement militant, qui prenne en public l'engagement que voici : « Toutes les fois que j'examinerai n'importe quel problème politique ou social, je m'engage à oublier absolument le fait que je suis membre de tel groupe, et à me préoccuper exclusivement de discerner le bien public et la justice ». Ce langage serait mal accueilli. Les siens et beaucoup d'autres l'accuseraient de trahison.

Si un homme, membre d'un parti, est absolument résolu à n'être fidèle en toutes ses pensées qu'à la lumière intérieure exclusivement et à rien d'autre, il ne peut pas faire connaître cette résolution à son parti. Il est donc vis- à- vis de son parti en situation de mensonge. C'est une situation qui ne peut être acceptée qu'à cause de la nécessité qui contraint à se trouver dans un parti pour prendre part efficacement aux affaires publiques. Mais alors cette nécessité est un mal, et il faut y mettre fin en supprimant les partis.

On tenterait vainement de s'en tirer par la distinction entre la liberté intérieure et la discipline extérieure. Car il faut alors mentir au public, avec qui tout candidat élu a une obligation particulière de vérité. De ces trois formes de mensonge, au public, au parti et à soi-même, la première est de loin la moins mauvaise. Mais si l'appartenance à un parti contraint toujours, en tout cas, au mensonge, l'existence des partis est absolument, inconditionnellement un mal.

Le mensonge, l'erreur- mots synonymes- ce sont les pensées de ceux qui ne disent pas la vérité, et de ceux qui désirent la vérité et autre chose en plus. Par exemple qui désirent la vérité et en plus la conformité avec telle ou telle pensée établie.

Les partis sont un merveilleux mécanisme, par la vertu duquel, dans toute l'étendue d'un pays, pas un esprit ne donne son attention à l'effort de discerner, dans les affaires publiques, le bien, la justice et la vérité. Il en résulte que -sauf un très petit nombre de coïncidences fortuites- il n'est décidé et exécuté que des mesures contraires au bien public, à la justice et à la vérité. Si l'on confiait au diable l'organisation de la vie publique, il ne pourrait rien imaginer de plus ingénieux.

La conclusion, c'est que l'institution des partis semble bien constituer du mal à peu près sans mélange. Ils sont mauvais dans leur principe, et pratiquement leurs effets sont mauvais. La suppression des partis serait du bien presque pur. Les candidats diraient aux électeurs, non pas : « j'ai telle étiquette »- ce qui pratiquement n'apprend rigoureusement rien au public sur leur attitude concernant les problèmes concrets- mais je pense telle ou telle chose à l'égard de tel, tel, tel grand problème ».Les élus s'associeraient et se dissocieraient selon le jeu naturel et mouvant des affinités.

Hors du Parlement, comme il existerait des revues d'idées, il y aurait tout naturellement autour d'elles des milieux. Mais ces milieux devraient être maintenus à l'état de fluidité. On en est arrivé à ne presque plus penser, dans aucun domaine, qu'en prenant position  « pour » ou « contre » une opinion. Ensuite on cherche des arguments, selon le cas, soit pour, soi contre, c'est exactement la transposition de l'adhésion à un parti. D'autres ayant pris position pour une opinion, ne consentent à examiner rien qui lui soit contraire. C'est la transposition de l'ESPRIT TOTALITAIRE.

Presque partout -et même souvent pour des problèmes purement techniques- l'opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s'est substituée à l'opération de la pensée. ...C'est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques et s'est étendue, à travers tout le pays,  presque  à la totalité de la pensée.

Il est douteux qu'on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.

Annie Keszey pour Atelier des Idées

06 novembre 2013

ELECTIONS MUNICIPALES. UN MAIRE IDEAL.

