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15 juillet 2014

Réinventons le politique.

Alain Touraine, sociologue, dans « Le Monde » du 9 juin 2014. Extraits. 

… «La montée puissante du FN ne veut pas dire que cette montée soit irrésistible. Le problème central est celui-ci : la gauche, plutôt que la droite qui me semble manquer d’une orientation générale, est-elle capable de sortir du monde imaginaire où elle s’égare, et peut-elle réussir le grand saut qui lui redonnera vie en la plaçant dans la réalité du monde du XXIème siècle ? 

…Le renouvellement de la gauche suppose en premier lieu que celle-ci transforme sa vision des acteurs économiques…Il est indispensable de défendre en bloc les intérêts du travail contre toutes les formes de profit qui ne sont pas liées à la création économique…Nous savons tous que n’importe quel gouvernement dans les années qui viennent sera jugé sur sa capacité de parvenir à retrouver la croissance et de faire reculer le chômage. 

… Nous avons imposé les droits de la majorité : nous devons maintenant faire respecter les droits des minorités. 

Qui ne souffre de voir la froideur ou, au mieux, la tiédeur avec lesquelles on parle des problèmes de la jeunesse, à l’école, dans l’université, sur le marché du travail ? Nous voyons monter partout dans le monde l’obsession de l’identité, la peur de l’autre, l’assassinat des minorités. Contre ce triomphe glacial de la mort et de l’interdit, seule la passion de la diversité, mais fondée sur la croyance en l’universalisme des droits fondamentaux, peut nous faire choisir l’ouverture au lieu de la fermeture, l’innovation au lieu du refus… 

Chacun l’a bien senti au cours des récentes élections : c’est le même mouvement, c’est la même faiblesse du système politique, le même vide de la pensée et de l’action qui conduisent les uns vers l’abstention et les autres directement vers le FN. Et ce n’est pas en traitant une partie importante de l’électorat comme une masse inférieure qu’on redonnera vie à l’exigence de liberté et de dignité sans laquelle la démocratie n’est plus qu’un chapitre dans un manuel de droit. 

Nous avons besoin de décisions, de réformes, d’innovations, mais beaucoup plus encore, et de manière urgente, de volonté et de capacité d’agir pour empêcher les ruptures et la violence et apprendre à nouveau à vivre ensemble.» 

www.atelier-idees.org

 

10 février 2012

UNE PENSEE BARBARE DU MINISTRE DE L'INTERIEUR.

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Pour Montaigne « appeler barbares les peuples d’autres civilisations » c’est la barbarie d’une pensée.

 

 

 

 

Claude Guéant, particulièrement inspiré, estime que « toutes les civilisations, toutes les pratiques, toutes les cultures, au regard de nos principes républicains, ne se valent pas ».

Serge Letchimy, ému, député de la Martinique (colonisée et frappée par l’esclavage pendant plusieurs siècles) a affirmé que les propos du ministre étaient « une injure faite à l’homme…Aucun peuple n’a le monopole du progrès, de la science, de l’intelligence…Le régime nazi, était-ce une civilisation ? » Puis il a lancé à Claude Guéant : « Vous privilégiez l’ombre. Vous nous ramenez jour après jour à ces  idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration ».

Le gouvernement a quitté l’hémicycle en signe de protestation, contre Serge Letchimy.

Aucune analyse historique équilibrée de ces propos, ne proviendra de l’UMP.

 

Edgar Morin, directeur de recherche émérite au CNRS, reprend ce débat, au-dessus de l’arène et de l’immédiateté.

«  La France doit être considérée dans son histoire non seulement selon les idéaux de liberté-égalité-fraternité promulgués par sa révolution , mais aussi selon le comportement d’une puissance, qui, comme ses voisins européens, a pratiqué pendant des siècles, l’esclavage de masse, a dans sa colonisation opprimé des peuples et dénié leurs aspirations à l’émancipation. Il y a une barbarie européenne dont la culture a produit le colonialisme et les totalitarismes fascistes, nazis, communistes. On doit considérer une culture non seulement selon ses nobles idéaux, mais aussi selon sa façon de camoufler sa barbarie sous ses idéaux…De même, le christianisme ne peut être considéré seulement selon les préceptes d’amour évangélique mais aussi selon une intolérance historique envers les autres religions, son millénaire d’antijudaïsme, son éradication des musulmans des territoires chrétiens… La civilisation moderne née de l’occident européen a répandu sur le monde d’innombrables progrès matériels mais d’innombrables carences morales à commencer par l’arrogance et le complexe de supériorité…

Il s’agit de dépasser un occidentalocentrisme et de reconnaître la richesse de la variété des cultures humaines…Nous devons reconnaître les vices autoritaires des cultures traditionnelles, mais aussi l’existence de solidarités que notre modernité a fait disparaître, une relation meilleure à la nature et, dans les petites cultures indigènes des sagesses et des arts de vivre…  

Le faux universalisme consiste à nous croire propriétaires de l’universel- ce qui a permis de camoufler notre absence de respect des humains d’autres cultures et les vices de notre domination.

Le vrai universalisme essaie de nous situer en un méta-point de vue humain qui nous englobe et nous dépasse, pour qui le trésor de l’unité humaine est dans la diversité des cultures. Et le trésor de la diversité culturelle dans l’unité humaine.

Extraits de « Débats- Le Monde du 8/02/2012. Image: nightwish57.skyrock.com

www.atelier-idees.org

Annie Keszey.