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14 novembre 2016

Cumuler individuellement les votes aux deux primaires.

Une nouvelle nécessité démocratique. 

Deux primaires avant l’élection présidentielle de mai 2017 sont  prévues, chacune à deux tours : celle de la droite et du centre, éclatés, celle de la gauche éclatée.

Ce qui est en train de se passer aux Etats-Unis, comme en France, c’est que l’aléa, l’imprévu, renverse la table autour de laquelle les élites banquetaient.  Désormais tout est devenu possible (Joseph Macé-Scaron). Donc, tout futur électeur appartenant, en particulier, aux 70 % des Français qui refuseraient les trois candidats Nicolas Sarkozy,  François Hollande et Marine Le Pen, doit  accroître son poids individuel démocratique en participant aux deux primaires et à leurs deux tours probables. Si d’autres primaires s’ajoutaient ultérieurement il faudrait également y participer.

Caroline Fourest, éditorialiste, fait un reproche essentiel d’actualité à saint Sarkozy de Latran qui loin de méditer sur ses fautes, prétend en 2016 défendre le modèle laïque français. Lorsqu’il était président, il n’a cessé d’appeler de ses vœux une laïcité positive, ouverte, c’est-à-dire accommodante et a souhaité abattre l’article 2 de la loi de 1905, âme de la loi...Le bilan médiocre de son mandat est évalué.

Thomas Piketty, économiste, craint que François Hollande ne soit qu’un social cafouilleur à répétition dans un socialisme de l’usine à gaz...Le bilan interpellant de son mandat est en cours d’évaluation.

Olivier Pastré, économiste, démontre que le programme schizophrène de Marine Le Pen nuira d’abord, rapidement, prioritairement et paradoxalement, aux intérêts de ses électeurs. Un programme cynique pour masochistes.

Pour Mathieu Goar, journaliste, Nicolas Sarkozy et François Hollande soldent leur passé en s’offrant une nouvelle image. 

A chaque primaire, l’électeur  dispose de deux possibilités : voter pour le candidat de son choix, c’est  une action démocratique habituelle pour promouvoir, ou voter contre le candidat auquel il s’oppose,  afin de tenter son exclusion préalable de l’élection présidentielle, en reportant son choix sur un des autres candidats participants : action démocratique inhabituelle, réfléchie, d’affaiblissement. A ce niveau, l’abstention, le vote blanc ou le vote nul restent peu pertinents.

L’exercice fondamental du droit de vote suppose une connaissance sérieuse des bilans des candidats répétitifs et des programmes des nouveaux prétendants au rôle suprême. Les choix d’électeurs fanatiques, idéologues ou ignorants, ont souvent induit, dans l’Histoire, des drames collectifs. Un autre savoir est indispensable : celui du théâtre politique de « faussaires » aux déclamations irréelles que refusent désormais les électeurs, éclairés. Ces électeurs, par exemple, ne croient plus aux promesses grandioses des candidats, trahies depuis des décennies : « Changer la vie-Le droit à la beauté » de François Mitterrand, « En finir avec la fracture sociale » de Jacques Chirac, « Je veux une République exemplaire » de Nicolas Sarkozy, « Le changement, c’est maintenant-Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance », de François Hollande... D’autre part, la lucidité citoyenne appelle au rejet de la croisade « antisystème » des candidats du système, nombreux,  qui recherchent, en dupant, une arme de mobilisation massive. 

Il n’y a plus de fossé entre le socialisme et le libéralisme : le libéralisme est devenu social-démocrate et le socialisme libéral-productiviste. Manuel Valls et Henri Guaino représentent, autant l’un que l’autre, le socialisme réconcilié avec le libéralisme.

L’avenir de la France ne peut être ni socialiste, ni capitaliste tant ces deux voies  échouent.

Il s’agit de faire de la politique pour un projet qui fasse sens commun : une régénérescence pour quitter l’insécurité culturelle (Laurent Bouvet).

L’économie vire réellement à la folie. Le capitalisme actionnarial, c’est-à-dire le primat de la rentabilité financière, n’est pas seulement injuste et inefficace, il engendre la souffrance au travail, il tue les gens et détruit notre écosystème...La transition démocratique de mai 2017 doit avancer vers un autre système économique et politique (Jacques Généreux).

