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26 février 2017

MARINE LE PEN PRISE AUX MOTS.

 Décryptage du nouveau discours frontiste. Seuil. 310 pages. Nouvelle publication.

Cécile Alduy, professeur de français à l’université de Stanford, en Californie et Stéphane Wahnich, professeur de communication politique à Paris-Est-Créteil, nous livrent le résultat de leur analyse lexicale, littéraire et statistique de 500 discours, textes et déclarations de Marine Le Pen afin d’en saisir la logique interne et d’expliquer l’efficacité rhétorique. 

C’est un livre profond, qui libère définitivement le lecteur de l’éventuelle emprise inconsciente qu’auraient pu avoir les discours frelatés de Marine Le Pen.

 

Extraits discontinus. 

« Marine Le Pen garde très majoritairement le programme de son père Jean-Marie Le Pen, (le nationalisme, l’identité nationale, l’immigration, etc.) celui d’une  extrême droite nationaliste et xénophobe. Elle y ajoute quelques notions fortes, biaisées pour brouiller les repères : la laïcité, l’égalité contredite par la priorité nationale, épine dorsale structurelle du programme de discriminations... Elle reprend en permanence tous les thèmes  fondamentaux de l’extrême droite : décadence de la France, dénonciation des élites, diabolisation du monstre européiste, de la mondialisation, de l’islamisme, réquisitoire contre les féodalités et les communautés...  

Pour atteindre la dédiabolisation du parti, elle modernise le vocabulaire, les thèmes et l’image. Elle s’est forgé un style propre, incluant des concepts politiques porteurs (République, liberté, laïcité...) et de nouveaux mots codés (communautarisme pour immigrés). La mise en sourdine des mots et des thèmes les plus controversés de Jean-Marie Le Pen et l’adjonction d’un vocabulaire emprunté au camp républicain permettent à Marine Le Pen de décaler le centre de gravité de son discours vers un point d’acceptabilité plus proche de la norme environnante.  

Son discours est double. Tout d’abord, elle adapte ses argumentaires selon ses auditoires. Sur l’immigration par exemple, elle parlera dans les grands medias de politique « dissuasive » et mettra en avant une rationalité comptable. Elle réservera aux militants la logique xénophobe: l’allusion « au grand remplacement » et l’insistance sur le risque de «submersion démographique » et de conflits multiethniques. Elle use du doublage des mots de la République qu’elle accapare d’un sens second, contestable ou abusif, qui infléchit subrepticement leur signification originelle vers une interprétation politique tendancieuse : L’exemple le plus flagrant est celui de  « laïcité » redéfinie dans un sens restrictif et instrumentalisée comme une arme contre les populations d’origine immigrée. Ce double langage correspond enfin à la dualité inscrite au cœur de la stratégie de dédiabolisation elle-même, tiraillée entre les impératifs de la normalisation et ceux d’un positionnement antisystème. En dépit de ce double langage Marine Le Pen ne se contredit jamais. Son discours est « étagé », les mots et les argumentaires sont choisis en fonction des publics, mais les référents et les mesures proposées restent les mêmes.  

Le programme de Marine Le Pen s’inscrit en porte-à-faux avec les principes fondateurs de la démocratie française : il renie l’article premier du préambule de la constitution de 1958 et trahit la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 alors que Marine Le Pen, sans honte, s’en réclamait dans son discours d’investiture de 2011.  

La laïcité « sacrée » et « Mon peuple » de Marine Le Pen, par Cécile Alduy. 

La laïcité est aux antipodes de l’idéologie du FN historique. Jean-Marie Le Penn a pour compagnons de route des catholiques intégristes. Il manifeste pour l’école libre en 1984 contre « les laïcards », invoque Dieu dans ses discours et cite Benoît XVI. Entre 1990 et 2005, il aborde la question une dizaine de fois, soit dans 2% de ses interventions. 