Montréal, maire idéal, élections municipales, atelierdesidees, Annie Keszey, Bertrand Delanoë, Denis Coderre

Le 3/11/2013 ont eu lieu les élections municipales dans 1100 villes et villages de la province canadienne du Québec, dont à Montréal  au scrutin uninominal à un tour. Denis Coderre, un libéral, a été élu maire de Montréal avec 36.1 % des suffrages. Le taux de participation a légèrement augmenté par rapport aux précédentes élections, il y a 4 ans, pour atteindre 40% ! Plusieurs politiques et associations citoyennes avaient pourtant appelé les électeurs à voter. Ces électeurs, sont scandalisés par l’imposante corruption noire de leur classe politique : depuis le 5/11/2012 date de la démission du maire Gérald Tremblay miné par des allégations de corruption, 2 autres maires ont administré la ville, Michael Applebaum, désigné maire par intérim,  accusé de 14 chefs d’accusation de fraudes envers le gouvernement et remplacé par Laurent Blanchard élu le 25/06/2013, par le seul conseil municipal. Trois maires, donc, en un an!
Avant ces élections, François Cardinal, journaliste, conférencier, analyste et écrivain avait rassemblé 80 collaborateurs de haut niveau et de domaines variés, pour participer à l’élaboration d’un programme ambitieux d’une centaine de propositions, proposé sous le titre « Rêver Montréal ». Il décrit lui-même le « maire idéal ». On ne saurait mieux dire !
« Aujourd’hui, nous voulons notre maire décisif, sans être autoritaire, nous le voulons populiste (sens positif en français canadien) mais capable de grandeur, nous le souhaitons consensuel mais capable de trancher, nous exigeons qu’il écoute les électeurs mais certainement pas les sondages, nous le voulons ambitieux mais pas carriériste, nous cherchons un être de conviction capable de s’adapter au contexte, nous lui demandons d’être pragmatique mais aussi audacieux…
Un déplacement du maire une fois par semaine dans les transports en commun est réaliste et hautement souhaitable.
Bref, nous avons de grandes attentes. Et, immanquablement, de grandes déceptions…
La toute première chose, la plus importante d’entre toutes, c’est l’amour passionnel que le maire ressent pour sa ville. S’il y a une chose que les grands maires, les Boris Johnson (Londres), Bertrand Delanoë (Paris), Michael Bloomberg (New York) et voire Jean Drapeau, à l’exception de son absolutisme anachronique (Montréal) et son prédécesseur Camillien Houde, c’est cet attachement intense pour leur métropole qui motive chacun de leurs gestes, chacune de leurs pensées…
La deuxième qualité la plus importante d’un maire fort : aimer être sur le terrain, rencontrer ses concitoyens, s’occuper des petites choses comme s’il s’agissait des plus importantes…
Il faut aimer sortir de son bureau, aimer les gens, aimer communiquer avec le monde, aimer faire du travail de terrain…
Il faut être capable de fixer des priorités claires, Il faut savoir avec précision ce que l’on veut réaliser pendant son mandat. Il faut avoir une liste courte de projets à accomplir coûte que coûte…
Il faut être capable d’affronter les réactions parfois virulentes des citoyens…
Il faut être en mesure d’asseoir les gens aux intérêts divergents ensemble, de les faire travailler de concert. Il faut travailler fort pour bien faire comprendre que l’on vise le bien commun…
Montréal, depuis très longtemps, n’a pas eu de leader fort. La situation de la ville est critique… »

Marie France Bazzo, animatrice à la première chaîne de radio- Canada écrit :
« On en a marre de l’administration kafkaïenne, du festival perpétuel du cône orange, de l’ex- maire jovialité qui a succédé au maire ahuri et de l’absence congénitale de vision pour la ville la plus importante du Québec…
Les révélations quasi-quotidiennes de la Commission Charbonneau à propos de la collusion et de la corruption qui minent la métropole ont eu raison des plus optimistes d’entre nous… »