L’économiste socialiste Bernard Maris, assassiné avec les journalistes de Charlie Hebdo, dans « Plaidoyer (impossible) pour les socialistes » synthétise les échecs des deux voies politiques traditionnelles.

«Le capitalisme mène une guerre permanente à la société en modifiant les structures, les besoins, les marchés, les comportements ; il en institue la pression et le mouvement brownien permanents qui empêchent les hommes de s’arrêter, de penser et de vivre... Le capitalisme d’aujourd’hui est morbide et suicidaire : il sait qu’il tue l’humanité et il le fait...Tout ce qui existe a vocation à passer par l’eau de vaisselle du libéralisme, à être nettoyé dans l’évier graisseux de l’offre et de la demande. Ce monde totalitaire du calcul, de l’évaluation et de la computation peut bien être peint en vert, avec le logo Monsanto écrit en vert, il reste le monde du calcul et de l’horreur économique...Le capitalisme va détruire en deux siècles le pétrole que la terre a mis vingt millions d’années à fabriquer...

Le socialisme moderne est technocratique, statistique, étatique et non démocratique, globaliste, mondialiste, libre-échangiste, oubliant la morale au nom de l’efficacité et de la gestion, refusant le passé au nom du progrès et de la modernité, oubliant l’hymne à la beauté de celui qui voulait, je cite, Marcher et chanter, et délirer même sous les cieux, respirer les larges souffles et cueillir les fleurs du hasard . Les fleurs du hasard ! Y a-t-il métaphore plus anti technocratique?

Ils ont tué Jaurès !...Le socialisme, à son tour, mène la guerre civile perpétuelle pour le compte du capitalisme. Il est devenu le condottiere du capital... 

Alors, adieu. Adieu. Laissons les socialistes gérer la guerre aux vivants avec les libéraux. La vie est ailleurs. » 

Très chers amis électeurs de la présidentielle de 2017, malgré le pessimisme de Jean-François Kahn (Réflexion sur mon échec/ L’Aube) qui estime avoir perdu la quête de sa vie d’un dépassement de la bipolarité débilitante, il n’est pas impossible de trouver, non pas un entre-deux, mais une alternative à la débâcle d’aujourd’hui, la réinvention d’un devenir...

Il faut refuser d’envisager un choix nul, qui induirait, pour chacun, un vote nul : aucune autre issue que de relever la tête !

Nos futurs représentants ne seront plus des désireux de places confortables et bien rémunérées mais des engagés compétents dans la quête du bien commun : presque une révolution !

Il nous faut trouver, en six mois, un candidat (homme ou femme) pragmatique mais visionnaire, talentueux, unificateur, intègre et profondément démocrate. Un candidat que l’on souhaite admirer, soutenir et respecter. Ses engagements définis avec expertise par Thomas Piketty, devront impérativement inclure la réorientation de la mondialisation en luttant contre les inégalités scolaires, sociales, économiques et territoriales pour réconcilier la France d’en haut et celle d’en bas, en servant la protection de la terre au-delà des accords sans contraintes, pour un modèle de développement équitable et durable, en créant une puissance publique européenne forte, juste et fraternelle...Il ne sera plus possible de négocier des traités de libre-échange, en échange de rien...

Un rêve...français.

Annie Keszey.

 

21 mars 2016

Un jugement expérimenté, sévère et juste sur la LOI d'actualité.

Jacques Julliard, écrivain et éditorialiste, nous livre, dans le numéro 988 de Marianne, son point de vue synthétique sur la loi « Hollande, Valls, Macron », abritée derrière le bouclier féminin, souriant : El Khomri.

Loi-El-Khomri-2016a.jpgExtraits de « La France au miroir de ses branquignols » : les positions des uns et des autres.

Le gouvernement joue sur cette réforme la fin du quinquennat Hollande. A supposer que la loi soit votée, il ne sera pas, dans le laps de temps dont il dispose, le bénéficiaire de la réforme ; mais un succès symbolique redresserait sérieusement son image, tandis qu’un échec en rase campagne rendrait difficile, pour ne pas dire impossible, une nouvelle candidature de Hollande.