Marine Le Pen s’est lancée dans une véritable croisade pour la laïcité, ce « principe français sacré ». Entre 2011 et 2013, elle en parle plus de trente fois, soit dans 25% de ses interventions. Si elle dit vouloir « l’application de la loi (de 1905), toute la loi, rien que la loi », elle défend une conception maximaliste et discriminante de la laïcité. La neutralité religieuse devrait s’appliquer à tout l’espace public (rues, entreprises, universités), et elle cible la religion musulmane (plus de 150 mentions contre 12 pour les juifs et 2 pour les catholiques) développant une logique de l’hyperbole anxiogène et de l’amalgame. « La République laïque n’est plus qu’un souvenir évanoui par des années d’immigration massive, de soumission aux revendications des fondamentalistes ». Une exagération martelée depuis les attentats de Mohamed Merah et contre Charlie Hebdo, toute croisade devant désigner des infidèles : «islamistes », «fondamentalistes musulmans », « racailles radicalisées », et plus largement « ces minorités visibles, communautarisées et organisées, à qui tout est dû et auxquelles on donne tout ». 

Marine Le Pen a réussi une véritable OPA sémantique sur le concept de laïcité, qu’elle transforme en une arme politiquement correcte contre les musulmans et les immigrés. C’est un procédé classique de « rétorsion » : emprunter à l’adversaire ses propres mots, les retourner et l’en déposséder. Chez elle, la laïcité ne correspond plus au principe de séparation des églises et de l’Etat, garantissant à la foi la liberté religieuse et la neutralité républicaine, mais à un levier contre l’islam et l’immigration.   

Mon peuple. 

Le national-populisme de Jean-Marie Le Pen s’exprime à travers le double mythe d’un peuple miraculeusement uni et sain  mais trahi par les élites, et du chef qui l’incarne et le guide. D’où le slogan de la présidentielle de 1988 : « Le Pen, le Peuple ». C’est un populisme ethnicisé qui exalte un sang gaulois immémorial et dénonce la disparition du peuple français sous la pression d’une immigration de peuplement. 

Marine Le Pen reprend cette mythologie mais insiste sur la dimension politique d’une souveraineté populaire confisquée par l’UMPS et la caste européenne. Elle veut donc rendre le pouvoir aux Français. Pour cela elle milite pour une démocratie directe référendaire censée donner la parole au peuple. Mais elle n’abandonne pas l’idée nationale populiste du guide. Son slogan de 2012 « La voix du peuple, l’esprit de la France » la présente comme l’incarnation du souffle collectif. Elle ne serait ni de droite ni de gauche mais « en plein milieu du peuple français, à le défendre ». Dans ses discours, elle parle de mon peuple et affirme « Je suis la France » sur TF1, le 15/09/2012. 

Marine Le Pen parle du peuple soit comme demos, source de la souveraineté démocratique, soit au sens des catégories populaires, soit comme ethnos, groupe défini par l’ascendance c’est-à-dire « les français de souche ». Elle louvoie entre ces définitions, entretient en permanence la confusion, dissimulant sous un vernis démocratique ou social les fondements ethnoculturels du « peuple » mariniste. C’est ainsi qu’elle peut appeler à « rassembler la communauté nationale...des gens qui auront des origines différentes, des religions différentes » puis, quelques minutes plus tard, donner une définition exclusive de l’appartenance à «la nation » : la maison du peuple français, c’est la France, et il a le droit, chez lui, de décider qui vient et qui reste ». (France 5, 7/10/2012.) 

Les deux auteurs du livre  décryptent donc ainsi la plupart des doubles-mots marinistes pour en déjouer la pernicieuse et redoutable imposture : l’ «Etat-nation », « l’immigration massive », « liberté-égalité », «l’âge d’or et l’unité », « décadence et renaissance », « le complot », « Prophètes et messie », « une mystique de l’histoire », « négation de l’histoire et impensé du discours »...  

Les conditions d’une réception favorable du discours mariniste. 

C’est vraisemblablement dans la rencontre entre ce nouveau discours et une situation sociopolitique difficile qu’il faut rechercher les raisons de la dynamique actuelle du Front national. 