Yves Desgagnés, metteur en scène, souhaite, à la tête de Montréal, «  quelqu’un qui a autant de talent que sa ville, c’est-à-dire un être sensible à la beauté, qui a du goût, de la culture, de l’envergure. C’est impératif, l’élu devra avoir des idées folles, des projets à première vue irréalistes (Drapeau a fait construire une île au beau milieu du fleuve pour son expo) et surtout, surtout, l’élu devra avoir du raffinement, Beaucoup de raffinement, avec un sens aigu du détail. Car c’est dans les détails qu’on reconnait la grandeur d’une ville : l’élu devra nous tirer vers le haut, non vers le bas. Incontournable: l’élu se devra d’être francophile et s’en vanter. Il devra brandir à chaque souffle la seule réelle particularité de cette ville nord- américaine : le fait français…
Il nous faut un être de talent, sans modèle de gestion préétabli, capable d’imaginer Montréal dans toute sa fulgurance… »

Source : Rêver Montréal, 101 idées pour relancer la métropole, collectif sous la direction de François Cardinal. Les éditions La Presse. 3ème trimestre 2013.
Image : Montréal.
Annie Keszey

22 juin 2010

Le métier de professeur

sebastien clerc professeur.jpg

« Un professeur transmet des connaissances. L'école publique dans laquelle il exerce, en 2010, est en difficulté ».

Dans le passé, le Ministère de l'Education Nationale, n'a jamais accepté de reconnaître la complexité du métier de professeur au- delà de sa fonction unique, originelle, de transmission d'une matière, par des cours magistraux, de préférence.

Le recrutement des professeurs se fait à partir d'examens et de concours qui évaluent des connaissances. Les aptitudes à parler, communiquer, intéresser,  gérer des groupes,  maintenir l'ordre,  travailler en équipe, se former en permanence,  prévenir la violence,  innover en instruction et en éducation sont des qualités professionnelles indispensables, dont l'apprentissage, paradoxalement, n'est pas ou peu proposé par l'Institution.

Les cadres de l'Education Nationale, majoritairement, ont une idéologie conservatrice, éloignée de la « pédagogie », mot- valise rejeté, déraisonnablement. Ils sont les principaux responsables de l'état actuel, injuste, du Système.

Sébastien Clerc, jeune professeur de Français et d'Histoire vient de publier  « Au secours ! Sauvons notre école », aux éditions OH. Après une analyse approfondie des difficultés graves et variées de l'acte d'enseigner, il propose des solutions pour sauver l'école. C'est une rare description du métier de professeur dans sa réalité actuelle qui interpelle, avec sincérité, cette Institution plutôt muette et ses usagers !

La réalité pédagogique décrite est celle d'un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis : ce n'est pas la réalité de l'Education Nationale. L'égalité des chances n'est pas harmonieusement répartie, en effet, sur le territoire de la République. »

Lire la suite

15 juin 2010

Cracking Art et précarité : épicerie sociale de Puteaux

art et épicerie.jpg

La ville de Puteaux a ouvert son épicerie sociale, le 3 juin, rue Gerhard. Ce lieu d'approvisionnement  en produits alimentaires et d'hygiène, local rénové et sobre, accueillera une demi- journée par semaine, le jeudi de 9H à 12 H, les personnes en difficulté, accréditées par un travailleur social, après un entretien sur dossier. Les « demandeurs » se présenteront d'abord au CCAS, créateur de l'épicerie en partenariat avec la Croix-Rouge, au Service Social de la rue Blanche ou au responsable d'une association caritative, après avoir pris un rendez-vous (Informations reçues du Service Social). Pour avoir accès à l'épicerie sociale, il faut être domicilié à Puteaux depuis 5 ans.

 

Centre Communal d'Action Sociale : téléphone 01 46 92 93 10

Service Social, 34 Rue Auguste Blanche : téléphone 01 41 38 30 10

Ultérieurement, une ouverture en soirée pourrait être organisée afin d'accueillir les personnes qui travaillent. Provisoirement donc, ces bénéficiaires s'y feront représenter.