L’opposition de droite, qui a aujourd’hui le culot de reprocher au pouvoir son manque de fermeté, ne saurait faire oublier qu’ayant exercé la totalité du pouvoir pendant dix ans (2002-2012) elle n’a rigoureusement rien fait contre le chômage et pour l’amélioration du marché de l’emploi. La remarque est aussi valable pour le Medef. La surenchère de la droite n’est pas seulement indécente elle relève du comique...

L’opposition de gauche...On se demande toujours si le PS connaîtra une scission, mais moralement elle a déjà eu lieu. La faiblesse intrinsèque de ces frondeurs, pris entre l’arbre et l’écorce, tient à leur inconsistance intellectuelle. C’est une tribu délirante éblouie de ses propres paradoxes, qui assure qu’il suffit de taxer davantage les entreprises pour créer des emplois, d’endetter davantage l’Etat pour redresser l’économie, et de surveiller davantage les gendarmes pour attraper les voleurs...

Les syndicats « non-réformistes » (CGT, FO, UNEF)...Leur programme se résume en une formule : à bas l’abolition du statu quo !...En termes d’astronomie, cette mouvance syndicale est « un trou noir », dont il ne ressort rien de ce qui vient s’y abîmer. En termes marins, c’est la mer des Sargasses ou le triangle des Bermudes, je ne sais, c’est-à-dire le degré zéro dans l’art de la navigation : en termes philosophiques, c’est l’illustration de cette pensée du grand Gaston Bachelard : « Le crabe ne pince pas pour vivre, mais il vit pour pincer. »

La CFDT, avec Laurent Berger...Je crois pouvoir avancer que la CFDT a été dans cette conjoncture le seul acteur social qui ne se soit pas comporté en chien de Pavlov, et qui a exploité la situation pour amorcer quelques mutations sociales essentielles dans la lutte à long terme contre le chômage, comme le primat de la négociation sur la loi, ou encore le compte personnel d’activité...

Le peuple français lui-même, et d’abord la masse des salariés, qui a vu dans le projet gouvernemental une menace pour la stabilité de l’emploi et un encouragement à la précarité : la nouvelle version du projet devrait apaiser une partie des craintes. Il faut dire que le pouvoir, qui a fait de l’improvisation, de la pagaille et de l’incommunicabilité la marque propre du quinquennat en cours, s’est, cette fois-ci, surpassé. Une démocratie sans leadership, c’est un peuple déboussolé. Il ne reste plus guère qu’un an avant qu’un éventuel changement de boussole ne nous fasse regretter la pétaudière actuelle.

Image : www.crise-economique.net

Annie Keszey.

 

03 mai 2014

F. HOLLANDE ET M. VALLS CONFONTES A DEUX ECONOMISTES.

Le journal espagnol El Pais, du 17/04/2014, attribue à Manuel Valls le qualificatif de « flamante » : brillant, resplendissant, flambant neuf ou récent, au choix des lecteurs. 

Le titre de l’article, en première page, écrit depuis Paris par Ana Teruel est fidèle à la réalité. La France congèlera les pensions, les salaires publics, les prestations sociales et ne revalorisera pas les salaires des fonctionnaires. L’ajustement de 50 000 millions d’euros obligera à des coupes dans le domaine de la santé…Puis, en page 20, La France sacrifiera la dépense sociale…Le système de protection et de santé concentrera 40 % des coupures… 

Congeler-couper-sacrifier. 

Manuel Valls, complice de François Hollande, révèle ainsi une triple trahison : devenu social-libéral, Il trahit les conquêtes et les valeurs fondatrices du parti socialiste, il rétrécit l’Etat qui l’a accueilli et prend pour ennemies les classes précaires et moyennes au lieu de combattre le monde de la finance. 

Son plan s’inscrit dans une politique économique standard d’austérité européenne, traditionnelle, de  la droite classique, qui, historiquement, a souvent échoué, fondée sur des mythes politiques coûteux pour la base surtout et faux. Ces mythes, totems « bidons » de la pensée unique (Hervé Nathan), ont distordu la prise rationnelle de décision en économie. La désinformation venue des medias, possédés le plus souvent par des nantis, entretient dans les mentalités collectives des pratiques erronées  Les responsables politiques successifs de l’endettement français sont restés impunis et florissants. 

L’acharnement thérapeutique mal ciblé et vain de François Hollande et de Manuel Valls ne peut restaurer un système à bout de souffle. L’austérité n’est pas le remède adapté à la grande récession née en 2008- 2009, par insuffisance de la demande globale. 