Le vote Front national est d’abord une réaction face à l’évolution sociétale plus large de notre pays. La carte du taux d’immigration par département, celle de l’insécurité et celle des inégalités sont beaucoup plus proches de la carte électorale du Front national que ne l’est celle du chômage. Ce vote semble être d’abord l’expression d’une fragilisation sociale. Plus on est éloigné du centre de l’agglomération, plus on a le sentiment d’être oublié, déclassé, plus on a tendance à accorder sa voix au parti de Marine Le Pen. Il s’agit en réalité d’un vote de protection. 

Dans certaines régions, dont l’Ouest, relativement épargnées par l’immigration, il s’agit d’une réaction surdimensionnée, prudentielle, provoquée par des discours excessifs de la presse sur la réalité, qui aident Marine Le Pen à activer les peurs liées aux représentations des banlieues. 

Le vote Front national est aussi une réaction face à l’impuissance des politiques à réguler la société française aussi bien socialement qu’économiquement. La politique d’accueil des populations étrangères, par la droite et la gauche, est incertaine depuis des décennies : assimilation, puis intégration, puis inclusion qui pourrait se réduire, en France, à une mise en place non officielle de communautarisme confus... 

Le rapport des citoyens aux politiques est, depuis de nombreuses années, teinté de scepticisme et de suspicion. Les manquements démocratiques des élus et leur manque de pédagogie multiplient les abstentionnistes. 

Les discours des candidats à l’élection présidentielle de 2012 ont été plus marqués du sceau de la dénonciation qu’à celui de la proposition. Le recours aux boucs émissaires, coupables, a fait florès : Jean-Luc Mélenchon en voulait aux riches, François Hollande à la finance, par un appel à l’idée d’un complot secret qui en une phrase expliquait les maux des Français. Nicolas Sarkozy mettait en accusation les «  corps intermédiaires » et l’immigration. Ainsi ont-ils tous favorisés, par leurs thèmes, en les banalisant, les discours de Marine Le Pen. 

De nombreux politiques ont dérapé dans leurs propos, réhabilitant ainsi le discours du FN ; Charles Pasqua, Michel Rocard, Laurent Fabius, François Mitterrand, Jacques Chirac, Valery Giscard d’ Estaing, Nicolas Sarkozy (le Kärcher, les racailles et le discours de Grenoble). Certains autres ont frôlé sans états d’âme l’antisémitisme : Jean-Luc Mélenchon (un balai à la main), Christian Jacob (le mythe du « juif apatride »), Jean-François Copé (le pain au chocolat arraché...) 

Les affaires créent un climat délétère qui favorise les extrêmes : DSK menotté, Cahuzac, le Fouquet’s et le yacht privé d’un grand patron en 2007, Thomas Thévenoud, Copé-Fillon... 

Marine Le Pen occupe désormais une place incontournable dans les medias : elle garantit « une belle audience ». 

La bataille des idées-contre Marine Le Pen- n’est pas encore perdue. Encore faut-il choisir ses armes-SES MOTS-pour la mener. 

Les politiques, en urgence, doivent proposer un modèle explicatif clair du monde avec des propositions simples pour un bel avenir. 

 

Le parti lepéniste a forcé les portes de la République. Il s’emploie aujourd’hui à en squatter les valeurs. Il est urgent d’en décrypter les ruses. Les condamnations morales ont fait long feu. Plus que jamais c’est un combat politique. (LA FRANCE AU FRONT – Pascal Perrineau-Fayard- 2014.)

Autres sources : Le Monde 9/01/2015 et 21/02/2015.) 

Annie Keszey.

 

10 décembre 2015

Les électeurs désespérés du nouveau Front National.

C’est bien sûr par désespoir et exaspération qu’autant de citoyens français ont voté « FN » au premier tour des élections régionales. On ne saurait les penser extrémistes ou déraisonnables ! Ils marquent ainsi plus violemment que d’autres, les abstentionnistes par exemple, leur opposition à l’inefficacité permanente, au manque de bon sens des partis de droite et de gauche et à leurs joutes oratoires vides. Le chômage, particulièrement le chômage des jeunes, l’endettement, les inégalités, l’insécurité et les questions identitaires sont des maux endémiques destructeurs.