Cette initiative de Madame Le Maire, pourtant très tardive, mérite aujourd'hui la mention TRES BIEN,  parce qu'elle s'adressera d'abord aux putéoliens concernés par le seuil de pauvreté, même si les conditions générales d'acceptation ne sont pas encore diffusées. Les personnes choisiront leurs denrées et les paieront à 10% du prix du marché. C'est un prix très bas : la plupart des épiceries sociales et des épiceries solidaires proposent les aliments entre 50% et 15% (Emmaüs, à Beauvais) des prix courants.

Lire la suite

Publié dans Puteaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, social, atelierdesidees, puteaux, épicerie sociale | | |  Facebook

09 juin 2010

Les mathématiques en ligne

mathematiques en ligne.jpg

www.sesamath.net est un site de très nombreuses ressources pédagogiques en mathématiques. Fondé par Sébastien Hache, il est destiné aux professeurs, aux élèves et aux parents d'élèves. L'association de professeurs a pour but principal la production de logiciels libres, gratuits.

Contact : contact@sesamath.net

Le site a reçu 961.062 visites en avril 2010, 33.984 professeurs reçoivent la lettre du site.

Ce site est novateur : les professeurs volontaires échangent leurs pratiques, critiquent, travaillent ensemble pour produire des documents pédagogiques individualisés, vivants, variés. L'évaluation par compétences aide les professeurs et les élèves à sortir du carcan de la note chiffrée : les élèves, informés de leurs erreurs, trouvent à l'écran de brèves leçons leur permettant de combler leurs lacunes.

Les professeurs de l'association ont créé des manuels scolaires « libres », de la 6ème à la 2de, accessibles sur www.mathenpoche.sesamath.net dont ils ont fait ensuite des versions « papier », commercialisées chez Belin, Hatier ou Magnard. L'UNESCO a récompensé cette initiative, d'autant plus que ces manuels en ligne peuvent être utilisés par des pays sans ressources pédagogiques. (L'actuel programme africain d'éducation repose sur l'utilisation de tableaux interactifs à faible coût).

Travailler ensemble, s'entraider ... communiquer !

SESAPROF : Pour les profs, les mathématiques ensemble (9158 inscrits, accès réservé).

SESABLOG : Un regard sur l'enseignement actuel des Mathématiques.

MATHEMATICE : Une revue en ligne consacrée à l'utilisation des TICE par les professeurs dans leur enseignement.

Lire la suite

18 mai 2010

L'interdiction de la burqa

burka.jpg

Maître Eolas, avocat, a publié, le vendredi 30 avril 2010, sur son site : « L'interdiction de la burqa dans l'espace public »

Maître Eolas, au-dessus des convictions, des opinions et des idéologies, décortique la proposition de loi d'interdiction de la burqa dans l'espace public et souligne ses nombreuses absurdités, ses non-sens.

Sa synthèse experte dépasse les informations en miettes diffusées par les médias sur ce sujet :

« ...Le gouvernement a fait connaître la teneur du futur projet de loi, qui sera très court (deux articles, vous voyez, quand il veut, il peut) et pénal...

Au nom des principes, nous avons opté pour une interdiction totale, explique un des rédacteurs du projet. Mais nous avons décidé des peines légères, car ces femmes sont souvent victimes.

C'est une nouveauté, désormais on punit les victimes. Mais d'une peine modérée, hein, on n'est pas des barbares non plus... »

La suite sur Maitre Eolas

Annie Keszey pour Atelier des Idées

 

Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : atelierdesidees, france, société, burqa, intégrisme, religion, loi, islam | | |  Facebook

11 mai 2010

Michel Serres : le temps des crises

 

le temps des crises.jpg

Les politiques ne connaissent pas cette science complexe qu'est l'écologie. La sortie de crise, pour Michel Serres, académicien,  suppose l'implication, éthique, des savants.