La France risque ainsi de rejoindre les Etats-Unis d’Amérique dans leur descente aux enfers, leur plongée croissante dans l’inégalité sociale incompatible avec le maintien de la démocratie. 

Manuel Valls ne semble pas connaître les conseils hautement spécialisés et novateurs de Joseph E. Stiglitz, démocrate américain, prix Nobel d’économie, auteur de l’étude Le triomphe de la cupidité, en 2010, puis de l’ouvrage Le prix de l’inégalité, en février 2014. 

Après une description inconnue du public, accablante, de l’inégalité américaine actuelle, l’auteur propose, lui, une autre politique et une réforme économique, une bonne voie, celle d’un autre monde dont il expose les principes pour arrêter les excès d’en haut, ceux de l’économie virtuelle et aider les autres, pour une société plus équitable et égalitaire. Un grand nombre de propositions, au-dessus des partis politiques et en avance, sont applicables en France. 

Joseph Stiglitz concrétise, en particulier, ce que François Hollande avait promis de faire, pour être élu. Mais François Hollande  n’a sans doute pas lu le livre qui lui est donc offert, ainsi qu’à Manuel Valls, avant qu’il ne soit trop tard. 

L’essai partiel de synthèse  suivant, 510 pages en 4 pages, sera joint à l’envoi. Il ne peut remplacer la lecture de cette analyse profonde, ambitieuse, savante des USA qui aide aussi à mieux penser la réalité française. 

Un second envoi suivra, Le capital au 21ème siècle de Thomas Piketty, parfaite analyse de l’inégalité française. Un autre essai de synthèse sera joint, cette lecture complexe demandant un temps long.

 

LE PRIX DE L’INEGALITE. JOSEPH E STIGLITZ- BABEL ESSAI- 510 PAGES- 9.70 € TTC. 

  1. L’inégalité aujourd’hui aux Etats- Unis.
  2. Les raisons de l’inégalité croissante. 
  3. La bataille du budget.

  4. Les réformes : l’autre voie.

  5. L’espoir.

 

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12 juin 2013

REFAIRE L'EUROPE

Yves Charles ZARKA, Jürgen HABERMAS, François HOLLANDE.


Refaire l’Europe, c’est passer de l’Europe économique néolibérale en faillite à une Europe politique, démocratique, des peuples. L’harmonisation entre les états et l’invention d’une souveraineté européenne équitable entre tous sont des obligations complexes, indispensables pour consolider, promouvoir et parfaire l’Union européenne.

Yves Charles ZARKA est professeur à la Sorbonne, chaire de philosophie politique.
Jürgen HABERMAS est un grand théoricien allemand en philosophie et sciences sociales.
Image : lesmotsontunsens.com


HIER. L’histoire limpide de la construction européenne d’après Yves Charles ZARKA.
L’idée européenne fut, au départ, politique. Elle visait à sauver l’Europe de l’affrontement qu’elle venait de connaître au cours de la seconde guerre mondiale. Il s’agissait de mettre fin aux guerres interétatiques dans l’espace européen. L’Europe s’était déchirée pendant des siècles, elle venait d’être le théâtre de la barbarie la plus extrême, la barbarie nazie. Mais cette dimension politique originaire est vite passée au second plan, à partir de la difficulté à thématiser les transferts de souveraineté. Les politiques  mirent donc au premier plan l’Union économique avec le marché commun, puis monétaire avec l’euro comme monnaie unique. On pensait ainsi faire progresser l’économie européenne sur le plan des échanges, de la circulation des biens et des personnes.
Pour deux raisons l’évolution de l’Europe économique vers l’Europe politique n’a pas eu lieu :
-    les institutions européennes ont été conçues et mises en place sans la participation des peuples qui se sont vus imposer une volonté hétéronome, administrative, bureaucratique, sans légitimité démocratique.
-    Les dérégulations successives de l’économie et surtout de la finance, réalisées dans les années 70, en particulier par Valéry Giscard d’Estaing, Ronald Reagan et Margaret Thatcher ont rendu possible l’expansion sans limites du néolibéralisme. Le politique a perdu pied. Le néolibéralisme s’est mondialisé. L’économie et le système financier ont pris le pouvoir, un pouvoir antipolitique. Les états européens et autres y ont contribué. La croyance en la capacité d’auto- régulation d’un marché libéré de toute réglementation politique ou juridique est la principale cause du déplacement des lieux de pouvoir. Or le néolibéralisme a produit une crise qui a risqué de faire basculer dans le désastre l’économie du monde et s’est révélée totalement contraire à la démocratie. Si l’Union européenne s’effondre en raison de la crise financière dont la crise de la dette est une conséquence, c’est principalement à cause d’une faute politique partagée par les gouvernements de droite et de gauche…