Ces électeurs savent, comme les autres, que le parti de Marine Le Pen ne sert pas les valeurs de la République à laquelle les français sont attachés. Ils ne peuvent confirmer leur choix, provisoire, dimanche 13/12/2015 : ils seraient alors complices du parti FN contraire à l’éthique, à la fraternité et casseur d’avenir. Il y a d’autres solutions.

Nous partageons tous quelques « belles » connaissances du FN.

Le patriarche Jean-Marie Le Pen, « cette grande gueule », excelle en condamnations par la Justice et dépasse en nombre certains malfrats :

Le site lci.tf1 a recensé 9 condamnations.

Un autre site comptabilise 21 condamnations (et ce n’est pas fini !) :

http://Jrdf.unblog.fr/historique-des-condamnations-de-le-...

En 2014, Jean-Marie Le Pen a encore été condamné pour complicité d’injure publique envers les Roms.

Marine Le Pen sera donc « large d’esprit » lorsqu’à Taverny, dans le Val d’Oise, elle interrogera François Hollande : Quelle crédibilité, quel respect peut avoir un Etat qui laisse commettre cinquante fois de suite des délits ? Cinquante amenuise relativement le grand écart paternel ! Cinquante aurait concerné 10 cas en 10 ans.

Le blog de Caroline Fourest nous rappelle que Jean-Marie Le Pen avait eu un compte en Suisse et fraudé le fisc, qu’il avait eu pour ami un grand proxénète...

Son parti est né de la guerre d’Algérie contre le colonialisme français, ce qui explique peut-être sa thèse, fébrile, implicite actuelle d’une France soumise à une revanche de colonisation.  

Marine Le Pen, sa fille, est présidente du nouveau FN à la suite de son père. C’est le seul parti français à avoir transmis le poste de président sur un mode parfaitement monarchiste. Le 27/01/2011, Marine Le Pen et son ami Louis Aliot sont condamnés par la Cour d’appel de Versailles : les peines d’amendes délictueuses sont confirmées, 5 000 € doivent être versés à Christian Baeckeroot et 4 500 € de frais de procédure. Louis Aliot fils d’un français et d’une mère pied-noire d’Algérie rapatriée, avait fait ovationner, en meeting, selon Sylvain Crépon, Bastien Thiry, membre de l’OAS et organisateur de l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle. Louis Aliot est avocat. Le 3/04/2014, Marine Le Pen est condamnée pour manœuvres frauduleuses à propos d’un tract ayant porté préjudice à Jean-Luc Mélenchon...

En 2012, Olivier Duguet, ancien trésorier de Jeanne le micro-parti de Marine Le Pen est reconnu coupable d’une escroquerie au préjudice de Pôle Emploi de 100 748 €...

Elue, pour trois mandats successifs, députée au Parlement européen, Marine Le Pen est rémunérée sur fonds publics : 5 963.33 €/mois, après impôts plus 4202 € de frais généraux. Une indemnité de subsistance de 208 € par jour est octroyée mais en cas de présence seulement ! 17 540 € sont versés aux députés pour les assistants et secrétaires. Louis Aliot, recruté en 2011, sera payé 5 006 €/mois pour un mi-temps, sur ces fonds, dans le Nord- Ouest, alors qu’il est élu local à Perpignan. Marine Le Pen a également fait garder ses enfants par une assistante parlementaire censée travailler au Parlement européen.

Rémunérée par l’Europe, Marine Le Pen milite contre l’Europe et contre l’euro.

Lors du précédent mandat elle se distingue par son absence de travail et par son absentéisme !  Elle est classée 741ème sur 754 pour son manque d’assiduité.

Elle admire Vladimir Poutine et Bachar Al Assad.

La jeune Marion Maréchal Le Pen, au visage d’ange, jeune diplômée antitout, jouit de son programme politique : fermeture des frontières, repli national, stigmatisation de l’immigration, sortie de l’Europe, sortie de L’OTAN...