Mais que révèle le séisme financier et boursier  qui nous secoue aujourd'hui ? Si nous vivons une crise, aucun retour n'est  possible. Les termes relance et réforme sont hors de propos. Il faut donc inventer du nouveau. Financière et boursière la crise qui nous secoue aujourd'hui cache et révèle des ruptures qui dépassent, dans le temps, la durée même de l'Histoire.

EXTRAITS "LE TEMPS DES CRISES" - Manifeste Le Pommier

LES RUPTURES

1. L'agriculture

Au 20ème siècle, le néolithique se termine : l'humanité occidentale, bien qu'elle continue à se nourrir d'elle, quitta donc, ici au moins, la terre. Parallèlement, la proportion d'humains vivant dans les villes avoisinera les 75%, en 2030. Or, lorsque se déterritorialise ainsi la majorité des humains, le rapport au monde se transforme.

Premier coup : tout devient politique, du grec polis, la ville. Second coup : or, précisément, à ce moment-là, le monde se venge et menace les hommes. Dès lors, rien ne sera plus vraiment politique au sens traditionnel. Basculement.

2. Les transports

La mobilité des hommes a cru. En 2008, elle s'élève, pour le transport aérien, à trois mille milliards de kilomètres- passagers. La distance d'où proviennent les marchandises dans les hypermarchés se chiffre par milliers de kilomètres. La France devient une cité  dont le TGV est le métro et les autoroutes, les rues.

3. La  santé

Après les années 50 émerge un organisme humain d'une nouveauté dont nous ne nous formons peut- être pas encore une idée assez juste : moins de souffrances, moins de maladies incurables, moins de traces de ces douleurs sur la peau. Le temps de naître, les pics de douleur, la durée des maladies dépendent en partie de nous désormais, même peut- être le moment de la mort que nous pouvons , en partie, différer.

4. La démographie

Le nombre des humains passera bientôt à 7 milliards, le plus souvent serrés en gigantesques mégalopoles. L'espérance de vie augmente de 3 à 6 mois par an. C'est une recomposition du paysage humain qui n'est pas accompagnée des transformations en profondeur des institutions et des coutumes.

5. La connexion

Après le monde et le corps : nos relations. Les dites nouvelles technologies changent nos liens, nos voisinages, nos savoirs et nos manières d'en prendre connaissance. Le connectif remplace le collectif.

6. Les conflits

La seconde guerre mondiale fut le premier conflit où, selon les experts, les humains réussirent à tuer plus de leurs semblables que ne le firent les microbes et les bactéries au cours des précédents affrontements. Quel modèle atroce de domination. Il n'est pas sûr que le plus fort, même de plus en plus fort, reste très longtemps le maître.

En dépensant plus de mille milliards de dollars, l'hyper-puissance incontestable n'a pu gagner, en ces jours, une guerre contre l'un des pays les plus faibles de la planète. Etrange crise de la puissance.

En quelques décennies se transformèrent radicalement : le rapport au monde et à la nature, les corps, leur souffrance, l'environnement, la mobilité des humains et des choses, l'espérance de vie, la décision de faire naître et parfois de faire mourir, la démographie mondiale, l'habitat dans l'espace, la nature du lien dans les collectivités, le savoir et la puissance.

 

Lire la suite

Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : atelierdesidees, politique, monde, crise, michel serres, science | | |  Facebook

04 mai 2010

Statut Auto-Entrepreneur : de moins en moins simple

 

logo-auto-entrepreneur.gif

Le statut d'auto-entrepreneur a connu un énorme succès dès son lancement le 1er janvier 2009,  atteignant 320 000  sur 580 200 créations d'entreprises en 2009. Ce régime a permis une croissance formidable du nombre de créations d'entreprises, malgré la crise (331 400 entreprises seulement  avaient été créées en 2008).

Mais ce statut, auquel j'ai souscrit,  réserve bien des surprises. Voici un tour d'horizon sur ce statut et  ses nombreux pièges .