AUJOURD’HUI. Les erreurs de gestion de la crise.
Jürgen HABERMAS.
Les gouvernements libéraux ne reposent pas moins sur les impôts que sur les votes. Ils doivent satisfaire de ce fait  aux exigences légales, infrastructurelles et fiscales nécessaires aux investissements rentables, de même qu’aux demandes civiles d’égalité, de liberté, de justice sociale et de sécurité des statuts, de distribution des services de première nécessité et des biens élémentaires. Il n’existe pas de mécanisme permettant d’assurer l’équilibre entre ces demandes concurrentielles, voire incompatibles, en temps de crise.
Le déséquilibre économique de l’Eurozone ne fera que s’aggraver dans l’avenir. Il ne pourra être éliminé qu’au moyen d’une harmonisation différenciée des politiques nationales, économiques, fiscales et sociales. Le gouvernement allemand a soutenu et obtenu, depuis 2011, un accord sur des politiques nationales individuelles d’austérité, sur des procédures communes de supervision, ainsi que la confection de mécanismes de sanction en cas de transgression. Mais l’accord souffre de trois défaillances majeures :
-    le diktat des politiques d’austérité est contre- productif au regard d’une reprise de contrôle politique sur les marchés financiers débridés,
-    l’idée d’un système à une règle unique pour tous ne s’accorde pas avec la nécessité d’établir des programmes publics différentiels, en fonction de niveaux de développement économiques différents, dans le contexte de cultures économiques différentes.
-    Le clair-obscur des pressions et des soumissions à contrecœur induit par le pacte « euro plus » du 25 mars 2011 nuit à la pertinence démocratique nécessaire.
-   
Yves Charles ZARKA.
Les décisions prises jusqu’à ce jour sont aveugles à la réalité de leurs effets. L’unique solution qui consiste à soumettre les populations à une austérité de plus en plus sévère produit l’effet inverse de l’effet attendu, c'est-à-dire, la récession, l’accroissement du chômage, la diminution des recettes fiscales, la perte de confiance des populations envers leurs dirigeants et l’apparition de mouvements sociaux parfois violents. La crainte de la démocratie par les dirigeants qui ne consultent pas les peuples est la matrice de tous les populismes. Les gouvernements ne comprennent pas ce qui se passe parce qu’ils pensent encore que le marché est un principe d’autorégulation et de vérité…
Le politique doit sortir de l’état de servilité et de délitement profond dans lequel il s’est mis lui-même. Il faut restaurer le domaine public et reprendre le pouvoir des mains du marché. La concurrence imposée aux travailleurs isole les individus et les rend vulnérables, un retour au collectif, aux biens et valeurs communes devient urgent…Fonder une Europe démocratique est incompatible avec ces affaiblissements coupables de la démocratie.
Les nations ne veulent pas se dissoudre dans un ensemble plus grand où elles ne se reconnaîtraient plus et perdraient la maîtrise de leur présent et de leur avenir.
Tant qu’on imaginera le partage de souveraineté comme une perte ou un transfert d’une part de la souveraineté nationale à une instance supranationale par délégation ou par subsidiarité, les problèmes persisteront… 

DEMAIN. L’Europe politique.
Jürgen HABERMAS.
Il faut donc repenser complètement le partage de souveraineté. Le partage ne se ferait pas entre les états qui composent l’Union, ni entre les deux étages états et Union selon des processus déjà connus dans le monde mais, pour la première fois, entre les peuples européens d’une part et les citoyens européens de l’autre. Le partage de souveraineté se ferait entre les mêmes sujets acteurs doublement citoyens et consultés différemment selon qu’ils le sont au niveau national ou au niveau européen. La volonté exprimée au niveau européen ne serait donc plus extérieure pour aucun européen et ce qui est perdu au niveau des états se retrouverait au niveau de l’Europe. Une organisation fine serait à construire, en particulier la mise en place d’un nouvel espace public commun de débats, de délibérations et de discussions dont la gestion ne saurait être confiée ni à des politiques, ni aux médias…
« Refaire le monde » aux éditions PUF approfondit cette proposition  politique et philosophique à partir de nombreuses autres contributions. Ce livre est offert à François Hollande.