Jean-Louis Bourlanges, professeur associé à Sciences Po, ne souhaite pas que le pouvoir soit donné à des forces étrangères à la culture pluraliste, libérale et démocratique de la République française. Ce serait le cas si Mme Le Pen arrivait au pouvoir à la tête d’un parti formé à partir de groupuscules d’extrême droite, administré par une terrifiante oligarchie familiale, financé on ne sait comment et porteur d’une philosophie inquiétante de rejet des autres et de fermeture au monde, d’opposition frontale ou larvée aux autorités religieuses, musulmanes, mais aussi catholiques.

La fréquentation de Sciences Po ou de l’ENA, ces grandes écoles de la République, ne forme pas obligatoirement à un grandiose idéal commun. Florian Philippot, bras droit de Marine Le Pen, s’active clairement en eaux troubles, attiré par le Pouvoir. Diplômé d’HEC et de l’ENA, il a été haut fonctionnaire de l’Inspection générale de l’Administration. Engagé à gauche, il adhère en 2011 au FN dont il est devenu le vice-président. Depuis 2014, il est aussi un député européen contre l’Europe et l’euro. La montée en puissance du FN motive des énarques à la recherche de postes politiques lucratifs : Philippe Lottiaux et Philippe Martel. Les 3 énarques servent de pub au FN : Tous les trois (paraît-il) sont dans la culture des grands serviteurs de l’Etat, pétris de la culture d’administration au sens noble. D’autres diplômés de grandes écoles rejoignent la famille. 

Dimanche 13 décembre 2015, l’indispensable vote citoyen pour le second tour des élections régionales triangulaires sera gris, sans doute, pour la majorité des électeurs. Mais il n’y a que deux choix possibles, la droite confuse et la gauche divisée mais démocratiques. Ce sont des partis que leur force d’inertie prolongée a fait entrer en décomposition, élites confinées dans des discussions de salon, élites irréalistes, sophistiquées, moralistes : mais les citoyens actifs du peuple réaliste, prosaïque, direct,* en état d’urgence, sauront s’engager avec talent dans une recomposition politique très large dès le 14 décembre... L’avenir sera meilleur : ces partis sortent du déni !

Le FN est à rejeter, aujourd’hui sa hargne et son programme anachronique ne lui permettent pas de gouverner : il porte en lui l’insécurité pour tous, insécurité qu’il dénonce pourtant. Mais, il faut engager avec lui, maintenant, un débat d’idées rigoureux et serein parce qu’il n’a pas tous les torts. Il a brandi le drapeau français avant tout autre, il a réclamé la fermeture des mosquées fondamentalistes. Avec bon sens, il a dit qu’un gouvernement ne peut ouvrir ses frontières au point de diluer sa culture dans l’absolu mélange*... Sa culture « des Lumières ».

Chantal Delsol, philosophe*.

Annie Keszey.

10 mars 2015

10/03/2015. MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE, MANUEL VALLS.

 Lettre ouverte.  

Objet : votre  appel à combattre le Front National. 

 

                        Monsieur le premier ministre, 

 

            Vous auriez dit : 

« Le danger (le FN, aux portes du pouvoir) est là devant nous, il est immense. Tout le monde le sait, et pourtant, il y a comme une étrange accoutumance, presque une forme d’endormissement généralisé...Où sont les intellectuels ? Où sont les grandes consciences de ce pays, les hommes, les femmes de culture, qui doivent monter, eux aussi, au créneau ? Où est la gauche ? »  

Vous ne vous réveillez que quinze jours avant des élections, vous ne semblez pas avoir lu les nombreuses études publiées sur le FN, par des écrivains, des politiques et des journalistes, vous réduisez le peuple français, (que vous ne connaissez pas et que vous méprisez  dans vos propos, involontairement peut-être)  aux seuls intellectuels.  

Vous cherchez la gauche, vous n’êtes pas le seul. Mais, la gauche, n’est-ce pas d’abord vous-même ? 