La création

Pour la création rien de plus simple, il faut se connecter sur:

https://www.cfe.urssaf.fr/autoentrepreneur/CFE_Bienvenue

et suivre la procédure en quelques clics. Ce service est gratuit et très rapide. Mais attention, le résultat de la recherche du mot "Auto- Entrepreneur" sur les moteurs de recherche comme Google affiche des sites payants, ou propose des services souvent inutiles et payants ... Autre possibilité,  se rendre au CFE (Centre de Formalités des Entreprises) installé à l'URSSAF.

 

L'enregistrement

Les auto-entrepreneurs sont dispensés d'immatriculation au RCS (registre du commerce et des sociétés) ou au RM (répertoire des métiers)

Cependant, à compter du 1er avril 2010,  pour les activité libérales ou commerciales, et notamment les artisans, la dispense sera levée, et l'enregistrement deviendra obligatoire, même pour ceux qui sont déjà en activité.

 

L'éligibilité

Pour pouvoir bénéficier du régime d'auto-entrepreneur,  il y a une limitation sur le chiffre d'affaires :

- 80 300 €  pour une activité de vente de marchandises, d'objets, de fournitures, de denrées à emporter ou à consommer sur place ou pour une activité de fourniture de logement,

- 32 100 €  pour les prestations de services relevant de la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) ou des bénéfices non commerciaux (BNC).

En cas de création en cours d'année, le chiffre d'affaires est au prorata du temps: par exemple une entreprise de service créée en juillet 2009 ne doit pas dépasser 16 050 € correspondant à 6 mois d'activité.

Certaines professions sont réglementées et ne donnent pas droit au statut d'auto-entrepreneur (majorité des entreprises immobilières, location de marchandise ...)

Un employeur, ancien ou actuel, ne peut être auto-entrepreneur. Cependant on peut cumuler le statut d'auto-entrepreneur et de salarié,  d'auto-entrepreneur et de chercheur d'emploi, grâce aux systèmes de l'ACCRE (Aide aux Chômeurs Créateurs ou Repreneurs d'Entreprise). Les jeunes de moins de 25 ans peuvent également  créer leur auto-entreprise et bénéficier des exonérations de l'ACCRE .

Lire la suite

28 avril 2010

L'Agenda 21

EAU TERRE.jpg

L'agenda 21, adopté par 173 Chefs d'Etat au sommet de la terre de Rio de Janeiro, en 1992, repose sur un précepte : penser globalement et agir localement. Ce programme d'actions de développement durable, pour le 21ème siècle, défini dans 40 chapitres et 27 principes, est encadré, en France, par des textes fondateurs. Le développement durable devra satisfaire les besoins des générations actuelles et futures...

La méthodologie de l'agenda 21, accessible, par exemple, sur le site www.agenda21france.org et sur le site www2.ademe.fr, pour l'agenda local , induit « que le développement durable sonne le glas d'une culture technocratique et d'un pouvoir hiérarchisé et repose sur un partage des savoirs, des pouvoirs et des responsabilités : il introduit un nouveau mode d'évaluation, de décision et d'action politiques, un changement de posture du monde ».

La réalité de l'agenda 21 confirme-t-elle cet idéal de démocratie participative?

L'agenda 21 de Puteaux a été voté lors du conseil municipal du 27/04/ 2009, après diverses concertations.  Les 27 et 28 Mars 2010, le Maire de Puteaux a organisé les journées du développement durable pour faire le point sur l'avancement des 97 actions planifiées et maintenir la mobilisation citoyenne. Trois ateliers, d'une heure chacun, se sont tenus dans la salle du tribunal sur la biodiversité, la qualité de la vie et l'activité économique (dont la mobilité). Moins de dix participants, (les trois- quarts restant silencieux), dans une ville de 44 278 habitants, ont suivi ces ateliers! La chargée de mission de l'agenda 21 n'est pas responsable de cette situation : ses exposés furent agréables et construits...