François HOLLANDE. Conférence de presse du président de la République le16 mai 2013.
Un début d’espoir. François Hollande dit passer à l’offensive, veut sortir l’Europe de sa torpeur et la France souhaite être un trait d’union entre les états du nord et ceux du sud, évolution unificatrice pacifique. Son opposition à la doctrine du « tout-austérité » de Bruxelles est  affirmée parce que c’est un échec. Il reprend une proposition ancienne de Pierre Bérégovoy, celle d’un gouvernement économique de la zone euro, autour d’un véritable président nommé pour une durée longue…il harmoniserait la fiscalité, commencerait à faire acte de convergence sur le plan social, par le haut et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale…Le président a exprimé sa volonté de favoriser l’emploi des jeunes, au niveau européen aussi et de concrétiser une communauté européenne de l’énergie. Le président envisage l’éventualité d’une union politique européenne et c’est, enfin, le titre remarquable d’un projet. Mais aucune précision n’est encore donnée sur la nature, le contenu de ce projet qui demande une sérieuse réflexion et de nombreux débats pour dépasser la proposition allemande classique de fédéralisme et de transferts de souveraineté. Peu de points financiers ont été abordés mais il s’agissait aussi de rétablir, en Europe, un climat coopératif adouci. L’euroscepticisme reste le risque majeur.
www.atelier-idees.org
Annie Keszey

16 mai 2013

Les reflets français en Espagne.

Du 28 avril au 15 mai 2013.

Espagne, France, Europe, corruption, chômage, El Pais, El Mundo, extrême droite, Hollande, Le Pen droite



L’Espagne est un miroir pour la France et inversement. Les faits politiques sont austères mais  les deux peuples, fraternellement lucides, contre les erreurs des gouvernants et les extrêmes passéistes, résistent à l’adversité.

Les espagnols sont informés par de multiples journaux nationaux dont El País et El Mundo et locaux, tel que El Diario de Mallorca, par exemple.