Citoyenne banale, ordinaire, je vous informe m’opposer au FN, sans avoir attendu votre leçon de civisme: de nombreux autres citoyens que vous ne voyez, ni n’entendez,  coupé d’eux tous dans votre cocon élitiste, font de même. 

Veuillez trouver ci-joints quelques exemples de publications, contre le FN, faites sur de modestes blogs, la liste n’est pas exhaustive : 

  • 30/06/2014 : Enquête au cœur du nouveau Front National. Sylvain Crépon*. Nouveau monde 2012. Extraits.

  • 8/06/2014 : Le National-populisme, voilà l’ennemi. Jacques Julliard. Extraits.

  • 24/02/2015 : Marine Le Pen prise aux mots. Décryptage du nouveau discours frontiste. Cécile Alduy et Stéphane Wahnich. Seuil. Extraits.

  • 26/02/2015 : Puteaux. Incitation muette au rejet racial et religieux.

  • 2/03/2015 : Puteaux. Le zoo frontiste de Gérard Brazon. 

Michel Wieviorka qui a publié « Le Front National, entre extrémisme, populisme et démocratie, Maison des Sciences de l’homme, 2013. »  est autorisé à dire que le problème ne vient pas du silence des intellectuels mais de l’indifférence des politiques. Il s’est mis à votre disposition par courrier et attend toujours une réponse de votre part. Gaël Bustier, chercheur spécialiste de l’extrême droite et proche du PS partage cette opinion : Les appareils politiques ne peuvent pas anesthésier le débat public et en même temps reprocher aux autres d’être responsables de l’endormissement qu’ils dénoncent. (Le Monde du 7/03/2015.)  

En tapant sur google « Livres publiés sur le Front National », vous aurez une idée de l’implication des intellectuels et pourrez  commencer à vous informer.  

Vous êtes en première ligne : au-delà de vos mots déferlants, le peuple attend des actes urgents de votre part pour combattre le Front National. Il espère toujours une vision d’avenir crédible, novatrice, intelligente*, une République exemplaire et donc transparente, une République légale et morale.  

Avez-vous lu « Le capital au XXIème  siècle de Thomas Piketty, aux éditions du Seuil » ? Qu’en avez-vous fait ? Au lieu d’aider les très pauvres en ponctionnant les « un peu moins pauvres » comme vous venez de le faire, pourquoi ne ponctionnez-vous pas les rentes ou les actions ? 

Avez-vous lu « La France périphérique. Comment on sacrifie les classes populaires ? »  de Christophe Guilluy, auteur également des Fractures françaises ? Le PS a perdu les électeurs ouvriers et précaires Que faites- vous ? Ce sont ces mêmes populations  qui souffrent de l’Etat hors-la-loi quand il n’applique pas, souvent impunément, sa loi DALO. Retirez l’attribution des logements sociaux aux responsables politiques locaux tentés par le clientélisme. Ils ne peuvent être objectivement justes.  

Que faites-vous pour la jeunesse en désespérance ? Trois ministres socialistes successifs  (et leurs prédécesseurs bien sûr) n’ont pas encore soulevé la question dramatique des dizaines de milliers d’élèves qui quittent l’Education Nationale sans diplôme. Ces ministres ont joué et « jouent » avec des  sujets mineurs fortement médiatisés : les mots, pour eux aussi, se substituant aux actes. Pourtant la solution ne serait nullement complexe : elle heurterait certains principaux et proviseurs statiques. Il faudrait donc ce courage politique concret, inexistant. 

La morale ? Aucun parti politique n’est indemne. Le doute citoyen est permanent. 

Les Français n’oublient pas, moins encore quand ils sont mal informés et parce que la justice est lente. Tous les partis politiques ont des condamnés par la Justice, votre gouvernement aussi.  Le président d’honneur du Front National, Jean- Marie Le Pen, est le plus déshonoré, condamné un nombre extrême de fois, mais il survit dans un parti reconnu « républicain ». C’est une offense, ce sont des offenses, faites aux citoyens attachés aux valeurs fondatrices. Marquez votre temps Monsieur Valls, proposez une loi « évacuant » de la politique tous les représentants imparfaits dont les casiers judiciaires ne sont pas vierges!