Certes, il y avait des visiteurs à l'exposition, sur la place, mais on peut faire l'hypothèse d'une fréquentation voisine de 1% de la population. Ce n'est pas seulement le cas de Puteaux. Par contre, à Laval, au Québec, 10 % de la population participe aux actions concrètes de développement durable. La région Rhône-Alpes dispose d'un panel de 10 000 personnes qui participent aux débats. La Suisse procède, elle, à des «  votations »...Maintenir la démocratie en éveil n'est pas impossible mais suppose des conditions à réunir, volontairement. La ville de Porto Alegre, au Brésil, est bonne conseillère.

Aucune enquête locale n'est accessible sur les attentes des habitants de Puteaux mais de nombreuses données nationales clarifient le contexte des agendas 21, peu propices à l'investissement citoyen.

Lire la suite

21 avril 2010

Cité de la Réussite : liberté et responsabilité des décisions

2008pariscity_t-008809.jpg

La « Cité de la Réussite » est un forum annuel de débats culturels, économiques, scientifiques et politiques. Le thème choisi cette année était : tout réinventer.

L'atelier « L'école 2.0 : comment apprendre et enseigner à l'ère numérique ? » avait pour intervenants : Ferran Ferrer, universitaire et chercheur espagnol, Jean-Michel Fourgous, député UMP, maire d'Elancourt et Roland Genet, proviseur d'un lycée public numérique.

Jean-Michel Fourgous a remis au Ministre de l'Education Nationale un rapport (un rapport de plus !) d'équipements, de formations et de méthodes pour introduire et développer les nouvelles technologies d'information et de communication (TIC) dans les écoles élémentaires, en particulier. Quelques pistes de ce rapport sont accessibles sur le site : www.jmfourgous.com

Les auditeurs semblaient convaincus de cette impérative modernisation mais leurs demandes, faites dans leurs écoles, rencontraient l'obstacle du manque d'argent...

Jean-Michel Fourgous, interrogé sur l'atypie que représentait une ville des Hauts- de- Seine, riche de placements et solde de trésorerie de 178 millions d'euros fin 2009, avec  une parcimonie et un retard surprenants quant aux équipements en TIC des écoles, s'est montré légèrement perplexe. Il a rappelé que les décideurs, sans « culture numérique » résistaient davantage aux évidences, mais que la pression croissante des usagers accélérait peu à  peu la nécessaire adaptation de l'école. Et puis, un Maire est libre de sa gestion, a-t-il conclu.

 

Pas exactement : un Maire est libre d'une gestion responsable. (L'universitaire espagnol insiste bien, dans ses expériences, sur la responsabilité).

La France et l'Europe n'éviteront le déclin que si leur projet collectif porte sur la Connaissance, le Savoir, la Recherche. L'école ne peut donc rester immobile, avec des pratiques dépassées.

Prioritairement, chaque élève doit posséder son ordinateur personnel à l'école. Il s'agit d'un usage régulier de ce nouveau « cahier- crayon », non réservé au seul cours d'informatique. (Dans cette période de chômage aggravé, les emplois encore disponibles requièrent des compétences en informatique).

Le proviseur du lycée reprit le thème de la liberté pédagogique, celle des professeurs, pour justifier l'absence d'utilisation des TIC pendant les cours de Français.

Or, tous les professeurs, comme les maires, sont responsables du futur de leurs élèves. Ils ont l'obligation de se former en permanence pour ne pas dispenser un enseignement anachronique. L'ordinateur n'est qu'un outil,  qui change la relation, mais enrichit encore le rôle du professeur : il n'est plus temps d'avoir peur.

La majorité des enseignants, motivée, souhaite un plus grand engagement de la hiérarchie de l'Education Nationale et des Collectivités territoriales..

L'ordinateur scolaire individuel dépasse son usage : il symbolise le droit des élèves à une formation adaptée au 21ème siècle, face aux seules libertés, discutables, de certains adultes auxquels ils sont confiés.

Annie Keszey pour Atelier des Idées