La corruption.
Le titre de l’éditorial du Diario de Mallorca du 28 avril 2013 est simple : « Il n’y a qu’à mettre fin aux privilèges et aux corruptions ».
« La crise économique brutale que nous subissons coïncide avec un déclin moral de la société qui nous conduit toujours plus vers l’abîme. Il n’y a pas un jour sans un nouveau cas de corruption, le problème qui préoccupe le plus les espagnols après le chômage. Dans l’épicentre de cette préoccupation se situent les politiques représentés par une caste, qui pour défendre ses privilèges, paraît se détacher de toute solution qui allégerait la charge que supporte l’Espagne.
Ce pays a besoin d’un sursaut des consciences, sans aucun doute. Mais pour y arriver, il faut que les mêmes partis qui contribuèrent à asseoir les bases de la corruption soient disposés à s’en détacher pour restituer le prestige des institutions et redonner confiance au peuple dans le système.
Sans éthique ni jeu clair, il sera plus difficile d’avancer et il deviendra impossible d’exiger des citoyens les efforts et les sacrifices nécessaires pour sortir du bourbier où nous nous trouvons.
Le journaliste publie ensuite des extraits de l’essai urgent et passionné d’Antonio Muñoz Molina qui préconise une simplification des structures politiques, empilées et redondantes, nationales, régionales, locales, atypiques, sources d’un gaspillage insensé qui explique l’énormité de la dette publique.
Une corruption majeure reste celle du gendre du roi d’Espagne, duc de Palma, Iñaki Urdangarin mis en examen pour détournement de fonds publics et fraude fiscale dans l’affaire Noos, structure événementielle. L’institut Noos reçut, par exemple, 3.5 millions d’euros publics de la communauté valenciana pour financer trois éditions de Valenciana Summit et préparer des jeux européens qui n’eurent jamais lieu. Le gouvernement des Baléares versa 2.3 millions d’euros publics à Noos pour organiser deux éditions du forum des Iles Baléares …Sommes exorbitantes. Les contrats auraient été signés à la Zarzuela et à Marivent, demeures de la royauté. La mise en examen de Madame Urdangarin, Cristina de Borbón y Grecia, seconde fille du roi, a été suspendue par la justice estimant ne pas posséder assez de preuves de son implication dans la corruption de son époux. La presse a commenté la sagesse de la justice ou, au contraire, a dénoncé l’injustice de la tolérance envers les puissants.
Le « fiscal » Pedro Harrach qui a impulsé les principales investigations sur la corruption aux Baléares, dont l’affaire Noos, proteste contre les obstacles nombreux rencontrés dans son travail, provoqués par le PP, Parti populaire, de droite et du centre, conservateur et libéral. Le PP, représenté par Mariano Rajoy est le principal parti politique au pouvoir.
Le second cas de corruption dévoilé le 8 mai et soumis à investigations est celui du PP qui aurait utilisé de l’argent opaque, échappant à la fiscalité, pour distribuer des enveloppes d’argent à certains de ses dirigeants. La double hypothèse formulée par la justice est celle de financement illégal d’un parti et de fraude fiscale. Le trésorier concerné a dû remettre son passeport aux autorités afin de ne pouvoir fuir : il aurait transformé des dotations nominales de fonds, au-dessus de la limite légale, en dons anonymes fractionnés en valeurs inférieures.
Le PP est aussi interrogé quant à des compléments financiers qu’il aurait versés à José Maria Aznar après son investiture en 1996, malgré l’interdiction législative.
Le 2 mai, le parlement des Baléares a été saisi pour analyser les montants financiers énormes, publics, dépensés par des ex-conseillères socialistes, en pleine crise économique, de 2008 à 2011, pour organiser la manifestation festive annuelle de la Diada qui remercie les volontaires de la protection civile. L’utilité consistant à offrir des billets d’avion à quelques 500 participants pour Ibiza, alors qu’ils vivent majoritairement à Majorque, n’est pas évidente.
A Orihuela, localité de la province d’Alicante, 4 des derniers maires sur 7 depuis 1979, ont dû répondre de faits de corruption et, en ce mois de mai 2013, 4 des 11 conseillers du PP local sont interrogés par la justice.
L’Espagne s’intéresse à la corruption française. Ana Teruel, journaliste espagnole à Paris reprend des informations de l’hebdomadaire Le Point sur l’achat d’un appartement de 7 millions d’euros par le fils aîné de Laurent Fabius, interdit de casinos, condamné il y a deux ans pour abus de confiance et qui n’a pas de gains déclarés. Ce prix dépasse de 1 million d’euros  la déclaration récente des biens du ministre Laurent Fabius. Le Ministère des Finances ne jugerait pas utile de demander à Tracfin, l’agence étatique d’information financière, une investigation sur ce fait!

L’économie.
Le chômage concerne 25% de la population active.
29 910 espagnols ont émigré vers l’Europe en 2012, 45% de plus qu’en 2011.
L’économie souterraine représente 19.2% du PIB.

La politique.
L’action du chef du gouvernement, Premier ministre, Mariano Rajoy est contestée par le parti d’opposition, le PSOE, Parti socialiste ouvrier Espagnol, mais aussi par le PP, parti de la majorité au pouvoir, dont la présidente demande une réforme radicale de l’Etat: réduction de l’administration, révision des structures, simplifications, développement de l’investissement au détriment de la rente… Le Président du gouvernement est interpellé quant à son manque de vision d’avenir et à l’insuffisance des mesures prises pour enrayer le chômage. Il ne lutte pas efficacement contre les gaspillages. Le gouvernement envisage un accroissement de l’austérité par de nouveaux impôts sur les alcools, le tabac, les hydrocarbures, l’IVA (TVA), les sociétés, les atteintes à l’environnement…
Mariano Rajoy et le leader du PSOE, Alfredo Pérez Rubalcaba, ont confronté cependant leurs pactes respectifs au sein du Congrès pour tenter de composer un front commun de mesures contre la crise économique et pour la création d’emplois. La droite serait disposée à aboutir à des accords avec la gauche mais doit encore perdre son arrogance, selon la gauche. Cette pratique s’apparente à une récente proposition de Jean Louis Borloo, en France, de définir un programme commun plutôt qu’un gouvernement d’union nationale.
La question du cumul d’une activité professionnelle avec un mandat politique est posée régulièrement. En ce début de mai 2013, le cas de José Ramón Bauzá, Président du gouvernement des Baléares, propriétaire d’une pharmacie, est controversé.