Vous serez observé par les peuples européens et certainement suivi, par «Podemos », par exemple.

Ces quelques  actes anti- FN ne seraient que le début d’une belle politique de gauche.

 

www.atelier-idees.org 

www.rupture-et-metamorphose.org 

www.notreputeaux.com 

Annie Keszey.

 

09 janvier 2015

L'APPROXIMATION DEMOCRATIQUE DE François HOLLANDE.

L’Unité nationale ne peut être une nouvelle stratégie de division et le Front National, dont les idées archaïques sont certes à combattre, ne saurait  être exclu.

 

Le FN est un parti politique légal de la République, à ce titre il a des droits égaux à ceux des autres partis. Mutiler l’Unité nationale par sa mise à l’écart et donc par le rejet de ses nombreux électeurs est un abus de pouvoir et, paradoxalement, une nouvelle faiblesse présidentielle dangereuse pour l’avenir.

 

Nous sommes tous Charlie.

 

TOUS !

 

Annie Keszey.

 

 

 

 

 

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23 juin 2014

ENQUÊTE AU COEUR DU NOUVEAU FRONT NATIONAL.

Sylvain Crépon, sociologue. Nouveau monde éditions 2012. 

Extrait. 

« Le FN demeure fidèle à ses fondamentaux nationalistes d’extrême droite. L’armature de sa doctrine reste une conception déterministe et ethnique de l’identité, hermétique aux valeurs universalistes des droits de l’homme et de la citoyenneté républicaine. Le FN veut refonder la démocratie sur une base identitaire. A travers la préférence nationale rebaptisée priorité nationale, et la réforme du code de nationalité, cette question identitaire demeure la pierre angulaire de l’idéologie du nouveau lepénisme. De même, il reste fidèle à deux ressorts traditionnels de l’extrême droite française : la condamnation des élites, déconnectées du peuple et méprisant son bon sens, et la dénonciation de leur corruption à travers l’inusable slogan : « Tous pourris ». Il est vrai que dans ce registre l’affaire Cahuzac ou celle (Bygmalion) de l’UMP lui fournissent des exemples éloquents. 

Mais il est parvenu à inscrire ses mesures chocs et ses idées phares dans ce moule nationaliste : la lutte contre le chômage, la préservation du système de protection sociale. Le réarmement économique implique à ses yeux, la fermeture des frontières, l’arrêt de toute immigration, la sortie de l’Europe « passoire », le rejet de la mondialisation 

La radicalité singularise le FN : Jean Marie Le Pen a récemment évoqué la solution que « Monseigneur Ebola », du nom du virus mortel, pourrait apporter à la question de l’immigration. Mais comme le FN prétend au pouvoir, il ne peut trop se marginaliser et donc tente de se normaliser. Cette dialectique entre radicalité et normalisation est permanente. Les récents élus locaux devront répondre à la question : comment jouer la carte du système quand on se veut antisystème ? »  

Contre ce  parti extrémiste chaque parti équilibré doit rapidement disposer d’un chef incontesté, d’une discipline collective, d’un discours pédagogique cohérent et d’une vision d’avenir crédible, novatrice et intelligente. L’urgence est d’offrir une alternative et de n’être plus au-dessus des lois.

 

www.atelier-idees.org

 

www.notreputeaux.com

 

Annie Keszey.

 

 

 

 

 

 

 

18 février 2013

UNE AFFIRMATION DISCUTABLE.

"...SEULE LA PAROLE DU PEUPLE VAUT QUELQUE CHOSE ?..."

Dans le passé, la parole des « peuples-foules », blancs, n’a pas été juste.
Aujourd’hui, « la parole du Peuple français » reste une fiction.


La campagne électorale pour les élections municipales de 2014 est ouverte. Puteaux Bleu Marine, du Front National, a distribué, sur le marché, sa « Lettre aux Putéoliens » de février 2013. Le sujet choisi est mineur mais une affirmation du tract, « … Seule la parole du peuple vaut quelque chose… », est chimérique.