Le peuple. La société.
Beaucoup d’Espagnols rencontrent des difficultés économiques et souffrent de la déliquescence morale des élites qui ne les représentent pas. Le mal-être est diffus.
Le mouvement des Indignés s’est reconstitué le 15 mai, à Madrid, Puerta del Sol, et dans de nombreuses autres villes. Les participants entrent en rébellion  contre les partis et les institutions. Un nouveau mot apparaît dans les manifestations « el escrache » qui porte en lui les idées de rupture, de destruction, de violences.
Des grèves et manifestations très importantes ont contraint le gouvernement à renoncer à une nouvelle loi sur le système éducatif.
L’Espagne est divisée en deux par le débat sur la proposition de révision de la loi sur l’avortement. Les femmes qui ont avorté en dehors des conditions légales, réformées, ne devraient plus être concernées par la prison ou les amendes. Des mesures précises s’appliqueraient aux fœtus frappés par un handicap, ce qui déclenche la colère des Ultras qui dénaturent l’intention. L’église, statique, reste la principale opposante à cette proposition de loi. Le débat houleux et contradictoire, excessif,  sur ce sujet, ressemble aux débats français récents sur « le mariage pour tous ». Les politiques et les associations demandent un débat élargi et les sociologues tentent de clarifier les positions en classant les arguments entre ce qui est légal, scientifique, moral ou religieux.


L’Europe.
El Mundo du 2 mai, explique la montée des droites extrêmes européennes par le mécontentement social et la déroute économique qui sèment un extrémisme de désespoir. La recherche d’alliances entre les partis extrêmes européens menace l’Europe : ainsi Marine Le Pen aurait-elle rencontré le hollandais Geert Wilders pour constater ensemble qu’ils étaient d’accord sur 90% des sujets dont l’immigration. Sinistre symbiose.
El Pais du 3 mai publie une analyse de Joschka Fischer, ex ministre allemand des Verts, sur le danger qui pèse sur l’Union européenne. Il critique les obligations d’austérité et de restructurations imposées par l’Allemagne aux Etats européens en difficulté et souligne l’incroyable incompétence de la troïka (la commission européenne, la banque centrale européenne et le FMI) dans le traitement de la crise de Chypre. L’avenir d’une Europe forte suppose une union politique, financièrement solidaire quant aux dettes, ce qui suppose des abandons de souveraineté. L’Allemagne et la France sont-elles prêtes ? La crise est une crise de leadership politique. Les décisions nationales sont bien sûr en partie responsables des difficultés européennes. Si la prochaine campagne électorale allemande se taisait sur l’Europe, comme la campagne présidentielle française l’a fait récemment, alors que des mesures urgentes peuvent seules sauver l’Europe, ce serait alors convertir la démocratie en une farce…
El Pais du 8 mai relaie la demande du Congrès Juif mondial, réuni à Budapest, faite à l’Europe, d’agir contre les partis politiques d’extrême droite.
Dans El Pais du 10 mai, la parole est donnée à Alain Juppé. Il affirme que cultiver une attitude antiallemande est irresponsable et pense que la dichotomie entre l’austérité et la croissance est un faux débat. Il faut mettre les comptes en ordre pour ouvrir la voie à la croissance. Il reconnait et déplore les dérives extrémistes de la gauche, de la droite et de Nicolas Sarkozy en fin de mandat.
Dans le Diario de Mallorca du 8 mai, un titre est en français : Hollande, la débâcle du « président normal ». Eugenio Fuentes écrit que c’est le président le plus mal noté après un an de mandat : 75% de mécontents. Les chiffres record du chômage, la chute du PIB, l’incapacité à réduire les déficits servent la montée des droites extrêmes du parti de Nicolas Sarkozy et de l’extrême droite. De plus, François Hollande n’a pas réussi à initier une politique de croissance en Europe même si Angela Merkel consent à un assouplissement des mesures d’austérité. Le jugement sur l’action de l’actuel président ne pourra être formulé avec exactitude cependant qu’en fin de mandat.

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Annie Keszey