Le passé.


Le peuple blanc du sud des Etats-Unis n’imagine, ni ne veut l’abolition de l’esclavage. Elle lui est imposée par la guerre de Sécession et par la Proclamation d’Emancipation de 1863, premier acte de libération des esclaves.
En France, le 21 janvier 1895, le Capitaine Alfred Dreyfus, fils d’une riche famille juive alsacienne, polytechnicien, est déporté, à perpétuité, en Guyane, sur l’Ile du diable, après avoir été dégradé. Accusé, par l’Etat-Major de l’Armée, d’avoir délivré des documents confidentiels à l’Allemagne, son procès à huis clos l’a condamné, sans preuve et alors qu’il affirmait son innocence. Le peuple surenchérit et crie « Dreyfus à la potence ! ». Le 11 septembre 1899, Alfred Dreyfus est libéré. L’erreur judiciaire est reconnue. Il est réintégré dans l’Armée en 1906.
Le peuple des hommes français ne « parle » guère pendant deux siècles de la nécessité d’accorder aux femmes le droit de vote, approuvé seulement en 1944.
Le peuple des colons blancs français refuse la décolonisation  pourtant meurtrière de l’Indochine, de Madagascar, de l’Algérie… et les décolonisations pacifiques, à partir de 1946. Il faut contraindre.
Ce n’est pas le peuple qui veut, en France, l’abolition de la peine de mort décidée en 1981. Marine Le Pen, du Front National, par un opportunisme objectivement macabre, se fait l’avocate d’un retour à la peine de mort, le 10 octobre 2012, sur BFM TV. Elle  flatte ainsi, stratégiquement, « le consentement meurtrier » espéré des électeurs.
Le peuple blanc, des immigrés dominateurs, en Afrique du Sud, lutte contre l’abolition de l’Apartheid, intervenue enfin en 1991, contre son gré.
La liste est interminable…


Aujourd’hui.


Le mot « peuple » a au moins deux sens différents, souvent opposés: le plus ancien désigne les citoyens d’en bas, les dominés, souvent opposés aux élites étatiques, politiques, économiques, intellectuelles, à ceux d’en haut qui les dominent. Ce sens du mot « peuple » est celui des révolutions.
Dans son second sens, plus moderne, « le peuple français» est l’ensemble des citoyens de l’Etat- France, unifié, légal et reconnu. Ces citoyens ont le droit de voter et d’être élus. L’usage de mots-clés travaille à l’unification du « peuple français » : Nation, Identité française…[Le mot Patriotisme, puissant en 1914, est affaibli par une période très longue de paix]. Or, cette unification n’est qu’éphémère puisque la vie quotidienne montre la diversité des groupes citoyens et leurs antagonismes : pour ou contre la laïcité, les juifs, les musulmans, l’immigration, le mariage entre homosexuels, l’adoption d’enfants par les couples homosexuels, l’Europe…
Dans la Démocratie française, pluraliste, le Peuple monolithique, consensuel, unifié est, pour l’instant, INTROUVABLE. Il n’existe que des citoyens-électeurs divisés. L’organisation en partis politiques fermés, usés, conflictuels jusqu’au sectarisme bloque l’unification. Simone Weil, en 1940, proposait la fin des partis politiques et aujourd’hui, en 2013, Daniel Cohn-Bendit publie aux Editions Indigène « Pour supprimer les partis politiques-Réflexions d’un apatride sans parti.» Un espoir.
La Démocratie française fondée sur la souveraineté populaire, élective et représentative, exprime, sous une forme non-violente en général, les conflits au sein de la population et élabore des compromis politiques entre des contraires, compromis qui ne sont jamais garantis de pérennité puisque les majorités sont instables*.

Ecrire « Seule la parole du peuple vaut quelque chose » est, dans notre Démocratie française représentative, de citoyens, une manipulation populiste.


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* D’après www.sylvainreboul.free.fr